OpinionL’ia en médecine

Opinion

L’IA dans le cabinet de consultation

Pendant des années, il y eut deux chaises dans le cabinet de consultation: une pour le patient et une pour le médecin. Parfois, un parent, un partenaire ou une personne de confiance se joignait à eux. Mais l’essence même de la rencontre demeurait la même : deux personnes se retrouvaient dans un échange autour de la santé, des incertitudes et de l’espoir.

Pr Michel Deneyer & Pr Mark De Ridder - 17 août 2026

Médecin patient IA
Visuel généré par l'IA (ChatGPT).

Aujourd’hui, il semble qu’une troisième chaise vienne peu à peu s’ajouter. Elle n’est occupée par aucun être humain. C’est l’intelligence artificielle qui y prend place. Invisible, mais de plus en plus présente. Elle n’écoute pas comme le ferait un collègue. Elle ne perçoit pas l’hésitation, ne voit pas une larme et ne remarque pas un silence. Pourtant, en quelques secondes, elle peut parcourir des milliers de publications scientifiques, analyser des images médicales, suggérer des diagnostics rares et comparer des traitements.

C’est impressionnant. Peut-être même révolutionnaire. Mais la question n’est pas de savoir tout ce que l’IA est capable de faire. La véritable question est de savoir ce qu’elle signifie pour la rencontre entre le médecin et le patient. Car la médecine n’a jamais été uniquement une question de connaissances. Elle a toujours aussi été une question de confiance. Un outil exceptionnel.

« Comme toute innovation médicale majeure, l’intelligence artificielle mérite elle aussi une attitude ouverte, critique et curieuse. »

Lorsqu’on se penche sur l’histoire de la médecine, on observe une succession de révolutions technologiques. Le stéthoscope a transformé la médecine clinique. Le microscope a ouvert un nouveau monde. La radiographie a rendu visible ce qui ne l’était pas. Le scanner, l’IRM et le diagnostic génétique ont encore élargi nos possibilités.

Intelligence artificielle et pratique médicale: promouvoir l’IA est-il éthique ?

Au départ, chaque innovation a suscité des questions, voire des résistances. Avec le recul, il est apparu à chaque fois que les bons médecins n’utilisaient pas la technologie pour remplacer leur pratique, mais pour l’enrichir.

Il se passe aujourd’hui quelque chose de similaire avec l’intelligence artificielle. L’IA est, elle aussi, un outil. Un outil extrêmement puissant. Elle peut reconnaître des schémas qu’un être humain pourrait facilement ne pas détecter. Elle peut traiter des millions de données, résumer la littérature scientifique et aider les médecins à prendre des décisions complexes. La qualité de la médecine s’en trouvera sans aucun doute améliorée dans de nombreux domaines. Nous ne devons pas sous-estimer cette perspective. Nous ne devons pas non plus la redouter.

Comme toute innovation médicale majeure, l’intelligence artificielle mérite elle aussi une attitude ouverte, critique et curieuse. Non seulement par enthousiasme. Non plus par crainte.

Les limites de l’intelligence

Il existe toutefois une différence fondamentale entre l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle. L’IA traite l’information. Le médecin donne du sens à l’information. Un algorithme peut calculer qu’un traitement offre, statistiquement, les plus grandes chances de succès. Mais il ne peut pas déterminer si ce traitement correspond à la vie, aux valeurs et aux souhaits de ce patient en particulier. Il peut prédire. Il peut comparer. Il peut conseiller. Mais il ne peut pas éprouver d’empathie. Il ne connaît pas la responsabilité. Il ne porte aucun poids moral.

Un médecin rétréci, ou de nouvelles perspectives ?

Lorsqu’un médecin annonce une nouvelle difficile, il voit comment ses paroles sont reçues. Il adapte son rythme, se tait lorsque le silence est nécessaire et cherche d’autres mots lorsque les premiers se révèlent insuffisants. Ce ne sont pas des compétences techniques. C’est une présence humaine. Et c’est précisément là que réside sans doute la mission durable du médecin. Non pas en savoir davantage que l’ordinateur. Mais être plus humain que l’ordinateur.

L’IA remplacera-t-elle le médecin ?

Cette question se pose de plus en plus souvent. Notre réponse en déçoit certains par sa simplicité: non. Mais également oui. Non, pas parce que l’intelligence artificielle remplacera le médecin, mais parce qu’elle transformera profondément la médecine. Les médecins qui ignorent l’IA seront probablement dépassés par ceux qui l’utilisent de manière judicieuse. Non, pas parce qu’ils sont des cliniciens moins compétents, mais parce qu’ils se privent d’un outil puissant.

L’histoire nous enseigne que le progrès technologique fait rarement disparaître complètement des professions. Il en modifie surtout le contenu.

Le médecin d’aujourd’hui travaille différemment de ses prédécesseurs d’il y a 50 ans. Il dispose de l’imagerie médicale, des analyses génétiques, des dossiers médicaux électroniques et de la communication numérique. Pourtant, Hippocrate et Vésale reconnaîtraient sans doute encore l’essence de son métier : écouter, examiner, juger et accompagner.

« Plus la technologie devient intelligente, plus les qualités humaines du médecin deviennent importantes. »

Avec l’intelligence artificielle, il n’en ira pas autrement. Les tâches routinières seront de plus en plus souvent automatisées. L’analyse des images sera plus rapide. La recherche dans la littérature scientifique se fera en quelques secondes. Les tâches administratives seront en grande partie prises en charge par des systèmes intelligents.

Il en résulte un paradoxe remarquable : plus la technologie devient intelligente, plus les qualités humaines du médecin deviennent importantes. Non pas parce que les connaissances deviennent moins importantes. Au contraire. Mais parce que les connaissances deviennent de plus en plus accessibles. Ce qui reste rare, c’est la capacité d’appliquer ces connaissances avec discernement à un être humain unique. Cette capacité ne peut être automatisée. La responsabilité reste humaine.

L’intelligence artificielle peut conseiller. Elle peut alerter. Elle peut proposer des alternatives. Mais elle ne peut pas assumer de responsabilité. Un ordinateur ne connaît pas le doute. Il ne connaît que des probabilités. Il ne ressent aucun poids moral lorsqu’une décision tourne mal. Il ne se tient pas au chevet du patient pour expliquer une erreur. Il ne mène pas de conversation avec une famille qui fait ses adieux. Tout cela reste la mission du médecin.

C’est pourquoi, même à l’ère de l’intelligence artificielle, la responsabilité professionnelle continuera, en définitive, de reposer sur un être humain. Ce n’est pas une faiblesse de l’IA. C’est une caractéristique essentielle de la médecine. Car la médecine ne consiste pas seulement à appliquer des connaissances scientifiques. Elle consiste aussi à assumer la responsabilité de décisions qui ont un impact profond sur la vie d’autrui.

Cette responsabilité peut être soutenue. Mais elle ne peut pas être déléguée.

Du savoir à la sagesse

Peut-être l’intelligence artificielle nous ramène-t-elle à une vérité ancienne. Pendant des siècles, le médecin a été apprécié parce qu’il en savait davantage que son patient. Cet avantage en matière de connaissances se réduit.

Les patients ont accès à l’information médicale, aux publications scientifiques et aux systèmes de recherche intelligents. Eux aussi consulteront de plus en plus souvent l’IA avant de se rendre chez un médecin. Cela ne doit pas nécessairement constituer une menace. Au contraire. Cela transforme le rôle du médecin. Le médecin devient moins le gardien du savoir et davantage le guide qui aide à distinguer ce qui est exact, pertinent et porteur de sens.

Le savoir est accessible. La sagesse reste rare. Et c’est précisément là que la valeur ajoutée du médecin apparaîtra de plus en plus clairement. Non pas dans la restitution de faits. Mais dans la capacité à associer science, expérience, empathie et jugement éthique. C’est une forme d’intelligence pour laquelle aucune puissance de calcul ne suffit. Elle exige de l’humanité.

Écrit par Pr Michel Deneyer & Pr Mark De Ridder17 août 2026
Faites un essai gratuit!Devenez un membre premium gratuit pendant un mois
et découvrez tous les avantages uniques que nous avons à vous offrir.
  • accès numérique aux magazines imprimés
  • accès numérique à le Journal de Médecin, Le Phamacien et AK Hospitals
  • offre d'actualités variée avec actualités, opinions, analyses, actualités médicales et pratiques
  • newsletter quotidienne avec des actualités du secteur médical
Vous êtes déjà abonné? 

Wat heb je nodig

En savoir plus sur

Partagez votre histoire (d'actualité)

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles

Devenez partenaire premium

Choisissez l'adhésion qui vous convient

PRINT + DIGITAL
€ 149 / Année*
DIGITAL ONLY
€ 99 / Année*
Devenez partenaire premium

Des nouvelles à partager ?

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles
Magazine imprimé

Édition Récente
30 juin 2026

Lire la suite

Découvrez la dernière édition de notre magazine, qui regorge d'articles inspirants, d'analyses approfondies et de visuels époustouflants. Laissez-vous entraîner dans un voyage à travers les sujets les plus brûlants et les histoires que vous ne voudrez pas manquer.

Dans ce magazine