Prix du Généraliste
Qui êtes-vous, Docteure Constance Audet ?
Mon parcours en fin d’études a été plutôt mouvementé. J’ai commencé un assistanat en pédiatrie qui m’a rapidement confronté à la difficulté, pour moi, d’exercer en hôpital. Je ne devenais pas la médecin que je souhaitais être. J’ai quitté l’hôpital assez abruptement, avec l’idée, même, de quitter la médecine. Il m’a fallu un an et demi pour me reconstruire. Je me suis dit que le plus sûr serait de recommencer ce que j’aime le plus : apprendre. Sur un coup de tête, j’ai donc décidé de reprendre une formation à l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers.
Je suis ensuite partie exercer en Guyane française. C’est là, au milieu de la jungle, que j’ai pu travailler avec deux femmes extraordinaires, médecins généralistes, qui m’ont réconciliée avec ce métier, par leur passion, leur professionnalisme et leur humanité, et m’ont fait tomber amoureuse de la médecine générale. De retour en Belgique, à 31 ans, j’ai décidé de me réorienter. Un choix à la fois évident et profondément aligné.
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Il existe mille façons d’être généraliste. Mon parcours est atypique, parfois chaotique, mais c’est précisément ce qui le rend juste pour moi. J’ai fait le choix d’une pratique multiple. Je travaille actuellement au planning familial de Watermael-Boitsfort, où j’ai eu la chance d’être formée aux IVG par une équipe exceptionnelle. J’y réalise aussi des consultations d’hormonothérapie pour les personnes transgenres et des suivis PrEP. En parallèle, je consulte en santé sexuelle auprès de travailleur·euses du sexe chez Espace P et dans un centre de santé dédié à la santé des femmes. Je poursuis mon engagement scientifique en tant que membre, depuis près de quatre ans, du comité de lecture de la Revue de Médecine Générale de la SSMG.
J’ai envie de continuer à développer ma pratique actuelle, notamment dans le champ de la santé sexuelle et de la santé des femmes, des domaines qui me tiennent particulièrement à cœur. À plus long terme, j’aimerais continuer à m’impliquer dans la formation, la transmission et la réflexion autour des pratiques médicales, que ce soit via l’écriture, l’enseignement ou d’autres formes de partage.
Ma pratique ne correspond pas du tout à ce que j'imaginais en entamant mes études... et tant mieux ! j’avais une vision plus linéaire et restreinte de la médecine. Mon parcours m’a appris qu’il est possible de construire une pratique qui nous ressemble. Aujourd’hui, j’intègre pleinement des dimensions qui me tiennent à cœur: la santé des femmes et des personnes LGBTQIA+, la prévention, la question de la relation dans le soin. Un domaine peu enseigné et valorisé, je milite à mon échelle pour que la santé des femmes prenne enfin la place qu’elle mérite lors de nos études.
La médecine générale est au cœur des enjeux futurs de santé. Elle est clé pour la prévention, contre les inégalités et pour remettre de la cohérence dans des parcours de soins de plus en plus fragmentés. J’aimerais voir émerger une médecine plus collaborative, moins hiérarchique, où les patients sont pleinement acteurs de leur santé. Une médecine aussi plus inclusive. Cela passe aussi, selon moi, par une évolution de la formation médicale, avec une meilleure intégration de ces enjeux dès les études.
J’essaie de construire une relation la plus horizontale possible, en m’éloignant d’un modèle parfois encore très paternaliste. Pour moi, le soin est une collaboration : il s’agit de le co-construire avec les patients, en valorisant leur propre expertise. Mon assistanat, en milieu rural et semi-rural, m'a appris l’essentiel : une médecine de continuité, de lien, et surtout une médecine qui considère les patients dans leur globalité et non comme une somme d’organes. C'est ce que j’apprécie le plus: une médecine globale, préventive et profondément humaine, qui permet d’accompagner les patients dans toute leur complexité, en tenant compte de leur histoire, de leur contexte de vie, et pas uniquement de leurs symptômes. J’essaie aussi d’apporter une médecine plus positive : transformer les injonctions en opportunité. Plutôt que de dire « vous devriez faire plus de sport », j’aime proposer de découvrir la pole dance, la plongée sous-marine, ou le roller derby… remettre du plaisir et du jeu dans le soin.
L’écoute - une écoute réelle, qui va au-delà du symptôme - est une qualité précieuse en médecine générale. De même que la capacité à accepter l’incertitude, partie intégrante de notre pratique, et l’humilité. Il nous faut aussi une forme de curiosité et d’ouverture : rester en mouvement, continuer à apprendre, et être capable de questionner sa pratique. Mais les contraintes structurelles, le manque de temps et certaines lourdeurs administratives peuvent limiter cette qualité de présence et d’accompagnement... La reconnaissance du temps non clinique - temps de coordination, de réflexion, de formation - est essentiel, mais insuffisamment valorisé. Et les récentes évolutions en matière de politique de santé accentuent le sentiment de dévalorisation du métier, tout en créant une profonde incompréhension. À juste titre, beaucoup y perçoivent une accentuation de la méfiance à l’égard de leur pratique, un alourdissement de la charge de travail, témoignant d’une fracture grandissante avec le monde politique et les patients.
Pour me ressourcer, j’ai besoin de mouvement et d’espace. Le sport occupe une place importante dans mon équilibre, tout comme le fait d’être en extérieur, mais toujours dans une logique de plaisir plutôt que de performance. J’accorde aussi beaucoup d’importance aux moments de déconnexion, aux voyages et aux expériences qui me permettent de sortir du cadre et de nourrir ma curiosité. Ce sont des éléments essentiels pour garder une forme d’équilibre et continuer à exercer avec énergie et engagement.