Prévention & vaccination

Six ministres pour la santé à Bruxelles : les Mutualités Libres réclament un cap commun

Après plus de 600 jours de blocage politique en Région bruxelloise, le temps politique restant est réduit. Les Mutualités libres proposent de concentrer la fin de la législature sur trois priorités : la prévention, l’accompagnement de la perte d’autonomie et du bien-être des aînés et le soutien aux aidants proches. « Avec un calendrier aussi serré et aussi peu de moyens, Bruxelles ne peut pas tout faire. Elle doit choisir ses priorités et fixer un cap commun. »

Nicolas de Pape - 26 août 2026

Le nouveau gouvernement bruxellois aura peu de temps pour concrétiser ses promesses. Installé en février 2026, il doit agir dans un contexte budgétaire difficile. Or, sa déclaration de politique régionale ne consacre qu’une page au social et à la santé.

gouvernement bruxellois

Les Mutualités Libres avaient déjà jugé cet accord « relativement succinct au regard de l’ampleur des défis ». Elles reconnaissaient toutefois plusieurs avancées : la priorité donnée à la prévention et à la santé mentale, l’attention portée aux aidants proches et la volonté de soutenir la première ligne. Elles demandaient surtout une feuille de route claire, budgétée et concertée.

Lors d’un entretien avec le Journal du Médecin ce 25 août, elles précisent aujourd’hui les chantiers qui leur paraissent réalisables avant les élections de 2029.

Six ministres compétents, neuf avec la Fédération

Premier constat : les compétences restent extrêmement morcelées. Dans leur inventaire, les Mutualités Libres comptent six ministres responsables d’au moins une partie de la santé-social à Bruxelles. Ce nombre grimpe à neuf si l’on inclut les compétences qui subsistent à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

À la Cocom, Ahmed Laaouej et Dirk De Smedt exercent conjointement les compétences de santé et d’action sociale. À la Cocof, Karine Lalieux gère notamment la santé et la promotion de la santé, tandis que Laurent Hublet s’occupe de la politique familiale et du handicap. La Commission communautaire flamande et le gouvernement flamand conservent aussi leurs propres compétences.

« Nous avons identifié six ministres compétents pour un bout de la santé-social à Bruxelles, sans même compter la Fédération Wallonie-Bruxelles », résument les Mutualités Libres.

Cette répartition complique l’offre de services, qui n’est pas homogène.  Les services d’aide à domicile illustrent cette tuyauterie institutionnelle complexe : selon les Mutualités Libres, le prix demandé au patient peut varier en fonction du réseau communautaire auquel appartient le service. Elle ralentit aussi la circulation de l’information entre administrations, prestataires et associations et la prise de décision.

L’organisation plaide depuis plusieurs années pour regrouper progressivement certaines compétences au sein de la Cocom, notamment l’aide à domicile, la santé mentale ambulatoire, le handicap et la promotion de la santé.

Elle ne croit toutefois pas possible de mener une vaste réforme institutionnelle avant 2029. Elle propose une approche pragmatique : harmoniser les règles là où les différences pénalisent les patients, mieux coordonner les dispositifs existants et fixer des objectifs de santé communs à toutes les autorités.

La prévention comme première priorité

La prévention constitue le premier chantier. Bruxelles accuse toujours un retard dans plusieurs vaccinations et dans les dépistages organisés des cancers.

Dans leur mémorandum Horizon 2030, les Mutualités Libres relevaient une couverture vaccinale de 47,6 % contre le papillomavirus chez les enfants. Chez les femmes enceintes, elle atteignait 37,2 % pour la coqueluche et 18,6 % pour la grippe. La participation aux programmes organisés de dépistage des cancers du sein et colorectal restait, quant à elle, inférieure à 10 %. Ces données devront être actualisées avant publication.

Pour les Mutualités Libres, Bruxelles doit se donner des objectifs de santé communs. La Cocom, la Cocof, la Communauté flamande, les mutualités et les prestataires pourraient alors orienter leurs actions dans la même direction.

La déclaration de politique régionale promet déjà de renforcer la prévention et la première ligne, surtout dans les quartiers qui manquent de professionnels. Elle prévoit aussi des démarches d’« aller-vers » et des médibus pour atteindre les publics éloignés des soins.

Les Mutualités Libres demandent de consolider les dispositifs qui ont déjà fait leurs preuves. Les Community Health Workers travaillent directement dans les quartiers. Les conseillers en santé contactent les personnes qui participent peu aux dépistages ou qui connaissent mal leurs droits. Bruxelles compte actuellement douze conseillers en santé dans ce dispositif intermutualiste coordonné par les Mutualités Libres.

Ces professionnels peuvent lever une barrière linguistique, expliquer le système de soins ou orienter une personne vers un médecin généraliste, une maison médicale ou une mutualité. Ils ont notamment mené des actions ciblées comme des campagnes téléphoniques ou des ateliers de terrain, sur le dépistage du cancer du sein.

« Tout commence par la prévention », insistent les Mutualités Libres. Elles estiment que Bruxelles dispose déjà de nombreux outils, mais que ceux-ci restent trop souvent mal articulés.

Soutenir les aînés dans leur perte d’autonomie et leur bien-être

L’accompagnement des aînés face à la perte d’autonomie ne peut plus reposer selon les Mutualités Libres sur un système binaire entre le maintien à domicile et l’entrée en maison de repos. Il faut développer des solutions intermédiaires, plus souples et adaptées à l’évolution des besoins, comme les logements groupés ou intergénérationnels tout en permettant aux personnes qui le souhaitent de rester chez elles le plus longtemps possible.

Cette réflexion doit aller de pair avec un meilleur accompagnement du bien-être et de la santé mentale des aînés. La crise du Covid-19 a mis en évidence l’isolement de nombreux aînés. Pourtant, l’accompagnement psychologique repose encore souvent sur des initiatives locales.

Une étude des Mutualités Libres, fondée sur les données de 15.000 résidents par an, a montré qu’en 2024, 53,5 % des résidents en maison de repos en Belgique recevaient des antidépresseurs. Près d’un tiers consommait des antipsychotiques.

Une partie des moyens pourrait provenir d’une réorientation des enveloppes existantes dans le secteur, plutôt que de financements entièrement nouveaux. Ce choix budgétaire devrait toutefois faire l’objet d’une analyse précise.

Les Mutualités Libres ne préconisent pas une suppression systématique de ces traitements. Elles demandent toutefois de renforcer les alternatives non médicamenteuses. Elles proposent de créer des collaborations structurelles entre les maisons de repos, les psychologues de première ligne, les services ambulatoires et les équipes mobiles de santé mentale.

Aujourd’hui, ces collaborations existent déjà dans certains établissements. Elles reposent cependant trop souvent sur la bonne volonté des directions ou des professionnels. Une collaboration plus structurelle permettrait d’organiser des consultations individuelles, des séances de groupe et un suivi régulier des résidents.

Une partie des moyens pourrait provenir d’une réorientation des enveloppes existantes dans le secteur, plutôt que de financements entièrement nouveaux. Ce choix budgétaire devrait toutefois faire l’objet d’une analyse précise.

Prévenir aussi l’épuisement des aidants proches

Troisième priorité : les aidants proches. La déclaration gouvernementale promet déjà de renforcer leur soutien grâce à des solutions de répit et à une simplification administrative.

Les Mutualités Libres veulent aller plus loin. Elles proposent d’intégrer la santé des aidants dans la politique de prévention. Porter ou déplacer régulièrement une personne dépendante augmente notamment le risque de troubles musculosquelettiques. La charge quotidienne peut aussi provoquer du stress, de l’épuisement et des problèmes de santé mentale.

Selon les données reprises dans leur mémorandum, 12 % de la population belge assume un rôle d’aidant proche. Seuls 58 % des aidants estiment être en bonne santé, contre 71 % du reste de la population.

L’organisation réclame une offre de répit plus accessible, mais aussi des formations sur les gestes physiques, la gestion du stress et la psychoéducation. Elle demande enfin que les professionnels de première ligne identifient plus rapidement les aidants en difficulté.

Un même objectif pour tous les acteurs

Les Mutualités Libres ne proposent donc pas d’ajouter une nouvelle structure au paysage bruxellois. Elles veulent d’abord mieux utiliser celles qui existent.

La Région pourrait fixer quelques objectifs de santé mesurables en matière de vaccination, de dépistage, de santé mentale et de soutien aux aidants. Chaque autorité conserverait ses compétences, mais devrait contribuer au même programme et publier des résultats comparables.

Le gouvernement bruxellois promet lui-même d’optimiser la répartition des missions et de décloisonner les institutions. Pour les Mutualités Libres, le temps est désormais venu de traduire cette intention en décisions concrètes : « Avec un calendrier aussi serré et aussi peu de moyens, Bruxelles ne peut pas tout faire. Elle doit choisir ses priorités et fixer un cap commun. »

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