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« Tout ce débat tourne finalement autour de l’autodétermination »

AVORTEMENT En mars dernier, une équipe de médecins généralistes a lancé aux Pays-Bas le site Thuisabortus.nl. Grâce à ce site, les femmes enceintes de moins de neuf semaines peuvent obtenir une ordonnance pour une pilule abortive. le journal du Médecin s’est entretenu avec le médecin généraliste et sexologue Dr Peter Leusink, cofondateur du site.

Comment cette initiative a-t-elle vu le jour ?

Dr Peter Leusink : Tout a commencé l’été dernier. L’association Ava, qui défend les droits en matière d’avortement et de choix reproductifs, avait entendu plusieurs femmes exprimer le souhait de pouvoir obtenir en ligne une ordonnance pour une pilule abortive. Les raisons étaient diverses. Certaines femmes confrontées à une grossesse non désirée sont harcelées par des manifestants devant les cliniques pratiquant l’avortement. D’autres habitent loin d’une clinique, supportent difficilement la stigmatisation liée à l’avortement ou sont contraintes de mener leur grossesse à terme.

Il existe enfin un groupe de femmes qui se demandent pourquoi elles devraient nécessairement avoir un entretien avec un médecin. Elles ont mûrement réfléchi à leur choix et se sont largement informées par différents canaux. Pourquoi devraient-elles encore se rendre chez leur médecin généraliste ?

De mon côté, j’avais entre-temps acquis une expertise dans la prescription de médicaments en ligne, notamment dans le cadre de la PrEP. Depuis le 1er janvier 2025, les médecins généralistes néerlandais peuvent prescrire la pilule abortive. J’ai donc pu m’appuyer sur les protocoles existants et sur les informations déjà mises à la disposition des médecins généralistes. À cet égard, nous fonctionnons comme un véritable cabinet de médecine générale et prescrivons donc les médicaments en tant que médecins généralistes.

Combien d’ordonnances délivrez-vous chaque semaine ?

Nous délivrons en moyenne 75 ordonnances par semaine. Cela représente environ un quart des pilules abortives prescrites aux Pays-Bas par les cliniques et les médecins généralistes.

Une précision importante, que nous mentionnons également sur notre site : celui-ci s’adresse uniquement aux femmes capables de bien s’informer elles-mêmes et qui n’ont aucun doute sur leur choix. Nous sommes parfaitement conscients que certaines femmes ont besoin d’informations complémentaires ou simplement d’une oreille attentive de la part d’un médecin. Nous les orientons alors vers une clinique ou vers leur médecin généraliste.

Comment se déroule concrètement le processus pour les femmes ?

Les femmes commencent par remplir le formulaire d’inscription sur notre site. Elles doivent également confirmer : « J’ai tout bien compris, j’ai répondu en toute sincérité et j’effectue cette démarche volontairement. » Elles donnent donc activement leur consentement éclairé. De cette manière, nous respectons également la législation néerlandaise sur l’avortement.

Nous insistons d’ailleurs sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un formulaire de commande. On ne se contente pas d’ajouter une pilule abortive à un panier d’achat.

Le formulaire est ensuite transmis à ce que nous appelons la « première ligne ». Il s’agit d’un confrère généraliste qui reçoit tous les formulaires par voie numérique et complète le dossier de la patiente. Il examine également, lorsqu’ils existent, les rapports d’échographie.

Un bref entretien téléphonique a ensuite lieu avec chaque femme. Le dossier est transmis à un autre médecin, qui le vérifie une nouvelle fois avant de prescrire les médicaments. Nous travaillons avec une équipe de quatorze médecins généralistes, qui effectuent cette activité le soir, en plus de leur travail habituel.

Dès que les médicaments sont disponibles, la femme reçoit un e-mail l’informant qu’elle peut retirer son ordonnance à la pharmacie. Le message contient également un lien vers une page fournissant des informations supplémentaires sur l’utilisation du médicament et sur la conduite à tenir en cas de complications.

Une lettre contenant des informations destinées à son médecin généraliste ou au médecin de garde est également jointe. Nous rappelons aux femmes qu’elles doivent effectuer un test de grossesse après avoir pris le médicament. Nous savons qu’environ 1 % d’entre elles restent enceintes, qu’elles aient eu ou non des saignements.

Si nécessaire, nous sommes joignables par téléphone pendant la journée pour toute question relative au suivi, que ce soit de la part des femmes, des médecins généralistes ou des sages-femmes.

Chaque patiente reçoit-elle une ordonnance ?

Non. Toute demande ne donne pas automatiquement lieu à une ordonnance : environ 10 % des femmes ne remplissent pas les conditions requises. Certaines prennent par exemple des médicaments incompatibles avec la pilule abortive ou souffrent d’une affection pour laquelle un autre traitement est préférable.

Certaines femmes ont également dépassé le délai autorisé pour l’utilisation de la pilule abortive. Nous les orientons vers l’une des quatorze cliniques pratiquant l’avortement dans notre pays.

L’ "Association nationale des médecins généralistes" (Landelijke Huisartsen Vereniging) a critiqué le fait que les femmes ne seraient pas suffisamment accompagnées dans ce processus. Que répondez-vous à cela ?

Cette critique reposait malheureusement sur des informations incomplètes. Nous avons donc pris contact avec l’Association nationale des médecins généralistes afin de lui expliquer comment nous organisons le suivi et quel accompagnement nous prévoyons.

Malgré cela, l’association a indiqué qu’elle se contentait « d’écouter sa base » et n’a pas souhaité modifier le communiqué de presse initial contenant ses critiques.

Il faut reconnaître qu’un groupe de médecins généralistes se montre critique et l’exprime sur les réseaux sociaux. Mais, parallèlement, de nombreux confrères voient aussi les avantages du dispositif et nous adressent des femmes.

Il est regrettable que la voix de ce dernier groupe de médecins semble insuffisamment prise en compte dans la position de l’association des généralistes et qu’elle soit ainsi étouffée dans ce débat important.

Les femmes qui consultent notre site ont en réalité déjà longuement réfléchi à leur avortement. Elles ne prennent pas cette décision sur un coup de tête. Elles doivent franchir plusieurs étapes sur notre site et remplir un questionnaire détaillé. Nous fournissons également de nombreuses informations ainsi que des orientations vers des soins spécialisés.

Un avortement est un événement dont il ne faut pas sous-estimer l’importance, et les femmes en ont bien sûr conscience. Il faut donc leur faire confiance dans leur choix. Toute cette discussion tourne finalement autour de l’autodétermination.

Huisarts dr. Peter Leusink

Dr Peter Leusink : « Les femmes qui visitent notre site ont vraiment déjà mûrement réfléchi à leur avortement. Elles ne le font pas sur un coup de tête. »

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