Inami & remboursement

Dr Patrick Emonts président de l’ABSyM :

« La posture des mutuelles et de Vandenbroucke est démagogique et mensongère »

Chiffres bruts, angles morts soigneusement entretenus, amalgames systématiques. En ciblant les suppléments d’honoraires, les mutualités et le ministre de la Santé construisent un récit trompeur qui ne dit rien des rétrocessions hospitalières, du rôle des assurances complémentaires ni de l’explosion des coûts supportés par les médecins, souligne le président de l’ABSyM, le Dr Patrick Emonts. Résultat : « Une caricature politique qui fait passer toute une profession pour cupide et malhonnête, alors même que les revenus médicaux réels s’érodent depuis des années ». Pour le Dr Patrick Emonts, « le débat est biaisé, volontairement incomplet, et devenu franchement toxique ».

Le journal du Médecin : Les mutualités chrétiennes relancent le débat sur la suppression des suppléments d’honoraires, chiffres à l’appui. Comment réagissez-vous ?

Dr Patrick Emonts. Oui, j’ai vu ces chiffres. Nous en avons d’ailleurs discuté en médico-mut. Le point fondamental, c’est qu’il s’agit de chiffres bruts. Ils ne tiennent absolument pas compte de la part prélevée par l’hôpital sur les suppléments d’honoraires.

 « Certains hôpitaux assurent littéralement leur survie grâce aux honoraires et aux suppléments d’honoraires. »

Cette part varie fortement selon les établissements ?

Énormément. Certains hôpitaux assurent littéralement leur survie grâce aux honoraires et aux suppléments d’honoraires. Cela varie fortement d’un hôpital à l’autre. C’est une première distorsion majeure.

Qu’en est-il de la part prise en charge par les assurances complémentaires ?

C’est précisément le deuxième angle mort de ces chiffres. Nous n’avons aucune idée, et eux non plus ne peuvent pas nous le dire, de la part effectivement couverte par les assurances complémentaires. Dans certains hôpitaux, notamment universitaires, nous nous sommes engagés à ne pas dépasser le plafond remboursé par l’assurance complémentaire du patient.

"Dire que le patient se retrouve systématiquement avec des factures insupportables est une fake news."

 Concrètement, comment cela fonctionne-t-il ?

Dr Patrick Emonts. Prenons un exemple en gynécologie-obstétrique. On peut appliquer un supplément de 100, 150 ou 200 %, en fonction de ce que l’assurance complémentaire de la patiente couvre. Certaines assurances remboursent beaucoup plus que d’autres. Dire que le patient se retrouve systématiquement avec des factures insupportables est donc, à nouveau, une fake news. 

« Tirez des conclusions générales sur quelques outliers est intellectuellement malhonnête. »

Il n’y a jamais d’abus ?

Bien sûr qu’il existe des exceptions, comme partout. Il y a des gens complètement hors des clous. Mais ils sont minoritaires et relativement faciles à repérer. En revanche, tirer de ces cas des conclusions générales est intellectuellement malhonnête. 

Comment expliquez-vous l’augmentation globale des suppléments d’honoraires ?

Elle s’explique très simplement. L’honoraire de base est devenu insuffisant. Et je veux être très clair sur ce point : ce n’est pas pour enrichir les médecins. Les coûts d’exploitation ont explosé. Résultat, dans la réalité, le médecin gagne moins bien sa vie aujourd’hui qu’il y a dix ou quinze ans. Certains médecins ont perdu 30% en quelques années.

Pouvez-vous vous appuyer sur un point juridique lié à l’accord médico-mut ?

Oui. Nous avons négocié dans l’accord médico-mut que toute limitation unilatérale des suppléments d’honoraires constitue une cause de renonciation à la convention automatique. Ce n’est pas anodin. Cela doit être discuté médico-légalement avec les mutualités.

Buzz médiatique

Vous avez le sentiment que le débat est instrumentalisé ?

Clairement. On tente de faire le buzz médiatique avec des chiffres flous, hors contexte, qui ne représentent ni les honoraires médicaux réels ni l’effort financier réel des patients. C’est un discours démagogique, incomplet et trompeur.

Vous visez aussi la posture du ministre ?

Oui. Dès qu’il y a un infirmier qui tarifie n’importe comment ou un médecin qui sort complètement des clous, on en fait une généralité. Et cette généralisation sert ensuite de justification à des décisions politiques déjà arrêtées. 

Vous semblez très lassé…

Je suis fatigué, oui. Fatigué de ce manque d’honnêteté permanent. Fatigué de cette volonté de faire passer les médecins pour des exploiteurs, des tricheurs, des escrocs qui s’enrichissent. Ce n’est plus la réalité de la médecine aujourd’hui, à quelques exceptions près qui représentent moins de 1 % de la profession. On compare des pommes avec des poires. Une rétrocession de 50 % ou de 75 % n’a rien à voir avec une rétrocession de 13 %. Si on ne tient pas compte de ces différences structurelles, on raconte n’importe quoi.

Quel message pour les autorités et les patients ?

Utilisons ces chiffres pour identifier les vraies dérives, oui. Mais faisons-le honnêtement, avec des données complètes et comparables. Sinon, on ne fait que nourrir une caricature dangereuse pour tout le système de soins.

 

 

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Écrit par Nicolas de Pape19 janvier 2026
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