Pratique
Vitamine D en oncologie : du statut carentiel aux soins de support
Connue pour son rôle dans l’équilibre phosphocalcique, la santé osseuse et la fonction musculaire, la vitamine D s’inscrit désormais dans les soins de support en oncologie. Son déficit est fréquent chez les patients atteints de cancer et peut être objectivé par le dosage sérique de la 25-hydroxyvitamine D [25(OH)D]. [1,2] Plusieurs données récentes l’associent à la densité osseuse, à la tolérance des traitements, à la neuropathie périphérique induite par les taxanes et à certains effets indésirables observés sous immunothérapie. [1,3-7]
Une revue récente a évalué les données disponibles chez des patients recevant une chimiothérapie ou une radiothérapie adjuvante ou néoadjuvante. Le déficit en vitamine D y apparaît fréquent, avec des prévalences rapportées de 14% à 92%. [1] Dans l’étude D-ONC, menée chez 706 patients ambulatoires atteints de cancer, la 25(OH)D médiane était de 12,2 ng/ml, et 72,0% des patients présentaient une carence, définie par un taux <20 ng/ml. [2]
Pendant la chimiothérapie adjuvante du cancer du sein, un essai de phase II mené chez 44 patientes a montré qu’une administration orale de 100.000 UI de vitamine D toutes les trois semaines, du premier au sixième cycle, normalisait le statut en 25(OH)D chez 47,7% des patientes. Aucun effet indésirable clinique n’a été rapporté, mais une hypercalciurie asymptomatique de grade 1 a été observée chez 29,5% d’entre elles, rappelant l’intérêt d’un suivi biologique lorsque des doses élevées sont utilisées. [3]
Le statut vitaminique D pourrait aussi intervenir dans la neurotoxicité des taxanes. Dans SWOG S0221, 1.191 patientes traitées par paclitaxel pour un cancer du sein ont été évaluées ; 33,3% présentaient une insuffisance avant traitement. Les neuropathies sensitives de grade 3 étaient plus fréquentes dans ce groupe que chez les patientes avec statut suffisant, respectivement 20,7% versus 14,2%, avec une association persistante après ajustement. [4]
Sous immunothérapie, l’essai PROVIDENCE a rapporté une hypovitaminose D chez 94,1% des patients atteints de tumeurs solides avancées à l’initiation des inhibiteurs de points de contrôle immunitaire. Après supplémentation, l’obtention d’un statut vitaminique D adéquat était associée à une meilleure survie globale, à un délai plus long avant échec du traitement et à une fréquence plus faible d’effets indésirables thyroïdiens immunomédiés. [5]
Un paramètre pertinent
Enfin, deux essais randomisés dans le cancer du sein néoadjuvant suggèrent une association entre supplémentation et réponse pathologique complète. Dans le premier, l’administration hebdomadaire de 50.000 UI de cholécalciférol pendant le traitement systémique néoadjuvant était associée à une probabilité plus élevée de réponse pathologique complète. [6] Dans le second, une supplémentation quotidienne de 2.000 UI pendant six mois était associée à un taux de réponse pathologique complète de 43%, contre 24% dans le groupe placebo. [7]
Au vu des données disponibles, la vitamine D apparaît comme un paramètre de soins de support pertinent chez les patients atteints de cancer, avec des données de tolérance globalement rassurantes. [1-7] Des études prospectives complémentaires restent nécessaires pour préciser l’intérêt de la supplémentation dans le futur. Mais en attendant, la vitamine D constitue un marqueur simple, facile à surveiller, et surtout, facilement corrigeable, dont l’intégration raisonnée dans les soins de support oncologiques paraît pleinement justifiée. [1,3,4]
Références
1. Afonso M. L., et al., A Systematic Review of Vitamin D Supplementation in Oncology. Nutrients. 2025;17(4):634.
2. Alkan A., Köksoy E. B., Vitamin D deficiency in cancer patients and predictors for screening (D-ONC study). Curr Probl Cancer. 2019;43(5):421-428.
3. Chartron A., et al., A Phase II Multicenter Trial on High-Dose Vitamin D Supplementation for Preventing Bone Loss in Patients with Breast Cancer Receiving Adjuvant Chemotherapy. Nutrients. 2021.
4. Chen C. S., Zirpoli G., Barlow W. E., et al., Vitamin D insufficiency as a risk factor for paclitaxel-induced peripheral neuropathy in SWOG S0221. J Natl Compr Canc Netw. 2023;21(11):1172-1180.e3.
5. Bersanelli M., Cortellini A., Leonetti A., et al., Systematic vitamin D supplementation is associated with improved outcomes and reduced thyroid adverse events in patients with cancer treated with immune checkpoint inhibitors: results from the prospective PROVIDENCE study. Cancer Immunol Immunother. 2023.
6. Özkurt E., et al., Vitamin D Supplementation During Neoadjuvant Systemic Treatment for Breast Cancer Improves Pathological Complete Response: A Prospective Randomized Clinical Trial. World J Surg. 2025.
7. Omodei M. S., et al., Vitamin D Supplementation Improves Pathological Complete Response in Breast Cancer Patients Undergoing Neoadjuvant Chemotherapy: A Randomized Clinical Trial. Nutr Cancer. 2025.