Pneumologie
Asthme sévère : le tézépélumab ouvre-t-il l’ère de la rémission clinique?
Pendant longtemps, l’objectif thérapeutique dans l’asthme était le contrôle des symptômes, même au prix d’une exposition chronique aux corticoïdes systémiques dans les formes sévères. Aujourd’hui, le cap évolue : viser une rémission clinique intégrant l’arrêt des corticoïdes oraux et la réduction de leur morbidité cumulative devient une ambition explicite.
Sevrer les corticoïdes : un tournant thérapeutique
Dans l’étude WAYFINDER menée chez des patients atteints d’asthme sévère cortico-dépendant, l’instauration du tézépélumab s’accompagnait d’une stratégie structurée de réduction progressive des corticoïdes systémiques. À 52 semaines, 89,9% des patients atteignaient une dose ≤5 mg/j de corticoïdes systémiques sans aggravation clinique, et 50,3% avaient pu interrompre totalement le traitement oral. Par ailleurs, sous tézépélumab, près des deux tiers des patients ne présentaient aucune exacerbation sur un an, alors même que les corticoïdes oraux étaient diminués ou interrompus.
Ces résultats doivent être interprétés à la lumière de l’étude SOURCE, dont le critère principal d’épargne corticoïde n’avait pas été atteint dans la population globale. WAYFINDER, sans modifier le niveau de preuve comparatif, apporte néanmoins un éclairage nouveau en démontrant, dans un cadre structuré, qu’un sevrage corticoïde large est concrètement atteignable sous blocage du TSLP. L’arrêt complet des corticoïdes devient envisageable chez un patient sur deux, sans perte apparente de stabilité clinique.
Rémission : changement de paradigme
Une réflexion récente publiée dans The Lancet Respiratory Medicine définit la rémission clinique par trois critères : symptômes absents ou minimes, absence d’exacerbations et absence de corticothérapie systémique pendant au moins 12 mois. L’intégration éventuelle de critères fonctionnels ou biologiques reste débattue, mais l’orientation est claire : le contrôle symptomatique n’est plus l’unique horizon.
Dans ce contexte, WAYFINDER apporte un élément concret au débat. En permettant l’arrêt des corticoïdes chez un patient sur deux tout en maintenant la stabilité clinique, le blocage du TSLP pourrait rapprocher certains patients des critères actuels de rémission. Le tézépélumab constitue ainsi une option supplémentaire dans l’arsenal des biothérapies et pourrait, sous réserve de confirmation par des études comparatives randomisées, contribuer à faire évoluer les objectifs thérapeutiques dans l’asthme sévère.
Références
1. Jackson DJ, Lugogo NL, Gurnell M, et al. Oral corticosteroid reduction and discontinuation in adults with corticosteroid-dependent, severe, uncontrolled asthma treated with tezepelumab (WAYFINDER): a multicentre, single-arm, phase 3b trial. Lancet Respir Med. 2026;14:129-140. doi:10.1016/S2213-2600(25)00359-5
2. Lommatzsch M, Virchow JC. Asthma remission: a call for a globally standardised definition. Lancet Respir Med. 2025;13:2-3. doi:10.1016/S2213-2600(24)00345-7
3. Wechsler ME, Brightling CE, Menzies-Gow A, et al. Evaluation of the oral corticosteroid-sparing effect of tezepelumab in adults with oral corticosteroid-dependent asthma (SOURCE): a randomised, placebo-controlled, phase 3 study. Lancet Respir Med. 2022;10(7):650-660. doi:10.1016/S2213-2600(21)00537-3.