Hôpital universitaire de Bruxelles (H.U.B)
L'hépatite Delta, forme la plus sévère des hépatites virales
La Journée mondiale contre l’hépatite (28 juillet) fut l’occasion de rappeler que cette pathologie demeure l'une des causes majeures de cirrhose et de cancer du foie. Selon l'OMS, elle cause 3.500 décès chaque jour dans le monde. Si le dépistage progresse, il faut redoubler d'efforts pour atteindre les objectifs d'élimination (2030). L’Hôpital Erasme (H.U.B) planche tout particulièrement sur l'hépatite Delta, forme la plus sévère des hépatites virales, et participe à plusieurs essais cliniques.
Le thème de la Journée mondiale de cette année était "Hépatites : faisons tomber les barrières". Pour rappel, si la date du 28 juillet a été choisie, c'est parce qu'elle correspond à la naissance du Dr Baruch Blumberg, lauréat du Prix Nobel pour sa découverte du virus de l’hépatite B et la mise au point d'un test et d'un vaccin.
À cette occasion, le service de gastro-entérologie et d’hépatologie de l’Hôpital Erasme (H.U.B) rappelle, par voie de communiqué, l'ampleur de ce problème de santé publique, encore trop souvent ignoré, et l'importance du dépistage.
"Jusqu'à deux tiers des porteurs chroniques de l'hépatite B et près de la moitié des personnes atteintes d'hépatite C ignorent leur statut jusqu'à ce qu'une cirrhose ou un cancer du foie ne se déclare. Le dépistage progresse - plus de 760.000 tests de l'hépatite B et près de 800.000 tests de l'hépatite C ont été remboursés en 2023 (Sciensano), - mais l'effort doit encore s'intensifier."
On le sait, les hépatites évoluent le plus souvent en silence, sans aucun symptôme et ce, pendant des années. Or, des traitements efficaces existent contre l'hépatite B et C, capables d'enrayer, voire de guérir la maladie.
Essais cliniques contre la forme Delta
À Erasme, une attention particulière est actuellement portée à l'hépatite Delta (D), la forme la plus sévère des hépatites virales. Le virus D (même mode de transmission que le B) a besoin de celui de l’hépatite B pour se répliquer, l’infection chronique par le VHD ne se produit donc que chez les patients déjà VHB.
La co-infection VHD-VHB est considérée comme la forme la plus grave car elle évolue plus rapidement vers un carcinome hépatocellulaire et un décès par atteinte hépatique. Si la vaccination contre l’hépatite B peut prévenir l’infection par le VHD, le mécanisme par lequel le VHD entraîne une hépatite plus grave et une progression plus rapide de la fibrose hépatique que le VHB seul reste encore mal connu.
"Après avoir activement contribué, il y a une dizaine d'années, aux études ayant permis la guérison de l'hépatite C, notre équipe participe aujourd'hui à plusieurs essais cliniques évaluant les nouveaux traitements de l'hépatite Delta, dont le bulévirtide, première thérapie spécifiquement approuvée contre ce virus, mais toujours pas remboursée en Belgique", détaille le H.U.B.
"Nous espérons que les critères de remboursement évolueront rapidement dans notre pays, tant pour l'hépatite B chronique que, plus urgemment encore, pour l'hépatite Delta", renchérit le Dr Christophe Moreno, chef du service de gastro-éntérologie et d’hépato-pancréatologie.
Outre ses médecins spécialisés dans les hépatites virales, l’Hôpital Erasme dispose d'un laboratoire de biologie moléculaire interne permettant un diagnostic rapide par PCR et d'un fibroscan pour évaluer l'état du foie sans biopsie.
"Cette chaîne complète fait de notre service un centre de référence pour la prise en charge des maladies hépatiques et des hépatites virales à Bruxelles", rappelle le Dr Moreno.
Les PEG-IFNα
Selon l'OMS, l’interféron α pégylé (PEG-IFNα) était, jusqu'il y a peu, le seul traitement disponible contre le VHD. Mais son recours est resté limité en raison de mauvais résultats thérapeutiques, d’effets secondaires et de contre-indications. Seuls 20 à 30 % des personnes traitées par le PEG-IFNα obtiennent une réponse virologique complète sous traitement et les rechutes sont fréquentes.
Le bulévirtide a été approuvé par l’EMA en 2023. Plusieurs études multicentriques se poursuivent pour évaluer les meilleures modalités thérapeutiques en termes de posologie, de durée du traitement et d’association possible avec le PEG-IFNα.