Brèves de consult'
Durand, Dupont et le scanner du destin
C’est un matin ordinaire au service d’imagerie médicale, unité scanner. Ordinaire… du moins jusqu’à ce que l’univers décide de tester la logique humaine.
Le technicien, concentré et consciencieux, ouvre la porte de la salle d’attente et appelle le patient suivant, venu pour un scanner abdominal : Monsieur Durand !
Un patient se lève, confiant, avec cet air calme mais pressé de celui qui connaît déjà la routine hospitalière.
Le technicien demande :
- Vous avez votre dossier antérieur ?
- Non.
Bon, rien d’inhabituel dans cet oubli. L’examen se déroule sans accroc. Scanner fait, clichés parfaits, patient satisfait. Le technicien enchaîne aussitôt pour un scanner de la colonne lombaire, cette fois.
- Monsieur Dupont !
Silence. Il répète, un peu plus fort :
- Monsieur Dupont ?
Toujours rien. Et là, du fond de la salle, un homme se lève :
- Moi, je suis Monsieur Durand, et j’attends depuis presque trois quarts d’heure !
Petit moment de flottement. Un de ces instants où le temps suspend son diagnostic…
Et soudain, la vérité tombe : le premier “Durand”… n’était pas Durand.
C’était Monsieur Dupont, venu pour un scanner lombaire… et reparti avec un scanner abdominal.
Le technicien devient pâle. La radiologue en charge du programme, philosophe, attrape le téléphone et contacte le prescripteur :
- Allô, confrère ? Oui, nous sommes désolés : petite confusion… votre patient Dupont a eu un scanner de l’abdomen au lieu du scanner lombaire. Rien de grave : pas de facturation et on le refait dans la foulée.
Le patient revient donc pour son vrai examen et confesse avec une sincérité désarmante :
- J’ai vu l’autre partir aux toilettes, et comme j’attendais depuis dix minutes, j’ai cru que c’était mon tour…
Entre la salle d’attente et le cosmos, un ange gardien coche une case dans le grand registre du Destin Médical...
Et c’est là que la médecine bascule du côté du merveilleux. Car sur le “mauvais” scanner, celui qui n’aurait jamais dû être réalisé, la radiologue découvre… un cancer du rectum débutant. Un diagnostic précoce, totalement fortuit. Un hasard si précis qu’il frôle la prescience.
Le silence retombe.
Les professionnels échangent un regard.
Quelque part, entre la salle d’attente et le cosmos, un ange gardien coche une case dans le grand registre du Destin Médical.
Morale humoristico-médicale...
La médecine aime l’ordre, la rigueur, les protocoles, les listings de rendez-vous parfaitement alignés et les identitovigilances impeccables.
Mais parfois, le vivant, ce grand indiscipliné, décide de bousculer nos certitudes pour rappeler que, même en imagerie, tout ne tient pas qu’à la précision du pixel.
Alors oui : il faut toujours vérifier l’identité du patient, son dossier, et l’examen prévu.
Mais gardons aussi, quelque part dans le fond de la blouse, une petite place pour le hasard bienveillant, celui qui s’invite sans prévenir, un peu gauchement mais qui, parfois, sauve une vie.
Car dans ce métier, il arrive qu’une erreur révèle ce que la prudence aurait laissé dormir. Et si la science soigne avec méthode, il arrive que le destin, lui, pratique le dépistage opportuniste…
Entre la salle d’attente et le cosmos, un ange gardien coche une case dans le grand registre du Destin Médical...