Santé mentale des jeunes : le plan d'action de Solidaris
La santé mentale des jeunes affiche des signes d'urgence absolue : près d’un sur quatre présente un trouble anxio-dépressif et les 15-24 ans constituent désormais la tranche d’âge la plus touchée par les idéations suicidaires. Face à cette crise, le Comité stratégique de Solidaris a mené une réflexion approfondie avec 65 experts, dont de nombreux médecins. Ce travail a débouché sur un mémorandum de plus de 80 pages, présenté début juin aux ministres de la Santé des différents niveaux de pouvoir.
Pour le corps médical, les enjeux sont importants. Entre pénurie de (pédo)psychiatres, refonte de la première ligne et urgence du dépistage précoce, la feuille de route proposée par la mutualité socialiste ambitionne de transformer en profondeur la prise en charge.
Doubler le nombre de pédopsychiatres et mieux outiller la première ligne
Face à un mal-être dont le coût global atteint 5,1 % du PIB belge, soit 37 milliards d’euros, le système de soins s’avère saturé. Le mémorandum pointe un manque flagrant d’articulation entre la première ligne et les interventions spécialisées. Si le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke a beaucoup investi dans les soins psychologiques de première ligne, le taux de recours parmi les 15-24 ans ne dépasse pas 3 %, alors que les besoins touchent un quart des jeunes. De plus, de fortes disparités territoriales persistent: les psychologues se concentrent dans les grandes villes, au détriment de provinces plus rurales comme le Hainaut, Namur ou le Luxembourg. Pour y remédier, Solidaris propose entre autres d'inclure les psychologues dans le forfait des maisons médicales afin de lever les obstacles financiers pour les publics vulnérables.
La pénurie de pédopsychiatres est criante. Le mémorandum invite à doubler le nombre de spécialistes en augmentant les sous-quotas et en appliquant les recommandations de la Commission de planification. Jean-Marc Laasman, coordinateur du Comité stratégique de Solidaris, insiste sur l’attractivité de la spécialité via la réforme de la nomenclature et le développement de pratiques ambulatoires multidisciplinaires associant psychologues, pédopsychiatres et assistants sociaux pour garantir, aussi, un meilleur équilibre de vie aux professionnels de santé.
« Les politiques de santé mentale doivent aller au-delà de l’offre de soins. C’est pourquoi nous appelons à l’instauration d’un plan interfédéral pour la santé mentale des enfants et des jeunes. »
- Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris
Le rôle des généralistes est également jugé fondamental puisqu'ils reçoivent les patients en première ligne. Solidaris encourage leur formation en santé mentale pour pallier l'éventuel inconfort de certains face à ces troubles spécifiques, une situation qui pourrait expliquer en partie la forte prescription médicale dans notre pays. Si celle-ci reste nécessaire lorsqu'elle est justifiée, Solidaris réclame des guidelines clarifiées et un suivi pédopsychiatrique systématique.
Dépistage précoce, périnatalité et 'ordonnances sociales'
L’action ne peut se borner à l’offre de soins: 70 % des déterminants de la santé mentale sont sociaux et environnementaux, selon l'OMS. La moitié des troubles débutent avant 14 ans, la détection doit donc être davantage précoce pour éviter une chronicisation, voire des drames liés aux tentatives de suicide. S'inspirant du modèle australien, le mémorandum préconise d'importer les « premiers secours en santé mentale » à l'école pour aider les adolescents à identifier les premiers signes.
Le volet périnatal fait aussi l'objet d'une forte attention. Les programmes « 1.000 premiers jours » et « Born in Belgium Professionals » doivent être élargis pour un meilleur dépistage. Les experts recommandent d'allonger la période à risque du post-partum bien au-delà de six semaines. Ils suggèrent également de créer une ligne d'écoute et une appli pour les jeunes mères et de former les médecins-conseils des mutuelles pour mieux repérer ces troubles lors de l'évaluation des arrêts de travail.
Enfin, pour briser l’isolement social, Solidaris invite à explorer la « prescription sociale » (social prescribing) déjà éprouvée en Grande-Bretagne: ce dispositif permet aux généralistes d’aiguiller le patient vers un coordinateur pour l'orienter vers des activités sociales de proximité.
Réflexion est également lancée sur un décalage des horaires scolaires des ados (cours à 9 h au lieu de 8h) pour mieux respecter leurs rythmes biologiques. Jean-Marc Laasman rappelle l'urgence d'agir: « Le monde du travail et la société des adultes imposent leur rythme aux enfants, avec des impacts démontrés sur leur bien-être. » Pour le coordinateur, le choix politique est clair: « Investir dans le bien-être des jeunes, c'est investir dans l'avenir de notre société. »
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Les dix priorités de la feuille de route
1. Créer un secrétariat d’État à la lutte contre la solitude
2. Interdire les réseaux sociaux aux moins de 13 ans
3. Doubler le nombre de pédopsychiatres
4. Placer un délégué aux droits de l’enfant dans chaque commune
5. Aligner le congé de paternité sur celui des mères
6. Améliorer l’accueil de la petite enfance
7. Créer un référent « climat scolaire » dans chaque école
8. Inclure les psychologues de première ligne dans le forfait maison médicale
9. Dépister plus systématiquement les troubles mentaux périnataux
10. Mieux inclure la neurodiversité à l’école.