Des experts plaident pour l'intégration de la thérapie par radioligands dans le Plan cancer belge
D’ici 2035, la thérapie par radioligands pourrait concerner jusqu’à quinze fois plus de patients, avertit le Belgian Nuclear Research Centre qui souligne que la Belgique dispose de 350 médecins nucléaristes peu intégrés dans les les équipes multidisciplinaires d’oncologie. Réunis lors d’un sommet national, experts et décideurs alertent : sans adaptation rapide du système de soins, cette innovation risque de rester sous-exploitée.
(de gauche à droite) : Hugues Malonne (directeur-général de l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS))
Christophe Deroose (Professeur/Spécialiste en médecine nucléaire et imagerie moléculaire de l'UZ Leuven)
Florence Pottiez (MR).
La thérapie par radioligands (RLT) s’inscrit dans la dynamique des traitements ciblés en oncologie. Elle associe un ligand capable de se fixer sur les cellules tumorales à un radio-isotope qui délivre une irradiation localisée. Résultat : une destruction plus précise des cellules cancéreuses, avec des effets secondaires généralement mieux tolérés.
Aujourd’hui, cette approche est principalement utilisée pour les tumeurs neuroendocrines et le cancer de la prostate métastatique. Mais le champ des indications pourrait s’élargir rapidement. Près de 400 essais cliniques sont actuellement en cours dans le monde, certains déjà en phase finale.
350 médecins nucléaristes
Les projections sont spectaculaires : le nombre de patients éligibles à la RLT pourrait être multiplié par dix à quinze d’ici 2035. Une évolution qui pose une question centrale : le système de soins est-il prêt à absorber cette montée en charge ?
La Belgique dispose d’atouts solides. Elle est un acteur majeur de la production mondiale de radio-isotopes médicaux et s’appuie sur un écosystème structuré : 5.000 professionnels, 350 médecins nucléaristes et 18 centres d’excellence en théranostique. Mais cette avance pourrait être fragilisée si elle ne se traduit pas rapidement en capacité clinique.
Des freins très concrets sur le terrain
Plusieurs obstacles limitent aujourd’hui le déploiement de la RLT à grande échelle. La répartition inégale des scanners PET, le nombre insuffisant de salles de thérapie, un remboursement encore restreint et l’obligation fréquente d’une nuit d’hospitalisation constituent autant de freins.
À cela s’ajoute un enjeu organisationnel : l’intégration encore insuffisante des médecins nucléaristes dans les équipes multidisciplinaires d’oncologie.
Selon les experts, certaines mesures pourraient produire des effets rapides, comme l’élargissement du remboursement ou la réduction de la durée d’hospitalisation, qui permettrait d’augmenter immédiatement la capacité des centres.
Une fenêtre politique décisive
Le calendrier joue en faveur d’une accélération. Le futur Plan cancer 2026-2030 est en cours d’élaboration, impliquant les autorités fédérales, l’INAMI et Sciensano.
Dans ce contexte, la RLT apparaît comme un candidat naturel à une intégration structurée dans les politiques publiques. Des initiatives parlementaires ont déjà été déposées, signe d’un intérêt croissant. Une intégration rapide dans le Plan cancer permettrait de transformer cet atout en véritable levier pour les patients et pour le système de soins.
La médecine nucléaire en Belgique en chiffres
La Belgique dispose de tous les atouts pour déployer la thérapie par radioligands à grande échelle et jouer un rôle de pionnier dans ce domaine. Au total, notre pays compte :
-5 000 professionnels
-350 médecins spécialisés en médecine nucléaire
-18 « Theranostics Centers of Excellence » agréés
-2 instituts belges, à savoir le SCK CEN à Mol et l'IRE à Fleurus. Ils jouent un rôle indispensable dans la production mondiale de radio-isotopes médicaux.
-35 000 transports par an au départ de la Belgique pour acheminer en toute sécurité des radio-isotopes médicaux à travers le monde
-Une forte capacité en matière d'essais cliniques