La PrEP en vie réelle : les leçons de la cohorte TRIO
La prophylaxie pré-exposition monte en puissance grâce à l’arrivée des nouvelles formulations à longue durée d’action injectables qui concurrencent l’association TDF/FTC (Truvada) per os 1x/jour. À distance des études cliniques (HPTN083 / 084), les registres en vie réelle sont toujours très attendus. C’est le cas pour la cohorte TRIO Health [1] qui apporte des réponses à trois questions existentielles : quel est le taux de contamination sous PrEP, quelle est l’adhérence, et le dépistage du VIH a-t-il été réalisé dans les règles ?

La PrEP est un outil puissant de prévention de l’infection par le VIH. À côté du TDF/FTC sont apparues des molécules à longue durée d’action (LA) comme le cabotégravir (CAB) injectable en IM tous les deux mois. Plusieurs études ont montré son efficacité avec 13 infections sous CAB, vs 39 sous TDF/FTC. Les études en vie réelle ont suivi, avec notamment la cohorte TRIO Health (2021-2025). Une infection incidente était définie par une charge virale ARN-VIH détectable et/ou un test combiné Ag/Ac positif. Les injections étaient planifiées (53-67 jours après la première), retardées (68-112 jours), manquées (113-127 jours) ou arrêtées (aucune à > 127 jours).
Sur le taux d’infections
Trois personnes (0,2%) ont été infectées par le VIH, deux infections incidentes et une infection potentiellement prévalente. Une n’a pas respecté le calendrier des injections. Sous traitement, deux personnes ont retrouvé une charge virale indétectable. Les données n’étaient pas disponibles pour la troisième. Aucune mutation de résistance n’a été détectée dans deux cas, et la recherche n’a pas été effectuée pour le troisième.
Sur le dépistage
Parmi les 1.696 personnes (âge médian :34 ans) sous PrEP, 78% ont été dépistées par un test ARN-VIH avant traitement, 78% par un test Ag/Ac et 65% par les deux. Durant l’étude (suivi médian de 12,1 mois), 21% ont été dépistées par deux tests, 45% par au moins un test et 5% n’ont pas été systématiquement dépistées à chaque injection.
Sur le timing des injections
Parmi les 1.296 personnes ayant reçu ≥ trois injections, 61% ont suivi le planning, 32% avaient au moins une injection en retard (retard médian : sept jours) et 7% ont manqué au moins une injection. Au total, 549 personnes ont arrêté la PrEP, mais 77 l’ont repris dans les six mois.

Un élargissement bienvenu de l’offre de PrEP
Ces données recueillies en vie réelle sur l'utilisation de la PrEP CAB-LA montre que:
- Les infections sous PrEP sont rares et certaines explicables ;
- Les tests de dépistage du VIH ne sont pas réalisés selon les recommandations des CDC ;
- L’adhérence est bonne malgré de brefs retards ;µ
- Des changements dans la perception du risque de contamination sont probablement à l’origine des arrêts et reprises de la PrEP.
Il se confirme que le CAB-LA injectable élargit l’offre de PrEP pour prévenir la transmission du VIH.
Référence
1. Elion R, et al. CROI 2026;#981.https://beeapp.bravuratechnologies.com/BEE-WEB/?id=33501503#!/abstracts/33897521.