Suppléments d’honoraires : un symptôme d’un décrochage structurel des actes médicaux
Alors que le débat public se concentre régulièrement sur les « suppléments d’honoraires », une analyse des évolutions économiques des vingt dernières années met en évidence une réalité plus profonde : un décalage croissant entre les coûts réels de fonctionnement des cabinets et la valorisation des actes médicaux.
Depuis 2005, les coûts liés à l’exercice (énergie, personnel, matériel, fonctionnement) ont connu une augmentation estimée entre +60 % et +80 %. Sur la même période, l’inflation générale s’est située autour de +40 % à +50 %, tandis que les honoraires indexés via l’INAMI n’ont progressé que de +20 % à +30 %.
Ce déséquilibre s’inscrit dans un contexte de hausse continue des charges, de complexification du système de soins et d’alourdissement des exigences administratives. Parallèlement, une part croissante du travail lié aux actes médicaux reste non rémunérée, notamment :
-les appels aux patients,
-la coordination des soins,
-l’organisation des pratiques,
-les démarches administratives liées aux mutualités,
-la transmission des résultats,
-les certificats et suivis,
ainsi que des actes sans réelle nomenclature.
Ces activités, pourtant essentielles à la qualité et à la continuité des soins, ne sont que partiellement reconnues dans les mécanismes actuels de rémunération.
Les analyses du KCE montrent que les coûts indirects et les exigences organisationnelles représentent une part croissante du travail de soins, insuffisamment reflétée dans les mécanismes actuels de rémunération.
Un constat s’impose : les actes médicaux ne reflètent plus le travail réellement fourni.
Ce décrochage progressif fragilise la pratique de terrain et pose la question de la soutenabilité du modèle actuel, tant pour les professionnels que pour les patients.
Une réflexion structurelle apparaît nécessaire afin de réaligner les mécanismes de financement avec la réalité du terrain, de garantir l’accessibilité des soins et de préserver l’attractivité des professions concernées.
Sources et méthodologie
Les données présentées reposent sur :
-Statbel – évolution de l’inflation (indice des prix à la consommation)
-INAMI – évolution des honoraires et mécanismes d’indexation
-KCE – analyses des coûts indirects, organisation des soins et évaluations économiques
-Sciensano / SPF Santé publique – évolution des coûts de santé et indicateurs systémiques
Les estimations relatives à l’évolution des coûts des cabinets (énergie, personnel, matériel) reposent sur une approche agrégée, fondée sur :
-l’évolution des coûts salariaux,
-l’augmentation des charges énergétiques,
-la croissance des exigences administratives et organisationnelles.
Cette approche est cohérente avec les recommandations méthodologiques en évaluation économique en santé (KCE) et vise à refléter l’évolution réelle des coûts de fonctionnement des pratiques.
Les valeurs présentées doivent être interprétées comme des ordres de grandeur visant à illustrer des tendances structurelles.