Alimentation et vieillissement cognitif
Pas de lien entre aliments ultra-transformés et fonctions cognitives
Une consommation plus élevée d’aliments ultra-transformés n’est pas associée à de moins bonnes performances cognitives ni à un déclin cognitif plus rapide chez les Néerlandais de plus de 55 ans. C’est ce que montre une analyse longitudinale de la cohorte LASA, qui souligne toutefois que la qualité globale de l’alimentation reste cliniquement pertinente.
Les aliments ultra-transformés suscitent de plus en plus d’attention en tant que facteur de risque potentiel de maladies chroniques, y compris du déclin cognitif et de la démence.
Des chercheurs néerlandais apportent toutefois une nuance importante à cette hypothèse. Dans une analyse portant sur 1.371 participants à la Longitudinal Aging Study Amsterdam (LASA), ils n’ont trouvé aucun lien entre la consommation totale d’aliments ultra-transformés et le fonctionnement cognitif, ni avec la vitesse du déclin cognitif sur une période d’environ dix ans.
Les chercheurs ont utilisé des données alimentaires de 2014/2015, recueillies à l’aide d’un questionnaire de fréquence alimentaire validé, qu’ils ont mises en relation avec des évaluations cognitives réalisées en 2011/2012 ou 2012/2013, ainsi qu’au cours de trois suivis jusqu’en 2021/2022. Le degré de transformation des aliments a été déterminé selon la classification NOVA. En moyenne, 20,1 % de la consommation alimentaire quotidienne, exprimée en grammes par jour, était constituée de produits ultra-transformés.
Analyse de sensibilité
Les fonctions cognitives ont été évaluées de manière étendue. Outre la cognition globale, mesurée à l’aide du Mini-Mental State Examination (MMSE), les auteurs ont examiné la vitesse de traitement, la mémoire épisodique et les fonctions exécutives, notamment au moyen de la Coding Task, du test des 15 mots, de l’empan de chiffres (digit span) et de la fluidité verbale.
Les modèles statistiques ont été ajustés pour un large éventail de facteurs de confusion potentiels, tels que l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, la situation conjugale, l’apport énergétique, l’IMC, l’activité physique, la consommation d’alcool, le statut tabagique, les symptômes dépressifs, les maladies chroniques et la qualité générale de l’alimentation.
La qualité générale de l’alimentation pourrait être plus déterminante que le degré de transformation des aliments en tant que tel.
Les résultats sont restés négatifs dans l’ensemble des quartiles de consommation d’aliments ultra-transformés : aucune association significative n’a été observée ni avec le niveau de fonctionnement cognitif, ni avec le déclin cognitif lié à l’âge et ce, pour tous les domaines étudiés. Une analyse de sensibilité, dans laquelle le pain a été exclu du calcul des aliments ultra-transformés, n’a pas modifié les résultats globaux. Seule une association significative mineure a été observée dans un quartile pour l’empan de chiffres que les auteurs considèrent comme une observation isolée.
Qualité générale de l’alimentation
Pour les médecins, c’est avant tout l’interprétation qui importe. Cette étude ne soutient pas l’idée que la quantité totale d’aliments ultra-transformés soit, en elle-même, un déterminant indépendant du vieillissement cognitif chez les adultes âgés. Les auteurs suggèrent que la qualité générale de l’alimentation pourrait être plus déterminante que le degré de transformation des aliments en tant que tel. Cela est en accord avec la littérature antérieure, qui associe plus systématiquement les régimes alimentaires de qualité, comme le régime méditerranéen, à de meilleurs résultats cognitifs.
Cela ne signifie pas pour autant que les aliments ultra-transformés sont inoffensifs. La littérature continue de les associer à divers effets défavorables sur la santé cardiométabolique et d'autres issues cliniques. En pratique, un message nuancé s’impose donc : pour contribuer à prévenir le déclin cognitif, il est probablement plus bénéfique de se concentrer sur l’ensemble du mode de vie que sur le seul degré de transformation des aliments. Cela inclut une alimentation de qualité, la réduction du risque cardiovasculaire, une activité physique suffisante, ainsi qu’une attention portée aux autres facteurs de risque modifiables de la démence.
L’étude présente toutefois certaines limites. Il s’agit d’une recherche observationnelle, ce qui ne permet pas d’établir un lien de causalité. De plus, l’alimentation n’a été mesurée qu’une seule fois et sur la base d’auto-déclarations, ce qui peut introduire un biais de mémoire (recall bias) et des erreurs de classification.
En contrepartie, l’étude repose sur une cohorte représentative de la population néerlandaise, bénéficie d’un long suivi et utilise une batterie complète de tests cognitifs. Pour l’instant, le message principal semble donc être le suivant : chez les personnes de 55 ans et plus, rien ne prouve qu’une consommation plus élevée d’aliments ultra-transformés entraîne automatiquement un déclin cognitif plus rapide.