Dépression et anxiété: des facteurs de risque cardiovasculaires encore sous-estimés
La santé mentale est aujourd’hui reconnue comme un déterminant majeur du risque cardiovasculaire. La dépression est fréquente chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires (MCV), avec une prévalence estimée entre 18% et 30%, pouvant atteindre 40% dans l’insuffisance cardiaque. L’anxiété est également très présente: selon les études, sa prévalence varie de 12% à 42% chez les hommes, et de 22% à 64% chez les femmes après des événements cardiovasculaires majeurs et peut atteindre 72% dans l’insuffisance cardiaque chronique.

Malgré ces données, la dimension psychologique reste encore insuffisamment intégrée dans la prise en charge des patients cardiaques.
Relation entre santé mentale et maladies cardiovasculaires
La relation entre la santé mentale et les MCV est bidirectionnelle. Les troubles psychiques tels que la dépression, l’anxiété ou le stress chronique peuvent favoriser le développement de pathologies cardiovasculaires via des mécanismes biologiques et des comportements à risque comme le tabagisme, la sédentarité ou une mauvaise observance thérapeutique. À l’inverse, un événement cardiovasculaire peut lui-même déclencher ou aggraver des troubles psychiques, notamment la dépression, l’anxiété ou le stress post-traumatique.
La coexistence de troubles mentaux et de MCV est associée à un pronostic cardiovasculaire moins favorable, une adhésion thérapeutique réduite et une qualité de vie altérée. Les personnes souffrant de troubles mentaux sévères présentent également un risque cardiovasculaire élevé, mais reçoivent souvent des soins insuffisants.
Les recommandations soulignent plusieurs obstacles persistants: manque de sensibilisation des professionnels, sous-dépistage des troubles psychiques, stigmatisation persistante et absence de modèles de soins réellement intégrés entre cardiologie et psychiatrie.
En pratique: qui dépister, quand et comment ?
Face à ces constats, les experts recommandent un dépistage systématique de la détresse psychologique chez les patients atteints de MCV. Il peut être réalisé en consultation cardiologique, notamment après un événement aigu, dans le suivi de l’insuffisance cardiaque ou en réadaptation cardiaque.
Le rôle du cardiologue est avant tout de dépister puis d’orienter. Il peut s’appuyer sur des outils simples comme les questions de Whooley ou des questionnaires courts tels que PHQ-2, PHQ-9 ou GAD-2. En cas de résultat positif, le patient doit être adressé à un professionnel de santé mentale pour une évaluation et une prise en charge adaptée.
Les questions de Whooley reposent sur deux questions : « Au cours du dernier mois, vous êtes-vous souvent senti(e) triste, déprimé(e) ou sans espoir ? » et « Au cours du dernier mois, avez-vous souvent ressenti peu d’intérêt ou de plaisir à faire les choses ? » Cet outil présente une sensibilité d’environ 95% et une spécificité d’environ 65% pour le dépistage de la dépression.
Les recommandations proposent une approche en soins gradués associant soutien psychologique, psychothérapies et, si nécessaire, traitement pharmacologique. Le modèle « Psycho-Cardio Team » repose sur une collaboration entre cardiologues, professionnels de santé mentale et médecins généralistes : le cardiologue dépiste, le spécialiste prend en charge et le médecin généraliste assure le suivi. Cette organisation allège la charge du cardiologue qui n’a pas vocation à gérer seul les troubles psychiques associés.
Références
1. Bueno H, Deaton C, Farrero M, et al. 2025 ESC Clinical Consensus Statement on mental health and cardiovascular disease. Eur Heart J. 2025;46:4156-4225.
2. Blatch Armon D, Buhayer A, Miteva K, et al. Depression and cardiovascular disease: mind the gap in the guidelines. Eur Heart J. 2025;46:4226-4269.