Transport de matériel humain
Des drones médicaux en test entre deux hôpitaux du CHU de Liège
Passer par le ciel plutôt que par la route pour échanger rapidement et durablement du matériel humain entre ses différents sites, telle est l'ambition du CHU de Liège qui se lance officiellement, en ce printemps 2026, dans une phase test de vols de drones qui relieront son hôpital du Sart Tilman à celui, quelques kilomètres en face, des Bruyères.
Un drone livre un défibrillateur à quelques mètres d'un secouriste en train d'effectuer un massage cardiaque sur une victime : cette scène de démonstration du CHU de Liège sur l'esplanade devant sa verrière au Sart Tilman ressemble encore, pour les centaines de spectateurs, à de la science-fiction, en ce printemps 2026. Demain, elle sera pourtant d'une banalité quotidienne pour les étudiants futurs médecins qui suivent leurs cours à quelques pas de là.
Le futur chirurgien transplanteur trouvera normal de recevoir un rein par la voie des airs, tandis que les centres de prélèvements disséminés dans la région n'enverront plus leurs échantillons de sang vers le laboratoire central de l'hôpital que par drone, croisant, dans le ciel numérique, les envois de dérivés sanguins de la Croix-Rouge à destination des patients et les containers de chimiothérapie décollant pour un hôpital partenaire situé en zone rurale.
Qualité des soins, autonomie et résilience
"La qualité des soins dépend aussi de la logistique", a rappelé Marc De Paoli, administrateur délégué du CHU de Liège, à l'occasion de la présentation officielle, ce mardi 31 mars, du partenariat de l'hôpital académique liégeois avec Helicus, société anversoise créée il y a dix ans et active dans le transport par drone, notamment médical avec, déjà, l'hôpital Jan Yperman d'Ypres. Le partenariat s'inscrit dans le projet européen SAFIR-Ready, qui rassemble 37 partenaires, tant du public que du privé, dont des hôpitaux. A Liège, l'idée faisait chemin depuis 2022.
"La technologie par drones offre des solutions novatrices, notamment pour raccourcir les délais, optimaliser les soins, diminuer les risques liés au transport par route et à la manipulation de charges lourdes", a poursuivi le patron du CHU de Liège devant un parterre de plus de 400 personnes. Au premier rang, le Premier ministre Bart de Wever, le Ministre-Président du gouvernement wallon Adrien Dolimont, la Ministre-Présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles Elisabeth Degryse, mais aussi les chefs médicaux de la Défense belge et de l'Otan, le directeur de la Croix-Rouge de Belgique, la CEO de l'Institut Vias et présidente du CA de l'Hôpital Jessa de Hasselt Karin Genoe, du Dr Dirk Ramaekers, président du comité de direction du SPF Santé publique, ou encore de Willem Willemsens, commissaire en chef de la police d'Anvers.
"On parle beaucoup des drones qui détruisent, on le voit pour le moment avec les guerres, mais la technologie peut aussi sauver des vies", a souligné le Premier ministre Bart de Wever. "La technologie doit servir l'humain et peut aider en matière de mobilité et de durabilité. Investir dans les drones, c'est investir dans la résilience. Celui qui contrôle la technologie contrôle l'avenir. L'Europe n'est plus dépendante, elle montre la direction."
Des vols tests entre le Sart Tilman et l'Hôpital des Bruyères
Concrètement, dans le cadre de cette première en Wallonie, le CHU de Liège investit 1,5 million d'euros sur dix ans, avec un premier 'drone cargo port' (DCP, un bloc automatisé qui sert "d'aéroport" au drone pour ses vols et sa manutention) relié à un télétube automatisé, qui sera implanté sur le toit de l'Institut de cancérologie Arsène Bruny (ICAB), à côté de l'hôpital, au Sart Tilman.
Plusieurs vols tests quotidiens rallieront le site de l'Hôpital des Bruyères, situé à Chênée, soit à une dizaine de kilomètres, qui représentent minimum 20 minutes de trajet par route, mais quelques minutes seulement par drone. L'objectif, dans un premier temps, sera de vérifier la sécurité des produits ainsi véhiculés, notamment pour des questions de température de conservation (risque d'hémolyse pour les échantillons de sang, par exemple).
"Nous commencerons par transporter des échantillons sanguins, sur lesquels nous effectuerons des analyses courantes", explique le Pr Roland Hustinx, président du Conseil médical du CHU de Liège. "Nous transporterons également des réactifs sanguins nécessaires aux analyses, des dérivés sanguins - globules, plasma -, ainsi que des biopsies et, bien sûr, des médicaments, en particulier des agents cytostatiques utilisés en oncologie. Il est impératif de ne pas mettre les patients en danger, nous devons donc nous assurer que ce mode de transport ne dégrade en rien la qualité des produits. La littérature fournit déjà des preuves solides de l’innocuité, mais nous mènerons nos propres validations."
Pour le CHU de Liège, l’objectif de cette innovation wallonne est clair : "Une meilleure allocation des ressources au service d’une amélioration des soins aux patients."
Les premiers vols seront planifiés, dans des plages horaires strictement déterminées. "Nous vérifierons la fiabilité, puis nous étendrons progressivement les itinéraires et la flexibilité du système", précise le Pr Hustinx. "Nous intégrerons d’autres sites et augmenterons les volumes transportés." Le CHU espère faire des émules au niveau des hôpitaux de la région, et pouvoir étendre cette innovation à cinq plateformes automatisées, après évaluation dans deux ans.
Contrairement à l'exercice de simulation organisé dans le cadre du symposium de ce mardi où le CHU liégeois a présenté son projet, il n'est pas encore question d'envoyer des défibrillateurs ou des kits de secours par drone sur le pas de porte d'une victime d'arrêt cardiaque ou près d'un polytraumatisé par accident: les vols d'urgence, non planifiés dans un ciel qu'il faut partager avec (tant) d'autres opérateurs, exigent une interopérabilité et des règlementations encore en construction. Mais demain, oui, ce sera possible, et sans doute également vers l'Allemagne et les Pays-Bas, frontaliers de Liège.