PremiumDiabétologie

L'IA omniprésente dans le domaine du diabète

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE S'il existe un domaine de la médecine où l'IA (intelligence artificielle) a provoqué un véritable bouleversement, c'est sans aucun doute celui du diabète.

Dr. Patricia De Cock - 3 novembre 2026

dual sensor diabetes

L’IA n’a pas seulement une influence directe sur les outils de contrôle de la glycémie, elle a également un impact sur la manière dont nous appréhendons aujourd’hui le diabète. Qui aurait pu imaginer, il y a dix ans, que l’accent mis sur l’HbA1c céderait la place à des paramètres tels que le « Time in Range » (temps passé dans la fourchette cible) et la « Glucose Variability » (variabilité glycémique) ? 

Lors du dernier congrès de l’EASD à Milan, outre les mises à jour des algorithmes, les nouveaux dispositifs et les nouvelles indications pour la SCG, le premier capteur double, qui mesure à la fois le glucose et les cétones, a également été présenté. Compte-rendu d’une session passionnante (1) à laquelle participait notamment le professeur Christophe De Block (UZA) en tant qu’orateur. 

Cétones : physiologiques ou pathologiques

La formation de cétones est une réaction normale de l’organisme en cas de privation alimentaire : tout le monde développera une cétose, mais pas d’acidose mettant la vie en danger, grâce à la mise en place de mécanismes compensatoires, tant pulmonaires (expiration de CO₂, respiration de Kussmaul) que rénaux (cétonurie qui, associée à la glucosurie, entraîne une diurèse osmotique). Plusieurs études ont montré que, en l’absence d’acidose, les cétones ont plutôt un effet positif tant sur les myocytes cardiaques que sur les cellules du tissu musculaire strié. Ce n’est que lorsque l’écart entre le niveau et la vitesse de production des cétones et les mécanismes compensatoires devient trop important qu’une acidose apparaît. 

Critères de l'acidocétose

En 2024, les critères suivants ont été définis pour l'acidocétose diabétique (ACD) : il doit y avoir un diabète (glycémie de 200 mg/dl ou plus OU des antécédents de diabète), associé à une cétose (ß-hydroxybutyrate de 3,0 mmol/l OU une cétonurie de ++ ou plus sur les bandelettes) et à une acidose métabolique (pH inférieur à 7,3 et/ou bicarbonate inférieur à 18 mmol/l).

Quand est-ce trop ?

Le seuil de 3,0 mmol de ß-hydroxybutyrate a été fixé car, à cette concentration, les patients tombent gravement malades et nécessitent une prise en charge médicale. Toutefois, ce seuil peut varier chez les enfants en raison de leur meilleure capacité tampon. Une augmentation de 0,2 mmol/l/heure ou plus est considérée comme pathologique, mais à l’heure actuelle, hormis les cétomètres capillaires, il n’existe aucun moyen pour le patient de mesurer ou de prédire cela avec précision.

La seule indication dont il dispose actuellement est le glucomètre ou la SCG qui affiche « HI », ce qui signifie qu’il devrait alors mesurer ses cétones, ce qui est très rarement fait dans la pratique.

L’œuf ou la poule : qui vient en premier ? 

On pense souvent que les cétones n’augmentent qu’en cas de glycémie très élevée. Or, nous savons désormais que l’acidocétose diabétique (ACD) peut survenir dès une glycémie plus basse, voire inférieure à 200 mg/dl (ACD euglycémique). Cela a notamment été démontré dans des études récentes (1,3),qui ont également mis en évidence une grande variabilité inter-patients. Chez les patients chez lesquels la pompe à insuline a été arrêtée, on a observé différents schémas : une augmentation simultanée et parallèle du glucose (G) et des cétones (C), ou une augmentation du G plus rapide que celle des C. Mais l’inverse a également été observé : d’abord une augmentation des C, puis celle du G, ou des situations où l’un des deux augmente tandis que l’autre ne varie pratiquement pas.  

Nouvelle technologie

Afin de mieux surveiller la cétonémie et de savoir quand il faut intervenir, une nouvelle technologie a été mise au point : la surveillance continue des cétones (SCC). Le professeur De Block répond à des questions cruciales telles que : quand l’utiliser, pour qui et comment ?

  • Quand ? Il existe toute une liste d’indications, à commencer bien sûr par la défaillance d’un système d’administration automatisée d’insuline (AID), qui peut entraîner une augmentation du taux de cétones parfois dès 1 à 2 heures. Mais cela concerne également, entre autres, un dosage inadéquat du bolus, parfois intentionnel dans le but de perdre du poids, ou lors d’interventions chirurgicales et d’examens où l’on craint l’apparition d’une hypoglycémie et où l’insuline est sous-dosée. Par ailleurs, la SCC est indiquée en cas d’ACD récidivante (qui représente 20 % de toutes les hospitalisations pour ACD), en cas de maladie, de stress intense, d’apport réduit en glucides (moins de 50 g par jour) ou de jeûne. L’ACD euglycémique est principalement observée lors de l’utilisation des SGLT2i chez les personnes atteintes de DT1, avec une prévalence d’ACD variant entre 1,5 et 4 %, ce qui prive les personnes atteintes de DT1 de la possibilité de bénéficier des avantages de cette classe de médicaments. Enfin, il faut également penser à son utilisation en cas de pratique sportive intensive, de grossesse et de forte consommation d’alcool. 
  • Pour qui ? Des études montrent que 64 à 92 % des personnes atteintes de diabète de type 1 (DT1) ne mesurent jamais leurs cétones, que 32 % ne connaissent pas le terme « acidocétose diabétique » et que 46 % ne connaissent aucun symptôme de cette affection potentiellement mortelle. (2)   Les personnes atteintes de DT1 et porteuses d’un AID ou sous traitement par SGLT2i devraient certainement être prises en compte.
  • Le premier dispositif à double détection combinant la surveillance de la glycémie et la détection des cétones vient d’obtenir l’autorisation de la FDA et le marquage CE, ce qui permet sa mise sur le marché ; quelques autres sont en cours de développement. 
     

Recommandations d’experts

The Lancet (4) a publié cette année des recommandations d’experts internationaux concernant l’utilisation de la SCC. Il y est proposé d’utiliser un code couleur en fonction du taux de cétones : vert (0-0,6 mmol/L = normal), jaune (0,6 – 1,5 mmol/L = élevé), orange (1,5 – 3,0 mmol/L = élevée), rouge (supérieure à 3,0 mmol/L = urgence médicale). Le professeur De Block souligne qu’outre ce code couleur, les symptômes restent extrêmement importants, tout comme la tendance d’évolution de la cétonémie. 

L’avenir

Alors qu’aujourd’hui nous utilisons les indicateurs « Time in Range », « Above » et « Below Range » pour la glycémie, il pourrait être utile à l’avenir, lors de l’utilisation de la SCC, de ne pas se limiter aux codes couleur, mais de prendre également en compte les durées « Time Above 0,6 », 1,5 et 3,0 mmol/l et de fixer des objectifs : la cétose de niveau 1 (supérieure à 1,0 mmol/l) ne devrait pas dépasser 3 % du temps, tandis que celle de niveau 2 (supérieure à 1,5 mmol/l) ne devrait pas dépasser 1 %. 

Enfin, plusieurs questions restent en suspens et doivent trouver une réponse avant que la SCC puisse véritablement s’imposer en milieu clinique : quel est le délai entre les cétones interstitielles et capillaires (y a-t-il, comme pour les capteurs de glucose, un « décalage ») ? Faut-il appliquer d’autres seuils selon les situations (sport, régime pauvre en glucides, maladie…) ? Quels seuils de tendance faut-il utiliser (une variation de 0,4 mmol/l semble raisonnable) ? L’intégration de la SCC peut-elle encore améliorer les algorithmes actuels pour l’AID et comment ces algorithmes doivent-ils être adaptés ? 

Tout comme lors de l’arrivée de la SCG, toutes ces questions trouveront sans doute une réponse dans un avenir proche et, d’ici quelques années, nous ne pourrons plus imaginer comment nous nous en sortions sans la SCC.

Sources:  
1. EASD congres: Continuous ketone monitoring: a novel technology. 
2. Bergenstal RM, et al. Real-World Ketone Testing Patterns Among People Using FreeStyle Libre. Diabetes Technol Ther. 2026 Oct;28(10):1090-1097.  
3. Data presented at EASD, Data on file Abbott Diabetes Care. 
4. Dhatariya K, et al. Continuous ketone monitoring for people with diabetes: international expert recommendations on the application of a new technology. The Lancet Diabetes & Endocrinology, 14, 82-92 

Wat heb je nodig

En savoir plus sur

Partagez votre histoire (d'actualité)

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles
Magazine imprimé

Édition Récente
03 novembre 2026

Lire la suite

Découvrez la dernière édition de notre magazine, qui regorge d'articles inspirants, d'analyses approfondies et de visuels époustouflants. Laissez-vous entraîner dans un voyage à travers les sujets les plus brûlants et les histoires que vous ne voudrez pas manquer.

Dans ce magazine