Les dermatologues souhaitent une approche du cancer de la peau fondée sur l’évaluation des risques
La Société royale belge de dermatologie et de vénérologie (SRBDV) plaide en faveur de réformes structurelles afin de garantir l’accessibilité des soins dermatologiques.
La demande en soins dermatologiques augmente d’année en année, selon la Pre Jo Lambert (UZ Gand), membre du conseil d'administration et ancienne présidente de la SRBDV.
« L’incidence du cancer de la peau a explosé au cours des dernières décennies. Le vieillissement de la population entraîne également une augmentation générale des problèmes cutanés. Aujourd’hui, les patients sont aussi plus assertifs et souvent préparés grâce à des recherches sur internet ou à l’aide d’outils d’IA, ce qui rend les consultations plus complexes et plus longues. »
Comme tous les prestataires de soins, les dermatologues sont confrontés à une charge administrative croissante. Cela entraîne une augmentation des délais d’attente. Une récente enquête menée par la SRBDV révèle que les patients doivent attendre en moyenne 19 semaines en Flandre et 18 semaines en Wallonie pour une consultation médicale non urgente chez un dermatologue.
En conclure qu'il y a trop peu de dermatologues et qu’il faut en former davantage semble évident. La SRBDV souhaite toutefois que les causes sous-jacentes soient abordées : un meilleure tri, une organisation plus efficace et un meilleur financement.
Vers une approche fondée sur le risque
Le cancer de la peau est l’une des principales causes de tension sur cette spécialité. L’incidence augmente, tout comme « l’angoisse du cancer de la peau » : des personnes présentant quelques nævi bénins souhaitent un contrôle complet chaque année, ou demandent à leur généraliste une consultation urgente pour un grain inoffensif.
Les données belges confirment que le dépistage non ciblé du cancer de la peau a peu d'intérêt. La SRBDV plaide donc pour une approche fondée sur le risque, qui priorise les patients présentant un risque clairement accru (par exemple, plus de 100 nævi, antécédents familiaux ou personnels).
La SRBDV souhaite également renforcer l’éducation à la prévention et à l’auto-observation, en collaboration avec Euromelanoma. Un patient qui remarque une lésion suspecte peut, dans un premier temps, s’adresser à son médecin généraliste, qui décidera de la nécessité de l'orienter vers un dermatologue.
La SRBDV souhaite renforcer l’éducation à la prévention et à l’auto-observation.
Outils numériques
Des applications d’auto-dépistage basées sur l’intelligence artificielle, comme SkinVision, sont parfois présentées comme une solution pour réduire la pression sur les dermatologues. Toutefois, une étude récente de l’UZ Gent montre que ces applis sont loin d’être fiables. En raison du grand nombre de faux positifs, elles risquent d’augmenter la charge de travail des dermatologues, tout en créant un faux sentiment de sécurité face à des lésions réellement suspectes.
La SRBDV demande donc une validation rigoureuse et indépendante avant que de telles applications à destination du public soient recommandées ou remboursées.
La profession vieillit...
Selon le dernier rapport de l'INAMI sur les professionnels de santé, la Belgique comptait en 2024 un total de 815 dermatologues actifs, ce qui équivaut à environ 610 équivalents temps plein (ETP).
Les dermatologues voient en moyenne entre 20 et 22 patients par jour. Ce chiffre est généralement plus élevé chez les dermatologues plus âgés (9 % ont plus de 65 ans). Les jeunes médecins consacrent davantage de temps par consultation, et attachent plus d’importance à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Par conséquent, la capacité clinique effective moyenne par ETP diminue, à un moment où la demande atteint un pic.
La société des dermatologues souligne également que contrairement à d'autres spécialités, les dermatologues disposent de moins de prestations techniques leur permettant de compenser les faibles honoraires des consultations. Il n’est donc pas surprenant que seuls 15 % d'entre eux soient entièrement conventionnés.
La solution passe-t-elle par la télé-expertise ?
Le Comité de l’assurance de l’INAMI a récemment approuvé une proposition concernant la télé-expertise entre médecins généralistes et dermatologues. Cette proposition doit toutefois encore être formalisée par arrêté royal.
Dans le cadre d’une télé-expertise, le médecin généraliste soumet une question clinique au dermatologue à propos d’un problème dermatologique pour obtenir un avis diagnostique et/ou thérapeutique. Les expériences issues d’un projet pilote de télé-expertise entre généralistes et dermatologues ont été positives. Mais la SRBDV met en garde : la télé-expertise n’est pas une solution miracle.
« En cas de suspicion de cancer de la peau, la télé-expertise n’est pas indiquée », affirme la Dre Katrien Vossaert, membre du conseil d’administration. « Un dermatologue utilise un dermatoscope pour examiner la peau en profondeur, appareil que les généralistes ne possèdent généralement pas. Le dermatologue doit donc voir lui-même un nævus suspect. La télé-expertise est plus appropriée dans les cas de maladies inflammatoires de la peau, où une simple photo peut suffire. »
Jan Guthermuth souligne également que le budget prévu est très limité : « Cela correspond à environ 11 télé-expertises par an et par dermatologue. Or, le dermatologue devra investir dans une plateforme sécurisée d’échange de données, et les logiciels médicaux ne sont pas bon marché. » Selon lui, il est fort possible que cela ne vaille pas la peine.