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Campagne internationale « Think Aorta »

Dissection aortique: « Un coup de tonnerre dans un ciel bleu »

La dissection aortique est une urgence absolue, souvent mortelle si elle n'est pas reconnue à temps. Un CT-scan avec injection de produit de contraste permet de poser un diagnostic sûr. Sensibiliser les professionnels de la santé, notamment aux urgences, est l'objectif de la campagne internationale « Think Aorta », que la Belgique rejoint cette année avec le Centre aortique du CHU de Liège comme ambassadeur national.

Cécile Vrayenne - 30 juin 2026

Aortic Center CHU de Liège
L'équipe du Centre aortique au CHU de Liège. Au centre, le Dr Kerzmann.

Une douleur précordiale brutale, déchirante, au niveau du thorax, qui peut faire penser à un infarctus du myocarde. Sauf que…  Cette douleur est cinétique : elle migre du sternum vers le dos, entre les omoplates, le long de la colonne vertébrale, voire dans le ventre. La souffrance, terriblement violente, n’en finit pas de durer, provoquant une forte angoisse chez le patient.

« Ceux qui y survivent expliquent qu’ils ont vraiment cru mourir », souligne le Dr Arnaud Kerzmann, chirurgien endovasculaire et vasculaire au CHU de Liège et par ailleurs président de la Ligue Endovasculaire Francophone (LEF). « Quand ils arrivent aux urgences, typiquement, ils nous disent : « J'avais mal à la poitrine, mais maintenant c'est dans le dos… »

Un red flag à ne certainement pas négliger tant ils sont rares. « La dissection aortique aiguë, c'est vraiment un coup de tonnerre dans un ciel bleu », poursuit le Dr Kerzmann, qui est également directeur scientifique du Centre aortique. Et aucun signe avant-coureur, même chez les patients qui souffrent de pathologies génétiques du tissu conjonctif (syndromes de Marfan, de Loeys-Dietz, d'Ehlers-Danlos), des patients plus jeunes que les victimes classiques de la dissection aortique chez qui le risque de survenue d’une dissection ou d’un anévrisme aortique est majoré.

Une mortalité élevée

La classification de Stanford distingue les dissections aortiques de type A et celles de type B. « Le type A entreprend l'aorte ascendante. Les patients ont 50 % de risque de décéder dans les 24 heures », précise le chirurgien. « Il y a deux types de décès : soit l'aorte ascendante s'élargit, de même que la valve aortique qui ne se ferme plus (insuffisance valvulaire aortique), entraînant un choc cardiogénique ; soit il y a une suffusion de sang de la paroi aortique dans le sac péricardique, ce qui provoque une ‘tamponnade’ : le péricarde se remplit de sang brutalement et écrase le cœur. »

Le CHU de Liège, qui dispose d’un Aortic Center spécialisé unique en Belgique, a traité plus de 70 syndromes aortiques aigus dont plus de 45 dissections de type A ces trois dernières années. Ce sont les plus fréquentes (type A = trois quarts des 400 à 600 syndromes aortiques aigus annuels en Belgique). Les à-coups hypertensifs favorisent la dissection : une fois qu'il y a une petite rupture dans l'intima, l'onde de pression pousse le sang dans la paroi de l'aorte.

Le type B entreprend l'aorte thoracique descendante et/ou l'aorte abdominale ; les décès sont dus à une ischémie d'organes vitaux car des branches aortiques peuvent être compromises (vers la moelle épinière, infarctus du foie, de l’intestin grêle ou des reins, ischémie des membres inférieurs). « Le processus peut être rapide aussi, mais la mortalité est moindre car beaucoup de dissections de type B sont dites ‘non compliquées’ ».

Pensez à l’aorte et scannez !

L’incidence de la dissection aortique est très certainement sous-estimée car beaucoup de patients en meurent chez eux, au travail ou dans l’espace public sans même avoir eu le temps d’arriver à l’hôpital. On dira que c’était une ‘mort subite’, une ‘rupture d’anévrisme’ ou encore une embolie pulmonaire.

Un scanner avec injection de produit de contraste permet de visualiser la dissection et donc de poser le bon diagnostic à temps pour orienter immédiatement le patient vers une prise en charge adaptée, et permet également d'établir la stratégie thérapeutique (voir où on peut canuler, clamper). « C’est faisable dans tous les services d'urgence du pays, on dispose d’énormément d'appareils mais encore faut-il y penser », poursuit le Dr Kerzmann.

Affiche Think AortaC’est tout l’enjeu de la campagne « Think Aorta », lancée au Royaume-Uni il y a dix ans à l’initiative d’un patient sauvé, en collaboration avec plusieurs sociétés savantes britanniques et Heart Research UK. La Belgique devient le 17e pays à rejoindre cette campagne internationale, le Centre aortique du CHU de Liège en sera l’ambassadeur national.

L’objectif est de sensibiliser - en en parlant, en mettant des affiches dans les services d'urgences - le personnel et les cardiologues à cette urgence absolue. « Souvent, on pense à un syndrome coronarien, donc on appelle un cardiologue. Les patients se retrouvent parfois en salle de coronographie et c’est en faisant l'examen qu’on se rend compte que c'est une dissection. On a alors déjà perdu beaucoup de temps... On donne aussi parfois des médicaments qui fluidifient le sang, ce qui renforce le risque hémorragique », constate le chirurgien.

Penser à l’aorte doit devenir un réflexe. Toujours. Pour sauver une vie.

La dissection aortique touche deux tiers d’hommes pour un tiers de femmes, à un âge moyen de 63 ans pour les hommes et 67 ans pour les femmes. Son incidence est de 3 à 5 cas pour 100.000 habitants par an. Dans plus de 30% des cas, le diagnostic initial est retardé, voire erroné. La campagne Think Aorta s’avère donc cruciale.
Outre une chirurgie cardiaque de haut vol 24h/24, le Centre aortique liégeois et son service ‘SOS aorte’ offrent une prise en charge de pointe, notamment préventive, aux patients atteints de maladies à expression aortique qui majorent leur risque de dissection. « On ne fait bien que ce que l’on fait souvent », rappelle avec bienveillance le Dr Kerzmann. Outre l’expertise, l’intérêt d’un tel centre spécialisé est aussi de tenir des registres pour nourrir la recherche clinique et l’innovation.
À noter que la deuxième édition des Journées Endovasculaires Francophones (JEF) se tiendra les 24 et 25 septembre prochains au CHU de Liège (après Charleroi l’an passé et avant Bruxelles l’an prochain, puis Tournai). Plus d’infos via le site de la Belgian Society for Vascular Surgery (BSVS).

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