Covid long
Une bactérie pourrait ouvrir la voie à un spray nasal préventif
Des scientifiques de l'UCLouvain et des Cliniques universitaires Saint-Luc ont mis en évidence le rôle protecteur d'une bactérie susceptible de prévenir le covid long. Cette découverte ouvre la voie à une stratégie préventive potentielle, sous la forme d'un spray nasal.
L'étude a été lancée en 2021, en pleine pandémie, afin de déterminer s'il était possible de prédire, durant la phase aiguë de l'infection, quels patients risquaient de développer des symptômes persistants.
Le rôle de Dolosigranulum pigrum
Après cinq années de recherches, les scientifiques ont identifié le rôle central d'une bactérie, Dolosigranulum pigrum, présente dans le microbiome respiratoire. Lorsqu'elle est associée à d'autres bactéries, sa présence semble liée à une diminution de la persistance des symptômes caractérisant le covid long.
Concrètement, des infectiologues ont analysé la sévérité du covid long chez 156 patients, souffrant notamment de fatigue intense, de troubles cognitifs et de difficultés respiratoires. En parallèle, des chercheurs de l'UCLouvain ont étudié les signatures moléculaires associées aux formes sévères de la maladie à partir d'analyses sanguines et de frottis nasopharyngés.
Leurs travaux suggèrent que certaines bactéries du microbiome respiratoire pourraient favoriser une meilleure récupération après une infection virale, comme le covid-19 ou la grippe. À l'inverse, leur altération - notamment après l'utilisation d'antibiotiques non ciblés - pourrait augmenter le risque de symptômes persistants.
Lorsque Dolosigranulum pigrum est abondante, elle pourrait contribuer à protéger contre des formes prolongées de la maladie ou certaines formes sévères de grippe. À l'inverse, une faible présence serait associée à un risque accru de symptômes persistants.
Vers un spray nasal pour renforcer le microbiome?
Cette découverte, publiée dans la revue scientifique Microbiology Spectrum, ouvre la voie à de nouvelles approches préventives. Les scientifiques envisagent notamment le développement d'un probiotique respiratoire - un traitement contenant des bactéries bénéfiques - administré sous forme de spray nasal afin de renforcer le microbiome des voies respiratoires avant la saison hivernale.
"On n'en est pas encore là, mais c'est une piste à explorer", souligne Patrice Cani, professeur au Louvain Drug Research Institute (UCLouvain) et chercheur (WEL Research Institute), l'un de nos chercheurs belges les plus influents au monde en termes de recherche scientifique.
"Nous développons actuellement des outils pour mesurer la présence de ces bactéries dans le nez des patients. L'objectif est ensuite de confirmer ces résultats sur des cohortes plus larges, puis de démontrer un lien de causalité, notamment via des modèles expérimentaux sur des animaux de laboratoire, avant d'envisager une intervention sous forme de spray."
4% des Belges concernés
Le covid long reste un enjeu important de santé publique. En Belgique, près de 400.000 personnes, soit environ 4% de la population, en souffrent encore. Cette affection, caractérisée par des symptômes persistants plusieurs mois après l'infection, touche plus particulièrement les femmes âgées de 45 à 54 ans. L'obésité constitue également un facteur de risque.
"À l'heure actuelle, la prise en charge repose essentiellement sur le traitement des symptômes, notamment via la rééducation (kiné). Il n'existe pas encore de traitement spécifique", ponctue Laure Elens, professeure au Louvain Drug Research Institute et à l'Institut de recherche expérimentale et clinique de l'UCLouvain.
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