BioVAT : une première preuve clinique pour la remuscularisation dans l’insuffisance cardiaque
Malgré les progrès majeurs apportés par les inhibiteurs du SGLT2, les ARNI et les antagonistes des récepteurs des minéralocorticoïdes, l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection réduite demeure associée à une morbidité et une mortalité importantes. Ces traitements ralentissent l’évolution de la maladie mais ne permettent pas de restaurer le tissu myocardique perdu. Publiée dans le New England Journal of Medicine, l’étude BioVAT-HF explore une approche radicalement différente : restaurer une partie du muscle cardiaque perdu par l’implantation d’un tissu cardiaque issu de l’ingénierie tissulaire dérivé de cellules souches pluripotentes induites.
La perte progressive de cardiomyocytes constitue l’un des mécanismes centraux de l’insuffisance cardiaque systolique. Les investigateurs allemands ont développé le Biologic Ventricular Assist Tissue (BioVAT), un tissu contractile composé de cardiomyocytes et de cellules stromales dérivés de cellules souches pluripotentes induites allogéniques, destiné à être implanté directement à la surface du myocarde.
Une avancée vers la remuscularisation myocardique
L’étude ouverte de phase I–II BioVAT-HF a inclus des patients atteints d’insuffisance cardiaque avancée malgré un traitement médical optimal. La population étudiée était particulièrement sévère, avec une FEVG moyenne de 25%, une durée moyenne d’évolution de l’insuffisance cardiaque de 4,6 ans et une classe fonctionnelle NYHA III chez 96% des patients.
Tous recevaient un traitement médical optimisé conforme aux recommandations, comprenant dans la quasi-totalité des cas un ARNI, un antagoniste des récepteurs des minéralocorticoïdes et un inhibiteur du SGLT2. Tous étaient également porteurs d’un défibrillateur implantable ou d’un dispositif de resynchronisation cardiaque. 20 patients ont été traités dans cette étude. Après une escalade progressive de dose, 16 patients ont reçu la dose maximale sûre, correspondant à 20 unités de tissu cardiaque.
À trois mois, les trois critères principaux d’efficacité définis par le protocole montraient une amélioration significative : l’épaisseur de la paroi myocardique cible, la fraction d’éjection ventriculaire gauche et le score de qualité de vie KCCQ. Le résultat le plus remarquable concernait l’augmentation moyenne de 4,5 mm de l’épaisseur de la paroi myocardique cible.
Au-delà de l’amélioration fonctionnelle observée, cette modification structurelle constitue le premier signal clinique compatible avec une remuscularisation de la zone traitée, objectif central de cette approche thérapeutique. Cette modification structurelle s’accompagnait d’une amélioration de la fonction ventriculaire gauche, avec une augmentation moyenne de la FEVG de 3,9 points, ainsi que d’un gain de 6,7 points au score de qualité de vie KCCQ. Chez les huit patients disposant d’un suivi prolongé, l’augmentation moyenne de la FEVG atteignait 6,9 points par rapport à la valeur initiale, suggérant le maintien de l’amélioration observée à court terme.
Une avancée majeure qui demande confirmation
Comme attendu dans cette population à très haut risque, les événements indésirables ont été fréquents. Les 20 patients traités ont présenté au moins un événement indésirable et 57 événements graves ont été rapportés. Trois décès sont survenus durant le suivi, mais tous ont été considérés comme non liés au BioVAT par le comité indépendant de surveillance. Trois patients ont présenté des épisodes de tachycardie ventriculaire après l’implantation. Les investigations électrophysiologiques réalisées n’ont toutefois pas identifié le greffon comme origine directe des troubles du rythme observés.
Ces résultats doivent être interprétés avec prudence en raison de l’absence de groupe contrôle, du faible effectif et du caractère préliminaire de l’analyse. Néanmoins, après plus de deux décennies de recherches en thérapie cellulaire cardiaque, BioVAT-HF fournit la première démonstration clinique qu’un tissu myocardique dérivé de cellules souches peut être implanté chez l’homme sous immunosuppression, avec des résultats compatibles avec une remuscularisation et une amélioration fonctionnelle. Des essais contrôlés de plus grande ampleur seront désormais nécessaires pour déterminer si cette approche innovante peut se traduire par une réduction des hospitalisations pour insuffisance cardiaque et de la mortalité.
Référence
Zimmermann WH, Ensminger S, Kutschka I, et al. Stem-Cell–Derived Biologic Ventricular Assist Tissue in Heart Failure. N Engl J Med. 2026;394:1991-2001. doi:10.1056/NEJMoa2513525.