Kaliémie normale-haute : vers une nouvelle cible dans les cardiopathies ?
La gestion de la kaliémie constitue un enjeu majeur en cardiologie, en particulier chez les patients porteurs d’un défibrillateur cardiaque, à risque d’arythmies ventriculaires. L’hypokaliémie est clairement identifiée comme un facteur pro-arythmogène. Des données récentes issues de l’étude POTCAST suggèrent qu’une stratégie proactive visant des valeurs normales hautes de potassium (4,5-5,0 mmol/L) pourrait avoir un effet protecteur et contribuer à réduire les événements liés aux arythmies cardiaques.
Chez les patients porteurs d’un DAI ou d’un CRT-D, le risque d’arythmies ventriculaires demeure élevé malgré une prise en charge optimale. Les recommandations actuelles insistent sur la correction des troubles électrolytiques, sans toutefois définir de valeur cible pour la kaliémie.
Vers une cible de kaliémie dans la normale-haute ?
L’essai randomisé multicentrique POTCAST [1,2] a inclus 1.200 patients (âge moyen : 62 ans) porteurs d’un DAI ou d’un CRT-D, considérés comme à haut risque d’arythmie ventriculaire, avec une kaliémie ≤ 4,3 mmol/L à l’inclusion. Les patients étaient randomisés entre une stratégie visant une kaliémie de 4,5 à 5,0 mmol/L (supplémentation potassique, antagonistes des récepteurs des minéralocorticoïdes, conseils diététiques) et une prise en charge standard sans action sur la kaliémie.
Après un suivi médian de 39,6 mois, le critère principal composite (tachycardie ventriculaire soutenue, intervention appropriée du DAI, hospitalisation non programmée de plus de 24 heures pour arythmie ou insuffisance cardiaque, décès toutes causes) était significativement réduit dans le groupe intervention (22,7 % vs 29,2 % ; HR = 0,76 ; p = 0,01). Cette réduction était principalement portée par une diminution des événements rythmiques et des hospitalisations non prévues pour arythmie.

Un levier simple mais encore peu intégré
Dans le groupe intervention, une augmentation moyenne de la kaliémie d’environ +0,3 mmol/L a été observée. Ces résultats suggèrent qu’une augmentation même modeste de la kaliémie pourrait s’accompagner d’un bénéfice clinique.
Cette stratégie proactive repose sur des interventions simples, peu coûteuses et déjà largement disponibles en pratique clinique : supplémentation potassique, introduction ou optimisation d’un antagoniste des récepteurs des minéralocorticoïdes, conseils diététiques et réduction si possible des diurétiques hypokaliémiants si possible. Toutefois, l’étude présente plusieurs limites, notamment l’absence de double aveugle et l’inclusion exclusive de patients porteurs d’un DAI avec une fonction rénale préservée (DFG ≥30 ml/min/1,73 m²), limitant l’extrapolation à d’autres populations.
Références
1. Jøns C. POTCAST – a randomized controlled trial of arrhythmia prevention using targeted plasma potassium levels in ICD patients. Presented at: ESC Congress 2025 (Hot Line session); 2025 Aug 29; Madrid, Spain.
2. Jøns C, Zheng C, Winsløw UCG, et al. Increasing the potassium level in patients at high risk for ventricular arrhythmias. N Engl J Med. 2025;393:1979-1989. doi:10.1056/NEJMoa2509542