Antibiotiques
La Cour des Comptes juge incomplet le suivi de ses recommandations de 2022
Trois ans après un audit sévère, la Cour des comptes dresse un constat assez dur sur la politique belge en matière d’antibiotiques. Des avancées notables ont été réalisées, mais un problème structurel demeure : la hausse des prescriptions hors conditions de remboursement, qui échappent largement au contrôle public.
Dans son audit de 2022, la Cour pointait une situation préoccupante. La Belgique figurait parmi les plus gros consommateurs d’antibiotiques en Europe, avec à la clé une aggravation des résistances bactériennes. Ces résistances entraînent chaque année des séquelles, des centaines de décès et un coût global estimé à 281 millions d’euros, en incluant les dépenses de soins et les pertes de productivité. À l’époque, l’encadrement des prescriptions et de la délivrance était jugé inefficace, malgré une politique pourtant pionnière à la fin des années 1990.
20 recommandations
La Cour avait alors formulé 20 recommandations à l’attention du SPF Santé publique, de l’Inami et de l’AFMPS. Dans son suivi publié en 2025, elle constate que six recommandations sont pleinement mises en œuvre, dix le sont partiellement ou sont en cours, tandis que deux restent lettre morte.
Les progrès sont néanmoins tangibles. La publication, fin 2023, d’indicateurs de bonnes pratiques cliniques permet désormais à l’INAMI d’évaluer plus finement la qualité des prescriptions des médecins généralistes. Entre juin 2024 et mai 2025, le volume d’antibiotiques remboursés a diminué de 8 % par rapport à 2019, un signal encourageant. À cela s’ajoute une mesure attendue en avril 2026 : l’obligation de délivrer la quantité exacte nécessaire au traitement, afin de limiter les surplus inutiles.
Mais la Cour des comptes alerte sur un phénomène inquiétant. Les antibiotiques prescrits en dehors des conditions de remboursement, et donc hors du radar de l’INAMI, augmentent. Leur part est passée de 11 % en 2019 à 12 % en 2023. Plus préoccupant encore, certains antibiotiques aux effets secondaires potentiellement graves sont désormais majoritairement prescrits hors remboursement, ce qui laisse planer un doute sur le respect des bonnes pratiques cliniques.
Intégralité du coup des traitements
Les conséquences sont doubles. Pour le patient, d’abord, qui supporte l’intégralité du coût du médicament et s’expose à des effets indésirables parfois invalidants, voire irréversibles. Pour la collectivité, ensuite, avec une progression des résistances bactériennes et une pression accrue sur les budgets de la sécurité sociale, notamment via les hospitalisations.
Le message de la Cour est clair : si la dynamique engagée commence à porter ses fruits, elle reste incomplète tant que les prescriptions hors remboursement ne seront pas mieux encadrées.