Lutter contre les lésions pulmonaires permanentes
Les stratégies thérapeutiques susceptibles de modifier l’évolution de la dysplasie bronchopulmonaire, une maladie pulmonaire liée à la prématurité dont les conséquences persistent tout au long de la vie, suscitent un intérêt croissant. Le Pr Olivier Danhaive, chef du service de néonatologie des Cliniques universitaires Saint-Luc, a abordé ce sujet lors du récent congrès de l’European Academy of Paediatrics (EAPS)(1).
La dysplasie bronchopulmonaire (DBP) résulte d’une perturbation du développement pulmonaire liée à une naissance extrêmement prématurée. Au cours du troisième trimestre de grossesse, les poumons du fœtus sont encore en plein développement. Les saccules donnent progressivement naissance aux alvéoles pulmonaires, où s’effectuent les échanges gazeux.
Chez les enfants nés prématurément, ce processus est toutefois inachevé. À cela peuvent s’ajouter un déficit en surfactant, la nécessité d’une ventilation mécanique et d’une oxygénothérapie, des phénomènes inflammatoires ou infectieux, ainsi que des carences nutritionnelles. L’ensemble de ces facteurs contribue au développement d’un emphysème, d’une fibrose et d’un remodelage de l’architecture et de la vascularisation pulmonaires.
Conséquences de la DBP
« Les conséquences de la DBP dépassent largement la période néonatale », poursuit le Pr Danhaive. « Elle peut entraîner des atteintes alvéolaires, des atteintes des grandes comme des petites voies aériennes, des maladies vasculaires pulmonaires ainsi que diverses autres comorbidités. La capacité alvéolaire reste réduite tout au long de la vie. Cela ne provoque pas nécessairement de symptômes à 25 ans, mais peut devenir problématique plus tard, lorsque les réserves fonctionnelles pulmonaires diminuent. C’est un phénomène que nous ne commençons à observer que depuis peu, car la survie des enfants nés extrêmement prématurément a considérablement augmenté au cours des dernières décennies. »
Malgré les progrès considérables réalisés en néonatologie, aucun traitement ne permet encore de restaurer un développement pulmonaire normal. En 2026, de nombreuses données précliniques solides soutiennent toutefois le potentiel de plusieurs approches thérapeutiques, tant préventives que curatives :
Dans des modèles de DBP chez le rat, l’anakinra, un médicament biologique anti-inflammatoire déjà disponible et antagoniste du récepteur de l’interleukine-1, a permis d’observer une restauration de la structure et de la vascularisation pulmonaires. Une étude pilote australienne (2) évalue actuellement si l’administration intraveineuse d’anakinra pendant 21 jours pourrait prévenir la DBP chez les nouveau-nés extrêmement prématurés, ainsi que la faisabilité de cette intervention.
L’Insulin-like Growth Factor 1 (IGF-1) fait l’objet de l’étude FOOTPRINTS (3), qui évalue son potentiel pour réduire le risque de DBP et de décès chez les nouveau-nés extrêmement prématurés (moins de 28 SA). L’augmentation des concentrations d’IGF-1 a déjà donné des résultats spectaculaires dans les études animales. Sa principale limite réside toutefois dans sa courte demi-vie, qui impose une administration intraveineuse quasi continue et la mise en place d’un cathéter veineux central.
Comme pour l’IGF-1, les nouveau-nés prématurés pourraient également présenter des concentrations plus faibles de protéine D du surfactant (SP-D) que les nouveau-nés nés à terme. Cette protéine joue un rôle essentiel dans les défenses pulmonaires innées, en favorisant l’élimination des microbes et des particules et en limitant l’inflammation dès son apparition. Des études précliniques menées chez des agneaux prématurés, ainsi qu’une étude observationnelle portant sur 36 nouveau-nés prématurés sous ventilation mécanique, ont montré une diminution marquée de l’inflammation pulmonaire et de la DBP. Une étude multicentrique de phase II/III, menée en double aveugle, est actuellement en cours, notamment aux Cliniques universitaires Saint-Luc, afin d’évaluer la sécurité et l’efficacité du zelpultide alfa, une forme recombinante de SP-D, dans la prévention de la DBP (4).
À ces trois pistes thérapeutiques prometteuses s’ajoutent d’autres approches à l’étude, notamment les exosomes et les thérapies cellulaires. Il faudra toutefois encore patienter avant que ces traitements puissent éventuellement être utilisés à l’hôpital.
Références
Danhaive O. Emerging Pharmacological Approaches for BPD. Presented at: EAPS 2026 Paediatric Congress; September 24, 2026; Athens, Greece.
Green EA, Metz D, Galinsky R, et al. Anakinra Pilot - a clinical trial to demonstrate safety, feasibility and pharmacokinetics of IL1RA in preterm infants. Front Immunol. 2022;13:1022104. doi:10.3389/fimmu.2022.1022104
Baraldi E, De Luca D, Bonadies L, et al. Randomised Phase 2b trial of rhIGF-1/rhIGFBP-3 (OHB-607) for BPD prevention in preterm neonates. BMJ Paediatr Open. 2026;10(1):e004196. doi:10.1136/bmjpo-2025-004196
ClinicalTrials.gov. Efficacy and Safety of Zelpultide Alfa in Preterm Neonates at High Risk of Developing BPD. Identifier: NCT06897839.