79e Assemblée mondiale de la santé
Une menace transfrontalière exige une réponse appropriée
Le week-end dernier, l'OMS a déclaré que l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda constituait une urgence médicale internationale. S'adressant aux États membres lors de l'Assemblée mondiale de la santé, le directeur général de l'OMS, Tedros Ghebreyesus, a placé l'épidémie aux côtés du groupe de cas d'hantavirus sur le navire de croisière MV Hondius pour illustrer son message central : les menaces sanitaires transfrontalières nécessitent une réponse transfrontalière.
La 79e Assemblée mondiale de la santé s'est ouverte cette semaine avec deux menaces infectieuses graves en toile de fond. Dimanche, le directeur général de l'OMS a déclaré une urgence médicale internationale pour l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda. Fait remarquable, c'est la première fois qu'un directeur général de l'OMS prend une telle décision avant même de convoquer un comité d'urgence.
Selon l'OMS, cette décision n'a pas été prise à la légère, mais sur la base des règles de l'OMS et après consultation des ministres de la santé des deux pays. L'ampleur et la rapidité de l'épidémie suscitent de vives inquiétudes. En RDC, 30 cas confirmés ont été provisoirement signalés dans la province d'Ituri, au nord-est du pays. L'Ouganda a signalé deux cas confirmés à Kampala, dont un décès, chez des personnes ayant voyagé depuis la RDC. L'infection a également été diagnostiquée chez un citoyen américain, qui a été transféré en Allemagne. Outre les cas confirmés, on dénombre plus de 500 cas suspects et 130 décès suspects. Ces chiffres peuvent encore évoluer à mesure que la surveillance, la détection des contacts et les diagnostics de laboratoire sont renforcés.
Facteurs de risque
Les spécialistes mettent en évidence certains facteurs de risque pertinents qui indiquent où se situe le danger. Des cas ont été signalés dans des zones urbaines, notamment à Kampala et à Goma. Il y a des décès parmi les soignants, ce qui indique une transmission dans les établissements de soins. La région connaît également une forte mobilité de la population. L'Ituri est en proie à l'insécurité, avec une augmentation de la violence depuis la fin de 2025 et plus de 100 000 personnes nouvellement déplacées. La région est également une zone minière, ce qui augmente le risque de propagation.
L'épidémie est causée par le virus Bundibugyo, un virus Ebola pour lequel il n'existe actuellement aucun vaccin ni aucune thérapeutique spécifique. L'accent est donc mis sur la lutte classique contre les épidémies : détection rapide, isolement, détection des contacts, fourniture de soins sûrs, prévention des infections et communication des risques avec la communauté. L'OMS a déployé des équipes, du matériel et des fonds et met à disposition 3,4 millions de dollars supplémentaires provenant du Fonds d'urgence pour les situations d'urgence.
L'épidémie d'hantavirus sur le navire de croisière MV Hondius a également fait l'objet d'une grande attention dans le discours du chef de l'OMS. Les passagers ont été rapatriés et sont surveillés jusqu'à la fin de la période de quarantaine, le 21 juin. L'équipage a débarqué à Rotterdam et restera en quarantaine jusqu'au 29 juin. Onze cas ont été signalés jusqu'à présent, dont trois décès. Aucun nouveau décès n'a été signalé depuis le 2 mai, date à laquelle l'OMS a été informée pour la première fois. L'OMS estime que le risque global est faible pour l'instant et ne voit aucune preuve du début d'une épidémie plus importante, mais demande aux pays concernés de continuer à surveiller attentivement la situation.
Coopération internationale
Les deux épidémies ont servi de tremplin à M. Ghebreyesus pour appeler à une plus grande coopération internationale. Le directeur général de l'OMS a souligné qu'Ebola et l'hantavirus montrent pourquoi la coopération internationale et l'OMS restent nécessaires. Une référence claire aux États-Unis, qui se sont retirés de l'organisation sous l'impulsion du président Donald Trump. "Nous sommes tous dans le même bateau", pouvait-on lire dans la métaphore centrale.
Dans son discours, M. Ghebreyesus a non seulement abordé les défis aigus, mais il a également souligné le travail important que l'OMS accomplit dans d'autres domaines, tels que la promotion de la santé, les systèmes de soins et les menaces pour la santé. L'une des réussites qu'il a soulignées est la diminution d'un tiers du tabagisme dans le monde depuis l'entrée en vigueur de la convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac. Dans le même temps, il met en garde contre les nouveaux produits à base de nicotine, tels que les e-cigarettes et les sachets de nicotine.
Pénurie de personnel
Pour le secteur des soins de santé, la pénurie de personnel reste l'un des plus grands défis structurels. L'OMS prévoit une pénurie de 11 millions de travailleurs de la santé d'ici à 2030, en particulier en Afrique et dans la région de la Méditerranée orientale. Plus de la moitié de cette pénurie concerne les infirmières. L'Académie de l'OMS à Lyon propose aujourd'hui plus de 400 cours gratuits en 23 langues.
M. Ghebreyesus a également souligné la vulnérabilité des soins de santé dans les zones de conflit. En 2025, l'organisation a recensé 1 385 attaques contre des prestataires de soins ou des infrastructures de santé dans 19 pays et territoires, qui ont fait 1 984 morts et 1 187 blessés parmi les prestataires de soins et les patients. Gaza, le Soudan et l'Ukraine sont des exemples de crises humanitaires où l'assistance médicale est soumise à de fortes pressions.
Le message adressé aux États membres est clair : la souveraineté nationale et la coopération internationale ne doivent pas être contradictoires. Au contraire, selon l'OMS, elles se renforcent mutuellement. En cette année d'épidémies, de pénuries, de résistances, de menaces climatiques et de conflits, la solidarité reste la meilleure forme d'immunité.