Scanner à comptage photonique : Saint-Luc Bouge mise sur une imagerie plus précise et moins irradiante
La Clinique Saint-Luc Bouge a mis en service un scanner à comptage photonique, une technologie de dernière génération qui améliore la résolution des images tout en réduisant l’irradiation et, dans certains cas, la quantité de produit de contraste. L’appareil sera notamment utilisé en cardiologie, aux urgences, en oncologie et en neurologie.
Les premiers patients ont bénéficié cette semaine du nouveau NAEOTOM Alpha Pro (photo). Selon l’établissement, il s’agit du premier exemplaire de cette nouvelle gamme installé en Wallonie.

« L’histoire du scanner a environ 60 ans et, tous les dix ans, on assiste à de nouvelles évolutions. Aujourd’hui, avec le scanner à comptage photonique, nous sommes vraiment face à une rupture qui va nous permettre de travailler différemment. Il en existe entre 500 et 600 dans le monde. La Belgique en compte sept, dont désormais deux en Wallonie. Nous avons la chance, à la Clinique Saint-Luc Bouge, de disposer du premier scanner de la nouvelle gamme, à savoir le NAEOTOM Alpha Pro », se réjouit le Dr Frédéric Alexis, radiologue cardiovasculaire à la Clinique Saint-Luc Bouge, qui suit cette technologie depuis ses balbutiements.
Comme son nom l’indique, ce scanner compte individuellement les photons et mesure leur niveau d’énergie.
« Pour comprendre cette technologie, imaginons les rayons X comme une pluie tombant sur le corps et le détecteur comme un seau qui la recueille. Dans un scanner conventionnel, ce seau mesure seulement la quantité totale d’eau reçue, sans distinguer la taille des gouttes. L’appareil sait ainsi combien de rayons ont traversé le corps à tel endroit, ce qui renseigne sur la densité du tissu - dense comme l’os ou “vide” comme l’air des poumons - mais rien de plus », explique le Dr Alexis.
« Le scanner à comptage photonique, lui, utilise un seau “intelligent” qui compte chaque goutte une par une et mesure sa taille, c’est-à-dire l’énergie de chaque photon. Il obtient ainsi deux informations à la fois : le nombre de rayons transmis et leur énergie individuelle. »
Cette précision permet de mieux différencier certains tissus ou matériaux dont l’apparence est proche sur les images classiques. « Sur un scanner conventionnel, l’os et une artère chargée de produit de contraste iodé peuvent apparaître avec une blancheur très proche, car les deux atténuent fortement les rayons X. Avec un scanner à comptage photonique, l’appareil détecte que le calcium et l’iode n’atténuent pas les rayons de la même façon selon leur énergie, un peu comme deux filtres colorés laisseraient passer des couleurs différentes. Il peut alors distinguer nettement l’os du produit de contraste, là où le scanner classique ne voyait qu’une seule nuance de gris. »
Un intérêt particulier en cardiologie
L’appareil sera d’abord mobilisé pour l’imagerie cardiaque, en particulier l’exploration des artères coronaires. Il est associé au logiciel d’intelligence artificielle Coronary Cockpit, qui analyse l’anatomie coronaire, précise le degré de rétrécissement des artères et évalue la charge athéromateuse.
Ces informations doivent notamment aider les cardiologues interventionnels à préparer une éventuelle angioplastie et à choisir plus précisément le type et le diamètre du stent, sans devoir systématiquement répéter une angiographie diagnostique.
Des applications dans de nombreuses spécialités
La clinique prévoit également d’employer le scanner aux urgences ainsi qu’en imagerie thoracique, neurologique, abdominale et orthopédique.
« Pour l’imagerie du thorax, nous allons profiter de la diminution de la dose et de l’augmentation de la finesse des images, par exemple dans la détection de la fibrose. En neurologie, les petits anévrismes vont bénéficier de cette finesse. En oncologie abdominale, la machine permettra de mieux détecter de petites métastases. En orthopédie, en plus de repérer de petites fractures, nous pourrons détecter l’œdème dans les tissus grâce à leur caractérisation », détaille le radiologue.
Le Dr Alexis souligne également l’intérêt de la technologie pour les patients obèses, chez lesquels elle améliore la qualité des images. La réduction de l’irradiation est particulièrement recherchée en pédiatrie et chez les patients qui doivent subir des examens répétés, notamment en oncologie. L’appareil doit aussi limiter les artefacts provoqués par les prothèses, les stents et d’autres dispositifs métalliques.
Un second logiciel d’intelligence artificielle, My Exam Companion, recueille certaines données du patient à l’aide d’une tablette et propose un protocole adapté à l’indication clinique. La clinique y voit un moyen d’harmoniser les pratiques, d’optimiser les doses d’irradiation et de fluidifier le parcours du patient.
Saint-Luc Bouge propose actuellement des examens par scanner en soirée une fois par semaine. Cette disponibilité doit prochainement passer à deux soirées hebdomadaires, principalement pour les scanners coronaires.