Économiser sur la prévention, ce n’est pas économiser sur les soins
À ne considérer que les dépenses d’aujourd’hui, on peut parfaitement améliorer un budget tout en compromettant la pérennité du système de santé.
La Flandre doit faire des économies. C’est une réalité. Les soins de santé et le secteur du bien-être n’y échappent pas. Le gouvernement flamand a annoncé le plus vaste plan d’économies de son histoire, qui atteindra près de 2 milliards d’euros en 2027 et 3 milliards en 2029. Il souligne toutefois sa volonté de continuer à investir dans les soins et le bien-être.
Dans ce contexte, il est logique d’examiner chaque dépense d’un œil critique. La prévention aussi.
Je ne suis pas favorable à la protection aveugle de chaque budget de prévention, bien au contraire. Du point de vue de l’économie de la santé, la prévention doit, elle aussi, être continuellement (ré)évaluée au regard de son efficacité, de son efficience, des gains de santé et de sa valeur pour la société. Toute intervention préventive n’est pas automatiquement un bon investissement. Mais cet argument vaut dans les deux sens.
Lorsqu’une intervention éprouvée ou prometteuse est supprimée parce qu’elle coûte de l’argent aujourd’hui, il faut aussi évaluer ce que coûtera son abandon. Cela semble évident. Pourtant, cette démarche reste étonnamment rare.
Le débat sur la prévention part encore trop souvent de la question : « Combien cela coûte-t-il ? », alors que la véritable question est : « Quels gains de santé obtenons-nous pour chaque euro investi et quelles pertes de santé évitons-nous en investissant aujourd’hui ? »
"La question n’est pas de savoir si la prévention coûte de l’argent, mais si la valeur qu’elle crée dépasse son coût."
- Dominique Vandijck
Prenons « Bewegen Op Verwijzing » (« Bouger sur prescription »). Ce programme propose un accompagnement professionnel aux personnes présentant un risque accru pour leur santé. Les évaluations flamandes montrent que les participants augmentent effectivement leur activité physique. Une évaluation parlementaire mentionne même un doublement de celle-ci. En outre, une part importante des accompagnements bénéficie à des personnes ayant droit à l’intervention majorée.
Fin 2025, une enveloppe supplémentaire de 916.500 euros avait encore été débloquée pour prolonger le programme jusqu’à fin 2026, avec l’objectif de mettre en place, dès 2027, un cadre pérenne pour l’accompagnement des habitudes de vie sur prescription. Aujourd’hui, selon des informations récentes issues du terrain, cette relève serait à nouveau menacée.
Je m’interroge : « Quelle en est précisément la justification en termes d’économie de la santé ? »
Peut-être l’évaluation montrera-t-elle que l’approche peut gagner en efficience. Très bien. Peut-être faut-il remplacer l’accompagnement individuel par une approche collective. Très bien aussi. Peut-être peut-on obtenir les mêmes gains de santé avec moins de moyens. Mieux encore.
Mais cela, c’est réformer. C’est autre chose que de faire des économies au motif qu’une dépense de prévention est aujourd’hui visible dans le budget.
La prévention n’exige d’ailleurs pas nécessairement un long délai de retour sur investissement. Certains bénéfices ne se manifestent effectivement que des années plus tard, mais d’autres apparaissent bien plus vite. Une chute évitée aujourd’hui peut, dès aujourd’hui, épargner un passage aux urgences, une fracture de la hanche, une opération et une rééducation. L’arrêt du tabac procure rapidement des gains de santé. La vaccination peut prévenir immédiatement des infections et le recours aux soins.
La question n’est donc pas de savoir si la prévention coûte de l’argent. Bien sûr que oui ! La question est de savoir si la valeur qu’elle crée dépasse son coût. C’est précisément là que l’économie de la santé a toute sa place.
C’est pourquoi je plaide depuis longtemps pour une autre logique budgétaire. Non pas : que pouvons-nous supprimer aujourd’hui ? Mais : où pouvons-nous réduire les dépenses aujourd’hui sans perdre demain davantage de santé et de ressources ? À mes yeux, la différence est fondamentale.
À ne considérer que les dépenses d’aujourd’hui, on peut parfaitement améliorer un budget tout en compromettant la pérennité du système de santé. C’est cela qui m’inquiète réellement.
La véritable transition consiste, selon moi, à ne plus construire les budgets uniquement à partir de la maladie et de la consommation de soins, mais aussi de la santé, des gains de santé et des soins évités. Je ne défends pas davantage de prévention pour le principe. Je défends davantage de santé pour chaque euro investi.
Ce n’est pas un plaidoyer pour augmenter les dépenses. C’est un plaidoyer pour des choix plus judicieux, réfléchis et étayés.
"La question n’est pas de savoir si la prévention coûte de l’argent, mais si la valeur qu’elle crée dépasse son coût."