Le lénacapavir en tant que PrEP
Cet inhibiteur de la capside, initialement étudié chez les patients en échec thérapeutique et souffrant d’une infection VIH multirésistante, peut désormais également s’administrer dans un cadre préventif (PrEP). Cette approche a été introduite en Afrique du Sud, en Zambie et en Eswatini.

Produit par la société américaine Gilead Sciences, le lénacapavir a déjà été approuvé en 2022 pour le traitement du VIH pharmacorésistant, mais en juillet 2025 ce même principe actif a fait son entrée dans les recommandations de l’OMS en tant que nouvelle option de prophylaxie pré-exposition (PrEP) [1]. Pour des millions de personnes, en particulier dans les pays où l'épidémie de VIH est importante, ces injections préventives pourraient constituer une véritable avancée.
Grâce aux accords de prix que le Fonds mondial a pu conclure avec Gilead et aux efforts déployés par des organisations telles qu'Unitaid, à peine cinq mois après la publication des nouvelles directives [2], on a pu mettre en circulation ce médicament dans certains pays africains.
Mécanisme d’action et administration
Le lénacapavir agit par inhibition de la réplication du VIH-1 en intervenant à plusieurs étapes du cycle viral, y compris l’import nucléaire de l’ADN proviral, médié par la capside. Comme son mécanisme d’action diffère des thérapies antirétrovirales conventionnelles, l’inhibiteur de la capside permet de prévenir l’apparition de résistances croisées, ce qui constitue un avantage considérable en termes d’efficacité thérapeutique, particulièrement chez les PVVIH (personnes vivant avec le VIH) lourdement prétraitées par des inhibiteurs de la transcriptase inverse, de la protéase ou de l’intégrase. Associé à un traitement oral (cabotégravir), le lénacapavir assure ainsi la suppression virologique. Chez les personnes séronégatives à risque, ce médicament s'est révélé extrêmement efficace pour prévenir la transmission du VIH.
Son principal mode d’administration, à savoir une injection sous-cutanée tous les six mois (très longue durée d’action), représente un progrès immense par rapport aux traitements nécessitant une prise médicamenteuse quotidienne, qu’ils soient préventifs ou non. La prise par voie orale du lénacapavir reste également possible, p.ex. en cas de réaction à l’endroit de l’injection (un effet secondaire assez fréquent, touchant plus de 60% des patients).
Un véritable enjeu de santé publique
Les inhibiteurs de la capside représentent une avancée thérapeutique décisive dans la riposte mondiale au VIH, en particulier chez les patients qui ont des difficultés d’adhérence au traitement oral ou dont l’accès aux soins de santé est restreint. En plus de cela, le lénacapavir s’avère efficace et sûr pour les femmes enceintes et les femmes qui allaitent [2].
Le lénacapavir a également été approuvé en Europe comme moyen de prévention du VIH, même si cet antirétroviral injectable est plutôt réservé au contexte thérapeutique. Dans nos contrées, la prise quotidienne d'un comprimé ne pose pas trop de problème, laissant la place à d'autres options PrEP (moins coûteuses).
Références
1. Le nom commercial est différent : en tant que PrEP, il s'agit de Yeytuo® (en Europe) ou de Yeztugo® (aux États-Unis), tandis que le traitement s'appelle Sunlenca®.
2. Guidelines on lenacapavir for HIV prevention and testing strategies for long-acting injectable preexposure prophylaxis (PrEP). Geneva: World Health Organization; 2025.
3. www.aidsfonds.nl