« Si l'on peut traiter le vieillissement, pourquoi s'en priver ? »
Si le prodige belge Laurent Simons a obtenu son doctorat en physique quantique à l’âge de 15 ans, en novembre dernier, sa soif universitaire est loin d’être assouvie. L'ado planche sur un avenir où, plus que jamais, les humains vivront plus longtemps et en meilleure santé.
Quelques semaines après l'obtention de son doctorat en physique à l'Université d'Anvers, avec une thèse dédiée aux « polarons de Bose dans les superfluides et les supersolides », le jeune Laurent Simons s'est entretenu avec nos collègues d'Artsenkrant. Itinéraire d'un prodige belge.
À la question de savoir d’où lui vient son intérêt pour la physique quantique, l'ado admet en riant que ce choix ne semble peut-être pas évident. « Mon objectif ultime est de créer des super-humains et de permettre aux gens de vivre plus longtemps. Mais pour y arriver, je veux d’abord acquérir un maximum de connaissances dans différentes disciplines. La physique est, selon moi, la base sur laquelle reposent de nombreuses autres sciences. C’est pourquoi j’ai donc débuté par là : bachelier, master, puis mon doctorat. »
Cette approche méthodique et multidisciplinaire l’a mené à l’Institut Helmholtz, à Munich, où il travaille sur un nouveau projet de recherche, ainsi qu’à un doctorat en médecine. « L’Institut Helmholtz est probablement le plus grand institut de recherche en Allemagne, avec plusieurs départements répartis dans tout le pays », explique le garçon. « On peut le comparer à l'Institut Max Planck. » Le site de Munich compte 2.555 chercheurs, issus de 90 pays.
Des souris transparentes
Si les recherches dans le cadre de son doctorat actuel en sont encore aux prémices et qu'il préfère donc garder une certaine confidentialité, il accepte toutefois d’en dévoiler les grandes lignes.
« Quand on fait des expériences en labo sur des souris, on a évidemment envie d'observer ce qui se passe à l’intérieur de l’animal. On utilise donc des techniques, comme l’IRM ou le scanner, ou on réalise des coupes, que l'on examine ensuite au microscope. Le groupe de recherche dans lequel je travaille a mis au point une technique qui permet de rendre les souris optiquement transparentes, grâce à des substances chimiques qui modifient la réfractivité des tissus. Cela permet d’étudier la souris en 3D jusqu’au niveau cellulaire. »
Et de poursuivre: « Cette technique est déjà utilisée pour étudier les mécanismes de certaines maladies, par exemple pour observer comment des souris réagissent à un régime riche en graisses par rapport à un régime normal. L’analyse des résultats repose sur l’intelligence artificielle. »
Les recherches de Laurent Simons se situent à l’intersection de la médecine et de l’intelligence artificielle. « J’ai d’ailleurs deux promoteurs », explique-t-il, « l’un à la faculté de médecine de la Ludwig Maximilians Universität (LMU) et l’autre à l’Université technique de Munich (TUM). »
« Je veux que les gens puissent atteindre leur plein potentiel. »
Vivre plus longtemps
Les rêves et ambitions du jeune chercheur belge vont toutefois bien au-delà des souris transparentes. « Mon objectif est de créer des super-humains, des personnes dotées de capacités avancées - courir aussi vite qu’un sprinter olympique, sauter aussi haut que Michael Jordan ou se contenter de quelques heures de sommeil par nuit. Je veux que les gens puissent atteindre leur plein potentiel. Et cela est étroitement lié à un autre de mes objectifs : aider les gens à vivre plus longtemps, voire rendre l’immortalité possible. »
Cette ambition ne découle pas d’une fascination abstraite, mais d’une motivation toute personnelle: « J’ai grandi chez mes grands-parents, qui ont des problèmes cardiaques », confie-t-il. « Je veux faire quelque chose pour les aider. »
Bien qu'il s'oriente principalement vers la recherche, il l'associe fortement à la pratique: « Le travail clinique et la recherche sont étroitement liés. Ma priorité, c’est la recherche, mais au final, elle doit bien sûr être appliquée dans le monde réel. »
Aux États-Unis, plusieurs milliardaires soutiennent activement la recherche contre le vieillissement. Mais pour Laurent Simons, son travail ne doit pas uniquement bénéficier à un cercle restreint de super-riches. « Je ne veux pas aller trop vite, car je n’en suis encore qu’au début. Mais l’objectif est que ma recherche soit en open source, afin que tout le monde puisse en bénéficier à terme. »
Dans son livre Pourquoi nous mourons, Venki Ramakrishnan, lauréat du prix Nobel, s’interroge : serions-nous vraiment plus heureux si nous pouvions vivre beaucoup plus longtemps ? Laurent Simons est bien conscient que l'allongement de la vie soulève des questions éthiques. Pour lui, la liberté de choix doit être centrale. « Le vieillissement devrait être considéré comme une maladie », affirme-t-il. « Si nous pouvons traiter cette maladie, pourquoi ne le ferions-nous pas ? Si quelqu’un ne souhaite pas vivre plus longtemps, c’est son droit. Mais je pense que nous devons au moins offrir cette possibilité. Cela dit, nous n’en sommes pas encore là », conclut-il en riant.