Oncologie
HPV: la Belgique peut mieux faire
La Belgique doit intensifier ses efforts dans la lutte contre les cancers liés au papillomavirus humain (HPV), soulignent le Pr Pierre Van Damme et le Dr Sara Arroyo Mühr à l'occasion de la Journée de sensibilisation au HPV.
Malgré les outils médicaux à notre disposition en Belgique, trois personnes reçoivent chaque jour un diagnostic lié au cancer du col de l'utérus, soit plus de 1.000 personnes par an.
Alors que la Suède s'apprête à éliminer l'HPV d'ici cinq ans, la Belgique doit passer à la vitesse supérieure. Experts et patients (association Gynca's) ont présenté ce mercredi un plan d’action concret pour l'élimination du HPV à l'horizon 2030 au parlement fédéral.
Sus au papillomavirus
Selon la Fondation contre le cancer, les HPV sont responsables de plus de 90% des cas de cancers du col de l'utérus. Mais le HPV est bien plus qu'une simple "maladie féminine" ou une IST.
Si les infections persistantes sont la cause majeure du cancer du col de l’utérus, le virus n’épargne pas les hommes pour autant. En réalité, 43% des cancers induits par l'HPV concernent d'autres localisations, telles que la tête, le cou, l'anus ou le pénis.
Il est urgent de briser les tabous et de reconnaître enfin l'ampleur réelle de l'impact de ce virus sur l'ensemble de la population.
L'exemple de la Suède
Des experts ont élaboré une feuille de route pour l'élimination du HPV à l'horizon 2030, s'inspirant du modèle suédois - qui vise à éradiquer les cancers liés au HPV dans un délai de cinq ans.
"La Suède est désormais en passe d'éradiquer ce cancer d'ici 2027. Nous démontrons ainsi qu'une pathologie d'origine virale peut être vaincue dès lors que la vaccination, le dépistage organisé, le traitement et des registres de population fiables sont intégrés dans une stratégie nationale cohérente", explique la Dre Sara Arroyo Mühr (responsable scientifique au Karolinska Institutet).
"Six régions suédoises sont en passe d'atteindre déjà atteint le seuil d'élimination. Les obstacles ne sont plus d'ordre scientifique. Tout l'enjeu réside désormais dans notre capacité à appliquer, avec courage et célérité, des solutions dont l'efficacité n'est plus à prouver. La Suède est sur le point de libérer ses citoyennes du cancer du col de l'utérus. La Belgique a toutes les cartes en main pour être la prochaine sur la liste."
Un blocage organisationnel, et non scientifique
Nous avons en Belgique les mêmes leviers qu'en Suède: une vaccination éprouvée, des tests HPV de haute précision et une infrastructure de soins solide. C'est l'exécution qui fait défaut.
« La Belgique dispose d'une solide culture vaccinale. En unissant nos forces et en renforçant notre collaboration, nous pouvons aujourd'hui passer à la vitesse supérieure. En conjuguant vaccination, dépistage et exploitation intelligente des données, nous avons le pouvoir de reléguer les cancers liés au HPV au passé. La Suède a ouvert la voie ; la Belgique est prête à suivre cet exemple », ajoute le Pr Pierre Van Damme (UAntwerpen).
Chaque jour compte
Plusieurs points critiques nécessitent une action immédiate :
- Le poids de la chirurgie : chaque année, plus de 8.000 Belges subissent une conisation (ablation d'une partie du col). Une meilleure prévention éviterait ces interventions traumatisantes.
- Suite à un dépistage anormal, une femme sur cinq ne donne pas suite à son parcours de soins. Pourtant, c’est justement là qu’une prise en charge rapide permet d’agir à temps plutôt que de laisser passer une chance d’éviter le pire.
- Déficit d'attention sur la prévention : un effort soutenu est nécessaire pour accroître l'adhésion de la population à la vaccination et au dépistage organisé