Oncologie

Dépistage du cancer colorectal : utiliser tous les leviers

Le dépistage du cancer colorectal progresse mais reste totalement insuffisant en Wallonie et encore plus à Bruxelles. Explications avec Michel Candeur (Centre de Coordination et de Référence pour le Dépistage des Cancers - CCRef) et Emilie Vanderstichelen (Mutualités Libres dont Partenamut fait partie).

Journal du Médecin : je propose qu’on plante le décor. Globalement, il y a un déficit de dépistage et certains tabous sur le test fécal, la Wallonie n'envoie pas systématiquement les kits contrairement à la Flandre ou aux Pays-Bas...

Michel Candeur, CREF

Michel Candeur : Un dépistage a été mis en place en Wallonie et à Bruxelles en 2009 avec un test moins performant. En 2016, on est passé au test immunologique, bien plus performant, ce qui a entraîné un gain net de participation et une meilleure confiance des médecins. Le CCRef travaille uniquement pour la Wallonie (et pour Bruxelles jusque mi-2018, avant que Bruprev ne reprenne la main).

La participation augmente lentement, on grappille environ 2 % par an. Pour une première participation, il y a trois voies : le médecin (environ 34-35 % des demandes). Notre plateforme web où les gens s'authentifient (environ 60 %). Les pharmacies, une voie lancée en septembre 2024 (environ 5 %). L’envoi du kit en première intention est une solution mais elle est très coûteuse.

Il est important de dire qu'au début, on passait exclusivement par les médecins, mais c'était une charge trop lourde en consultation (sensibiliser, expliquer, gérer le stock). On plafonnait à 10 % de participation. En changeant les modalités et en automatisant les envois pour les participations suivantes, on a vraiment décollé. Les médecins ne gèrent plus de stock mais ont accès à une plateforme pour voir si leurs patients sont dans les critères (pas de coloscopie depuis 5 ans, pas de suivi cancer en cours...).

En Wallonie, on est à environ 22 % de participation via le programme organisé. Si on ajoute les coloscopies réalisées en dehors, la couverture globale est d'environ 34-35 %. L'objectif de santé publique (OMS) pour réduire significativement la mortalité est d'atteindre 65 % de couverture.

Les freins au dépistage

Qu'est-ce qui freine ? Le côté intime du "petit pot" ?

Michel Candeur : Le premier frein, c'est la peur du résultat. Les gens se sentent bien, mangent bio, font du sport et pensent que ça ne les concerne pas. Il y a aussi un aspect culturel (à Bruxelles notamment) lié à la manipulation des selles, même si c'est juste une tigette à frotter. Enfin, il y a une méconnaissance de la maladie : c'est une pathologie "sournoise" car asymptomatique jusqu'à des stades avancés (3 ou 4). Nous, on cherche des polypes ou des cancers à des stades précoces (1 et 2) où le pronostic est excellent et le traitement peu coûteux pour la société.

Peut-on s'inspirer de l'étranger (Pays-Bas, Allemagne) ?

Michel Candeur : L'Allemagne et la France sont des "patchworks" avec de grands écarts régionaux. La Flandre et les Pays-Bas ont de meilleurs taux, peut-être grâce à une meilleure réception des messages d'autorité de santé publique.

Emilie Vanderstichelen : En Flandre, la communication est plus "martelée". En Wallonie, lors du "Mois Bleu", la participation augmente grâce aux campagnes médias.

Michel Candeur : Je confirme. Dès qu'on fait une campagne radio/tv de 15 jours, la participation est fulgurante. Ensuite, ces gens entrent dans notre circuit et reçoivent leur kit automatiquement deux ans plus tard. Le CCRef doit s'adresser à 1.250.000 Wallons avec des niveaux de littératie en santé très variés. C'est pour cela que la collaboration avec les mutualités et les pharmaciens est essentielle : les gens ont des contacts avec leur pharmacien ou leur mutuelle bien plus souvent qu’avec leur médecin.

Emilie Vanderstichelen, MLOZ

"La mutuelle bénéficie d'un lien de confiance et de crédibilité qui facilite la décision du membre. On a prouvé l'impact avec Partenamut comme mutuelle pilote."

Les mutuelles pourraient envoyer des courriers systématiques ?

Emilie Vanderstichelen : C’est déjà le cas partiellement. On a mené un test pendant 1 an avec le CCRef et Partenamut Mutualité Libre sur 3 provinces wallonnes. On a utilisé le même algorithme que le CCRef pour envoyer des lettres de rappel (papier ou e-mail) aux personnes qui n'avaient pas encore réagi à l'invitation officielle et aux affiliés et affiliées éligibles dans 3 provinces différentes. Les résultats montrent un impact positif statistiquement parlant : le taux de participation est plus élevé chez ceux qui ont reçu ce rappel. La mutuelle bénéficie d'un lien de confiance et de crédibilité qui facilite la décision du membre. On a prouvé l'impact avec Partenamut comme mutuelle pilote. Notre souhait serait de généraliser l’action à toutes les mutualités et d’obtenir l’autorisation pour croiser nos données de manière plus précise, afin de cibler davantage les actions et évaluer rigoureusement leurs impacts.

Et la coloscopie ?

Michel Candeur : La coloscopie reste le "gold standard", mais c'est un examen plus lourd. Beaucoup de gens sont frileux. Le test fécal est une excellente première intention, plus économique à l'échelle de la société.

Frottis cancer colorectal
(R)Getty.

Pas un cancer masculin

On pense aussi souvent que c'est un cancer masculin...

Michel Candeur : Oui et c’est inexact, ce cancer touche environ 48 % de femmes pour 52 % d'hommes.

Les autorités vous soutiennent ?

Michel Candeur : Le ministre Yves Coppieters (qui a un background en santé publique) nous soutient largement. Cependant, le soutien ne signifie pas forcément des moyens illimités.

Pourquoi n'envoie-t-on pas le kit d'emblée à tout le monde comme en Flandre ?

Michel Candeur : Pour des raisons budgétaires. Des projets pilotes ont montré que si on envoie le kit sans demande préalable en Wallonie, on a 90 % de gaspillage. On ne peut pas se le permettre financièrement. D'où l'importance du réseau des pharmacies (1.600 en Wallonie) et des mutualités pour multiplier les points d'accès et d’information.

Chiffres-clés du projet des Mutualités Libres (2025)

300.000 membres âgés de +50 ans sensibilisés

38.000 affiliés ont reçu un courrier de rappel personnalisé

1.100 dépistages supplémentaires

+12,6% dans le Hainaut, +14,8% à Liège, et 7,5% dans le Brabant wallon

Wat heb je nodig

Accès GRATUIT à l'article
ou
Faites un essai gratuit!Devenez un membre premium gratuit pendant un mois
et découvrez tous les avantages uniques que nous avons à vous offrir.
  • checkaccès numérique aux magazines imprimés
  • checkaccès numérique à le Journal de Médecin, Le Phamacien et AK Hospitals
  • checkoffre d'actualités variée avec actualités, opinions, analyses, actualités médicales et pratiques
  • checknewsletter quotidienne avec des actualités du secteur médical
Vous êtes déjà abonné? 
Écrit par Nicolas de Pape10 mars 2026

En savoir plus sur

Magazine imprimé

Édition Récente
03 mars 2026

Lire la suite

Découvrez la dernière édition de notre magazine, qui regorge d'articles inspirants, d'analyses approfondies et de visuels époustouflants. Laissez-vous entraîner dans un voyage à travers les sujets les plus brûlants et les histoires que vous ne voudrez pas manquer.

Dans ce magazine