Coût pour les soins de santé
Keytruda: Solidaris relance son idée de "juste prix"
La mutualité socialiste Solidaris remet sur la table sa proposition d'instaurer un modèle de "juste prix" pour les médicaments, suite à l'enquête journalistique du consortium ICIJ sur le coût du Keytruda, médicament anticancéreux utilisé dans une quinzaine de cancers différents.
Sans tenir compte des ristournes négociées avec les autorités, le Keytruda pourrait avoir coûté jusqu'à 2,6 milliards d'euros à la Belgique, depuis ses premiers remboursements en 2016 et jusqu'en juin 2025, écrivent lundi Le Soir, Knack et De Tijd dans le cadre d'une enquête journalistique coordonnée par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ).
C'est de loin le médicament qui pèse le plus lourd sur le système de soins de santé belge. Un traitement coûte en moyenne 100.000 euros par patient (hors ristourne, confidentielle, négociée par les autorités belges). Il est prescrit pour combattre une quinzaine de cancers différents.
Des ristournes de -64%, en moyenne
"La moyenne des réductions consenties par les entreprises pharmaceutiques s'élève à environ 64% pour tous les domaines thérapeutiques confondus", explique à l'agence Belga Jean-Yves Daxhelet, porte-parole de MSD Belgium & Luxembourg. "Dans les faits, l'État belge n'a donc pas dépensé 2,6 milliards puisque ce traitement fait l'objet de ristournes négociées avec les autorités, et ce depuis le début de sa mise à disposition des patients en Belgique."
La question du financement de l'innovation médicale constitue un enjeu de taille, alors que l'OMS prévoit que les taux de cancer dépasseront les 35 millions de cas en 2050 (+77% par rapport à 2022).
Pour un processus clair et transparent
"Nous assistons à un transfert d’argent public, issu des cotisations sociales, vers de grandes entreprises qui profitent de nos systèmes de solidarité pour augmenter sensiblement leurs profits. Je pose la question : qui profite réellement de notre sécurité sociale sans être contrôlé ni régulé ? Nous avons un exemple sous nos yeux", réagit Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris.
Selon la mutualité socialiste, une étude réalisée sur le Keytruda au Royaume-Uni montre qu'il aurait été payé cinq fois plus que ce qu’il aurait dû coûter. "En Belgique, avec notre système de calcul du prix mis en place par Solidaris et en prenant un médicament comparable (l’opdivo), il apparaît que le prix exigé par la firme est jusqu’à 35 fois supérieur au prix juste (hors ristournes), si l’on applique le modèle du 'fair price'."
Solidaris plaide donc pour la mise en place d’un processus de fixation claire et transparent du prix des médicaments.
En partenariat avec l’Association internationale de la Mutualité, elle a développé un modèle de « juste prix » visant à concilier les intérêts de l’ensemble des acteurs : ceux des patients pour l'accessibilité financière, ceux des firmes pharmaceutiques qui doivent pouvoir dégager des profits soutenables pour continuer à investir et ceux de la sécurité sociale qui ne peut supporter des dépenses disproportionnées.
"Il est possible de transformer le modèle pour que chacun y trouve son compte, mais pour cela il faut redonner à l’ensemble du monde politique les clés de compréhension de ce qui se passe sous nos yeux, c’est pourquoi nous plaidons pour un processus de fixation de prix des médicaments clair et transparent", conclut Jean-Pascal Labille.