Vandenbroucke appelle à l'unité face à l'« offensive idéologique » américaine
Le ministre fédéral de la Santé publique Frank Vandenbroucke a ouvertement critiqué mardi l'administration Trump et ce qu'il a qualifié d'« offensive vraiment idéologique contre notre modèle de société européen, y inclus une offensive contre nos systèmes de santé. »

Le vice-Premier ministre belge a introduit mardi matin à Paris une conférence intitulée "la santé : vers une possible gouvernance européenne", organisée par le cabinet de conseils Pergamon et l'agence de presse médicale APMNews. À midi, il rencontrera son homologue française Stéphanie Rist.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président américain Donald Trump a reproché à plusieurs reprises aux Européens de ne pas contribuer suffisamment à la recherche et développement (R&D) en matière de santé, tout bénéficiant de prix plus attractifs. Sur ce point, il a reçu le soutien de la fédération américaine (PhRMA). L'accord commercial noué l'été dernier entre l'UE et les États-Unis protège toutefois les médicaments européens contre toute nouvelle surtaxe douanière.
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Malgré cet accord, Frank Vandenbroucke appelle l'UE à rester vigilante face aux menaces venues de l'Ouest - en matière commerciale et R&D -, mais aussi de l'Est - en matière d'approvisionnement - et de l'intérieur - en matière de prévention et de priorité politique.
Une armure contre l'intimidation bilatérale
Selon le ministre belge, si les États-Unis dépensent davantage en R&D que les Européens, 12.555 dollars par an et par habitants aux USA contre 6.000 en Belgique, c'est principalement en raison des marges à octroyer à des intermédiaires privés. "Le système américain ne surpaie pas l'innovation, il surpaie pour une large part sa propre complexité", a-t-il souligné.
À ses yeux, quand les États-Unis annoncent des droits de douane sur un État européen, comme la France lors du dernier Forum économique mondial de Davos, il s'attaque en réalité à l'ensemble du marché unique. "L'Union européenne est une armure protectrice contre l'intimidation bilatérale. Nous devrions l'expliquer à nos citoyens bien plus clairement que nous ne le faisons aujourd'hui", a-t-il conclu.
Pour le ministre belge, il est, dans ce contexte, "essentiel de mettre en place des contrats standardisés, des réseaux de sites coordonnés et d'investir davantage dans la recherche clinique." Pour le ministre, le "EU Biotech Act" que prépare la Commission européenne "est une occasion de changer la donne", s'il permet de "construire une infrastructure de bio-production avancée sur le sol européen et créer une architecture financière qui ne force pas chaque entreprise prometteuse à traverser l'Atlantique pour lever des fonds."
Contexte tendu
Selon Frank Vandenbroucke, l'Europe doit donc agir sur trois points : défendre et affirmer la valeur de son modèle de santé à l'échelle mondiale, construire un véritable écosystème pour l'innovation dans les sciences de la vie et d'une architecture de sécurité crédible pour les médicaments essentiels et, enfin, préserver la pérennité des systèmes de santé et investir dans leur renforcement.
Bien que programmée depuis plusieurs semaines, cette conférence parisienne s'est tenue au lendemain d'une attaque virulente de l'ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White à l'encontre du ministre Vandenbroucke. L'ambassadeur l'appelait à intervenir dans une enquête judiciaire visant des mohels, des circonciseurs rituels juifs, en employant les termes d'"antisémitisme" et de "persécution". Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a convoqué Bill White à la suite de ces propos tenus sur le réseau X. Bill White est en poste à Bruxelles depuis la fin 2025. Cet homme d'affaires, fondateur de la société de consultance Constellations Group, est l'un des donateurs de la campagne de Donald Trump à la présidentielle.