Ne pas céder au fatalisme
Il suffit de regarder la courbe démographique pour se rendre compte que nous nous dirigeons tout droit vers un défi neurologique: le nombre de patients atteints de maladies neurodégénératives augmente au fur et à mesure que la population vieillit. Déjà, la démence constitue la première cause de décès dans notre pays. Et une personne sur cinq recevra un jour ce diagnostic. La maladie de Parkinson sera, elle aussi, plus fréquente. Ces pathologies constituent un enjeu majeur, tant sur le plan clinique que sociétal.
Le vieillissement ne doit toutefois pas conduire au fatalisme thérapeutique. Dans la maladie d’Alzheimer, l’attention ne se limite plus au traitement des symptômes, mais vise désormais à agir sur les mécanismes mêmes de la maladie. Ainsi, chez des patients soigneusement sélectionnés dès le stade précoce, les anticorps anti-amyloïdes ralentissent le déclin. Le traitement est certes coûteux, lourd et non sans risques, mais dans le cas d’une maladie évolutive, ralentir sa progression, même modestement, est loin d’être négligeable. Une année gagnée à domicile peut être d’une valeur inestimable aux yeux du patient et de ses proches. Et cela permet de soulager le secteur des soins de santé, confronté à la pénurie de personnel.
La démence n’est pas totalement inéluctable. Ce n'est pas rien de le savoir: 14 facteurs de risque, associés à 45 % des cas, pourraient être évités, ou du moins retardés. On peut agir, très concrètement, contre la perte auditive, un LDL élevé, l’hypertension, le diabète, l’inactivité physique et l’isolement social. La santé cérébrale se construit tout au long de la vie. Un report, même modeste, de l’apparition de la maladie peut conférer des bénéfices considérables.
Le diagnostic précoce soulève toutefois des questions délicates. Des biomarqueurs sanguins tels que la p-tau217 permettent de détecter la maladie plusieurs années avant l’apparition des premiers symptômes et d’éviter des examens invasifs. Mais la présence d’anomalies biologiques ne signifie pas pour autant que la maladie se manifestera sur le plan clinique... Un dépistage à grande échelle risque de transformer certaines personnes en patients, des années durant, sans que l’on sache avec certitude si elles développeront un jour une démence. Ce n’est donc pas un hasard si le neurologue Sebastiaan Engelborghs (lire en page 24) appelle à la plus grande prudence.
Dans la maladie de Parkinson, les progrès ne viennent pas uniquement des nouvelles technologies.
Dans la maladie de Parkinson, les progrès ne viennent pas uniquement des nouvelles technologies. Les symptômes non moteurs pèsent souvent davantage sur la qualité de vie que les tremblements. Les patients ne les évoquent pas toujours spontanément, mais il est essentiel de les rechercher : cette démarche, loin d’être un détail, fait partie d’une prise en charge neurologique de qualité.
La révolution dans le domaine des maladies neurodégénératives ne repose ni sur une molécule ni sur un biomarqueur. Elle passe par la prévention, un diagnostic précoce mais prudent, des traitements ciblés et une attention particulière à ce qui touche le plus les patients au quotidien. Et elle impose des choix collectifs : qui aura accès aux traitements coûteux ? Comment renforcer les cliniques de la mémoire ? Qui assumera la charge croissante sur les aidants proches ?
Le vieillissement rend ces questions pressantes. Les progrès scientifiques nous donnent une longueur d’avance toujours plus grande, encore faut-il savoir en tirer parti de manière judicieuse, équitable et humaine. Reste la question centrale: les pouvoirs publics sont-ils prêts à consacrer suffisamment de moyens à la prise en charge de pathologies qui touchent principalement les personnes âgées ?