Médecine sous tutelle : Quand l'économie prend le pas sur le soin
Une opinion du Dr Fabrice Gossens, médecin anesthésiste et algologue à Namur,
administrateur adjoint de l'UBPS

Malgré les nombreuses protestations des professionnels de santé, force est de constater que ceux-ci sont aujourd’hui pris en étau, instrumentalisés par le politique à des fins purement économiques. Ce glissement progressif mais constant transforme profondément notre système de soins, au détriment tant des praticiens que des patients.
Une collusion préoccupante semble s’installer entre l’INAMI, les mutuelles et le SPF Finances. Cette convergence d’intérêts, loin d’être au service du patient, impose une logique administrative et financière qui supplante désormais la logique médicale. Aujourd’hui, ce ne sont plus les dynamiques médicales qui décident, mais les mutuelles. Les incohérences sont nombreuses : lorsque l’on interroge l’INAMI, les réponses peuvent être erronées ou donner lieu à des autorisations qui sont ensuite refusées par les mutuelles. Pire encore, l’INAMI elle-même revient sur ses propres décisions. Cette instabilité crée une insécurité juridique et professionnelle intenable. Dans de nombreuses spécialités, des actes techniques sont désormais interdits d’attestation en cabinet privé, tout en étant autorisés à l’hôpital en hospitalisation de jour. Cela signifie que les compétences du médecin sont reconnues, que son diplôme est validé, mais que sa pratique est volontairement freinée par des décisions purement financières et politiques. À diplôme égal, le patient n’est plus remboursé de la même manière et se voit redirigé vers l’hôpital.
La mainmise totale des mutuelles sur la pratique médicale n’est plus une hypothèse, mais une trajectoire claire.
Ces hospitalisations de jour deviennent alors systématiques, accompagnées de forfaits avoisinant les 1000 €, prélevés sur les finances publiques. Cette manne financière profite largement aux hôpitaux, souvent dirigés par les mutuelles elles-mêmes, créant un circuit économique fermé et profondément biaisé. La mort de la médecine libérale n’est plus une menace : elle est déjà actée dans de nombreux textes. Et ce n’est que le début. La mainmise totale des mutuelles sur la pratique médicale n’est plus une hypothèse, mais une trajectoire claire : centralisation des soins à l’hôpital, disparition progressive des cabinets privés, enrichissement des structures mutualistes et instauration d’une médecine dictée par des impératifs économiques.
Non seulement la question des suppléments d’honoraires reste encore en discussion, mais des sanctions sont d’ores et déjà appliquées à l’encontre des soignants non conventionnés. La diminution du remboursement des patients dans ces situations constitue une mesure profondément injuste et inqualifiable. Ces décisions reviennent, de fait, à mettre à mort la médecine libérale.
Dans un second temps, cette logique permettra de contrôler l’ensemble du personnel médical et soignant, en abaissant les rémunérations et en les alignant sur des standards décidés unilatéralement. Comme l’a récemment souligné le docteur Stan Politis, nous sommes déjà assimilés à du personnel hospitalier - une erreur fondamentale. Les médecins restent des indépendants qui reversent une partie de leurs honoraires pour financer les infrastructures hospitalières.
Pourtant, la semaine dernière, le professeur Stan Politis a été vivement critiqué par le monde politique et certains experts, alors même que son analyse reflète une réalité préoccupante et largement observable.
Il est grand temps de réagir. Si rien ne change, demain, vous ne serez plus soigné pour la maladie dont vous souffrez, mais pour celle que la mutuelle décidera de prendre en charge - et de guérir.
Nous assistons ainsi à l’installation d’une véritable emprise mutualiste et politique sur la médecine et les soignants en Belgique, réduisant toujours davantage leur autonomie et leur capacité d’action.
La mort de la médecine libérale est actée. Celle du libre choix du patient est en marche. Et derrière les décisions politiques actuelles, c’est une vision strictement financière de la santé qui s’impose.
Il est encore temps d’agir. Mais le temps presse.