Risque accru de démence à un âge avancé chez les PVVIH ? Oui s’ils sont diagnostiqués et traités tardivement
Un diagnostic tardif objectivé par un faible taux de CD4 et un traitement antirétroviral tardif sont associés à un risque accru de démence. C’est ce que montre une étude rétrospective qui a inclus près de 22.000 PVVIH dans la cinquantaine, suivis en moyenne pendant sept ans. Une opportunité de rappeler toute l’importance du dépistage et d’un traitement antirétroviral (ART) rapide pour freiner la transmission et promouvoir la santé mentale chez le PVVIH vieillissant.
Des données récentes suggèrent que les personnes âgées vivant avec le VIH présentent un risque accru de démences liées à l'âge [1]. Ce risque élevé persiste même en tenant compte des facteurs de risque de démence courants dans cette population, tels que les maladies cardiovasculaires, la dépression et la toxicomanie.
Une explication possible est que l'infection par le VIH non traitée à un stade précoce entraîne des séquelles durables sur le cerveau, qui ne sont pas totalement réversibles sous ART [2]. Jusqu’à présent, aucune étude n'a apporté de réponse à cette question cruciale : le risque de démence est-il accru en raison de l’immunosuppression ou en raison du vieillissement ?
33% de risque de démence
L’étude de cohorte rétrospective [3] (2000-2023) a enrôlé 21.354 PVVIH (âge moyen : 54 ans) sous ART, sans démence préexistante, non traitées pendant l’année précédant l’inclusion. Les comorbidités étaient notamment une HTA (35%), un diabète (13%), une dépression (29%). Le taux moyen de cellules CD4 était de 570 /µL, 78 % présentaient une charge virale HIV-RNA < 200 copies/mL. La durée moyenne de l’infection par le VIH était de 12 ans. Le délai moyen entre le diagnostic et le début du ART était de huit ans. Parmi les 21.354 PVVIH sous ART, 30 % avaient un taux de cellules CD4 < 200 /µL avant le ART. Au cours d'un suivi moyen de sept ans, 618 PVVIH ont reçu un diagnostic de démence. Parmi elles, 18,9 % avaient une charge virale détectable au moment du diagnostic malgré que 96,3 % soient sous ART.
- Un faible taux de cellules CD4 avant ART était associé à un risque accru de démence (HRa = 1,33)
- La restauration du taux de cellules CD4 sous ART a atténué, sans toutefois l'éliminer, le risque de démence (HRa = 1,17)
Un leitmotiv : dépister et traiter
Ces résultats suggèrent qu'une immunosuppression antérieure importante augmente le risque de démence chez les PVVIH. Bien que la récupération du taux de CD4 soit associée à une réduction du risque, une certaine vulnérabilité persiste, soulignant la nécessité d'explorer d'autres facteurs modifiables tels qu'une meilleure prise en charge des comorbidités et la mise en œuvre d'interventions sur le mode de vie.
C’est aussi une occasion de rappeler l'importance d'un dépistage systématique du VIH et d'une initiation rapide du ART pour optimiser la récupération immunitaire et potentiellement réduire le risque de démence à long terme.
Références
1. Yu X, et al. Dementias among older males and females in the U.S. Medicare system with and without HIV. J Acquir Immune Defic Syndr 2023 ; 93:107–15
2. Ellis RJ, et al. Mechanisms underlying HIV-associated cognitive impairment and emerging therapies for its management. Nat Rev Neurol 2023 ; 19:668–87
3.Lam JO, et al. Impact of Delayed HIV Diagnosis and Treatment on Dementia Risk in Later Life, Open Forum Infectious Diseases 2026 ;13(1). https://doi.org/10.1093/ofid/ofaf791