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« L’urologie doit être davantage entendue »

Pour le Dr Emmanuel Dardenne, président de la Société belge d’urologie (SBU), l’urologie ne peut pas rester à l’écart des débats sur l’organisation des soins. Accès équitable aux technologies, formation des jeunes, avenir des petits services et crainte d’une médecine à deux vitesses : il appelle à mieux associer la spécialité aux choix politiques.

Un entretien de Nicolas de Pape - 23 mars 2026

Emmanuel Dardenne

Le journal du Médecin : Vous avez été secrétaire général, puis vous êtes devenu président de la Société belge d’urologie (SBU). Qu’est-ce qui vous motive à vous investir dans ce type de fonction ?

Dr Emmanuel Dardenne : Je pense que les médecins doivent aussi organiser leur propre discipline et s’impliquer dans l’organisation des soins. Cela passe notamment par les sociétés savantes. Ce n’est pas simplement du dévouement, c’est une nécessité de terrain. Si les médecins ne participent pas eux-mêmes à la réflexion sur les soins, d’autres le feront à leur place. Il faut donc motiver les urologues à s’investir dans cette dimension, en plus de leur pratique clinique.

La SBU est une société savante. Souhaitez-vous qu’elle soit davantage qu’une structure scientifique ?

Oui, bien sûr. Une société savante a un rôle scientifique, mais elle doit aussi être un organe de représentation professionnelle et un interlocuteur dans les débats de santé publique. L’urologie est confrontée à des pathologies fréquentes, souvent lourdes, avec un impact important sur la qualité de vie. Nous avons donc toute légitimité pour intervenir dans les discussions sur l’organisation des soins, les parcours patients et l’accès aux innovations.

Comment parvenez-vous à faire une synthèse entre les différentes sensibilités en urologie ?

En se parlant. Nous organisons des réunions qui ne portent pas seulement sur la pathologie, mais aussi sur l’organisation des soins. Les urologues interpellent la SBU sur des sujets concrets, comme récemment la question de la circoncision. Ensuite, nous nous concertons aussi avec la BVU, le pendant flamand, pour essayer d’aboutir à des positions communes. Le rôle de la société est d’entendre ses membres, de synthétiser leurs préoccupations et de transmettre un consensus aux instances concernées.

« Nous avons le sentiment de ne pas être suffisamment écoutés par les différents gouvernements. Cela nous préoccupe car l’urologie représente un enjeu de santé publique majeur avec le vieillissement de la population, les cancers et tout ce qui touche à la qualité de vie. »

Estimez-vous que la SBU est suffisamment visible aujourd’hui ?

Elle est visible, oui, mais pas assez impliquée et donc pas assez entendue. Nous avons le sentiment de ne pas être suffisamment écoutés par les différents gouvernements. Cela nous préoccupe car l’urologie représente un enjeu de santé publique majeur avec le vieillissement de la population, les cancers - en particulier le cancer de la prostate - et tout ce qui touche à la qualité de vie. Nous sommes visibles auprès des patients, mais pas assez dans l’organisation globale des soins.

Parvenez-vous à utiliser les relais que sont l’ABSyM ou le GBS (rebaptisé FMS) ?

Oui, il y a des échanges avec eux. Quand un sujet important surgit, une concertation existe en général avec l’ABSyM et le GBS. Cela devrait sans doute être plus structuré et plus régulier. Le problème, c’est que les médecins sont très absorbés par leur travail clinique. Ils ne font pas de politique au sens classique du terme, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas concernés. Ils le sont, au contraire, très fortement.

Quelles sont, pour vous, les grandes priorités pour l’urologie belge dans les années à venir ?

La première priorité, c’est de préserver un accès équitable aux soins et à l’innovation. L’urologie est une spécialité très technologique, avec la robotique, l’intelligence artificielle, la chirurgie mini-invasive. Ces avancées sont majeures, mais elles doivent bénéficier à tous les patients, quel que soit l’endroit où ils sont pris en charge.

La deuxième priorité, c’est l’attractivité de la spécialité et la qualité de la formation. Il faut continuer à former des urologues hautement qualifiés, tout en maintenant un équilibre entre l’hyperspécialisation et la vision globale du patient. L’école belge d’urologie est réputée, il faut préserver cette excellence.

La troisième priorité, c’est la structuration des parcours de soins. Il faut améliorer la coordination entre la première et la deuxième ligne, mieux harmoniser les outils et permettre aux médecins de travailler ensemble de manière plus cohérente.

Financement et accessibilité

Justement, la technologie coûte cher. Robotique, IA, nouveaux équipements : est-ce soutenable ?

Oui, ces technologies ont un coût élevé, mais elles changent profondément la donne pour les patients. Elles réduisent la morbidité, améliorent les résultats et représentent une opportunité considérable. La vraie question est donc celle du financement et de l’accessibilité. Il faut éviter que ces innovations ne creusent les inégalités. Tous les patients doivent pouvoir en bénéficier, ce qui suppose une vraie structuration des réseaux de soins et une vision raisonnée mais volontariste.

Comment voyez-vous les réformes du ministre Frank Vandenbroucke, notamment la séparation entre frais de fonctionnement et acte médical, ainsi que la pression sur les suppléments qu’il rêve manifestement de supprimer in fine ?

Sur le principe, séparer les frais de fonctionnement du travail médical peut sembler logique. Cela peut même améliorer la transparence. Mais, dans une spécialité comme l’urologie, qui dépend fortement d’un plateau technique coûteux, il faut que ces coûts soient réellement refinancés. Sinon, cela ne fonctionnera pas.

Il faut aussi éviter que les gestionnaires ne mettent une pression croissante sur la rentabilité des praticiens. Le médecin doit garder son libre arbitre et continuer à travailler d’abord dans l’intérêt du patient. Un hôpital doit évidemment gérer ses coûts, mais il ne peut pas être piloté uniquement comme une entreprise.

« Rendre le conventionnement plus attractif peut se comprendre, mais supprimer les suppléments sans revaloriser les actes ni les honoraires créerait un déséquilibre majeur. »

Le taux de conventionnement suffit-il, selon vous, à garantir l’accessibilité des patients à l’urologie ?

Non, pas à lui seul. Rendre le conventionnement plus attractif peut se comprendre, mais supprimer les suppléments sans revaloriser les actes ni les honoraires créerait un déséquilibre majeur. Il faut une rémunération adaptée, une reconnaissance du travail médical et une vraie confiance dans le système. La médecine reste une profession libérale. Si on enferme progressivement les médecins dans une logique quasi salariée, on change profondément le métier.

Une étude de l’AIM relayée par la Mutualité chrétienne a mis en évidence une très forte variabilité des factures hospitalières à cause des suppléments. Comprenez-vous l’effet que cela peut avoir sur les patients ?

Oui, bien sûr. C’est un sujet sur lequel nous devons travailler avec davantage de transparence. Il faut expliquer aux patients comment fonctionne le système belge. Les suppléments ne servent pas uniquement à mieux rémunérer le médecin. Ils permettent aussi de financer des aides opératoires, des secrétariats, des investissements et des outils techniques. Si on les supprime sans refinancement alternatif, on risque d’aller vers une médecine de moindre qualité. Ce n’est donc pas seulement un débat sur les revenus, c’est aussi un débat sur le fonctionnement du système.

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