En Chambre du conseil le 18 juin
Affaires des circoncisions à Anvers : un "exercice illégal de la médecine" pour le parquet
Le parquet d’Anvers a qualifié les circoncisions illégales de "coups et blessures volontaires avec préméditation sur des mineurs et exercice illégal de la médecine". Le ministère public souhaite désormais renvoyer devant le tribunal correctionnel deux "mohels", ces circonciseurs rituels juifs.
Il y a près d'un an, la police menait des perquisitions dans le cadre d’une enquête judiciaire sur des circoncisions illégales à Anvers. Deux des trois perquisitions avaient eu lieu dans le quartier juif, la troisième dans le quartier voisin dit 'Groen Kwartier'.
Après enquête, le parquet estime désormais disposer d’éléments suffisants pour demander le renvoi de deux personnes devant le tribunal correctionnel. Le dossier sera examiné à huis clos le 18 juin, la Chambre du conseil devra décider d’un éventuel renvoi.
Des "faits punissables" pour le rabbin Friedman
Aucune arrestation n’avait eu lieu à l’époque, et ces perquisitions n’étaient pas inattendues: fin 2024 déjà, il avait été révélé que le parquet enquêtait sur des pratiques de circoncision illégales (hors présence d'un médecin), une enquête faisant suite à une plainte émanant de la communauté juive elle-même, via le rabbin anversois Moshe Aryeh Friedman.
"Ces pratiques illégales sont régulièrement perpétrées à Anvers, nettement plus que dans d’autres pays. Il s’agit de faits punissables, allant d’une circoncision illégale sans médecin à des coups et blessures sur un nouveau-né, notamment pendant l’aspiration avec la bouche", selon Moshe Aryeh Friedman, alors cité par la VRT News.
Le rabbin faisait référence à la pratique dite du "metzitzah b'peh" : le sang du pénis de l’enfant circoncis est aspiré à la bouche pour nettoyer la plaie, mais plusieurs enfants seraient déjà tombés gravement malades, voire seraient décédés des suites d'infections provoquées par ce rituel controversé.
Colère de l'EJA
"L’enquête se concentre sur des actes médicaux pratiqués par des hommes n’ayant reçu aucune formation médicale", expliquait le parquet il y a un an. "En d’autres termes : les circoncisions n’auraient pas été pratiquées par un médecin ni sous la supervision d’un médecin."
L’European Jewish Association (EJA), organisation faîtière représentant les communautés juives en Europe, avait immédiatement condamné avec fermeté les perquisitions: "Après l’interdiction de l’abattage rituel, le harcèlement des mohels constitue une nouvelle ligne rouge franchie et un signal d’alarme clair pour les Juifs de Belgique et pour les autorités belges."
Selon l’EJA, la police a perquisitionné, à l'époque, chez plusieurs circonciseurs rituels juifs. Elle y avait saisi des couteaux, et demandé une liste des enfants circoncis au cours de l’année écoulée. L’EJA parlait alors d'une "nouvelle transgression d’une ligne rouge dans l’intimidation des dirigeants religieux juifs en Belgique".
Pour l'association juive, le mohel est une personne spécialement formée aux aspects rituels et médicaux de la circoncision. C'est lui qui réalise la circoncision dans le respect du rite ("brit milah"), au huitième jour de vie du nouveau-né.
Les organisations faîtières juives belges FJO et CCOJB estimaient alors elles aussi que les perquisitions constituaient "une grave atteinte à la liberté religieuse" et suscitaient "une grande inquiétude et indignation". L'enquête anversoise avait également provoqué une crise diplomatique entre Bruxelles et les États-Unis: Bill White, ambassadeur US en Belgique, avait accusé la Belgique "d'antisémitisme".