Lettre d'expert
"Évaluer séparément les nouveaux traitements de la maladie d'Alzheimer
Une lettre d'experts internationaux cosignée par le neurologue Sebastiaan Engelborghs (UZ Brussel/VUB) demande que les nouveaux traitements contre la maladie d'Alzheimer, tels que le lecanemab et le donanemab, soient évalués séparément dans le cadre du débat sur le remboursement en Belgique. Une interprétation trop large des études existantes pourrait conduire à une image déformée de l'efficacité des médicaments.
Une récente revue Cochrane a analysé plusieurs études portant sur les anticorps anti-amyloïdes, comparant des agents expérimentaux plus anciens à des traitements plus récents étudiés chez des patients atteints de la maladie d'Alzheimer à début confirmé biologiquement. La lettre d'experts réagit à cette étude car, selon les auteurs, la méthodologie utilisée ne permet pas d'évaluer correctement les thérapies actuelles.
Preuves pertinentes
Les experts estiment qu'il est préférable de fonder les décisions de remboursement sur le rapport bénéfice-risque des médicaments actuellement disponibles et autorisés, plutôt que sur une "moyenne de classe" générale de ces types de médicaments, qui inclut les médicaments qui n'ont pas donné de bons résultats. "Lorsque nous évaluons des traitements, nous devons partir des données les plus pertinentes. De nouveaux médicaments tels que le lecanemab et le donanemab ont été étudiés chez des patients soigneusement sélectionnés et montrent qu'ils peuvent ralentir la détérioration. Malgré leurs limites, ils peuvent faire une différence significative pour les patients et leurs familles", affirme le professeur Sebastiaan Engelborghs.
Le moment est important car des discussions sont en cours dans notre pays sur le remboursement éventuel du lecanemab et du donanemab. Les experts belges de la maladie d'Alzheimer ont récemment appelé à un remboursement dans des conditions strictes, uniquement pour des patients soigneusement sélectionnés, atteints d'une maladie d'Alzheimer précoce et confirmée biologiquement, et avec un suivi de sécurité spécialisé.
Ralentir le déclin
Le lécanemab et le donanemab ne guérissent pas la maladie d'Alzheimer, mais des études indiquent qu'ils peuvent ralentir le déclin cognitif chez les personnes aux premiers stades de la maladie. Leur utilisation nécessite une sélection rigoureuse des patients, une confirmation par des biomarqueurs et un suivi par des équipes spécialisées afin de détecter à temps les éventuels effets secondaires, tels que de petites zones de gonflement du cerveau ou de petites hémorragies cérébrales (ARIA), lors d'une IRM cérébrale, avant même qu'ils ne deviennent symptomatiques.
Les signataires de la lettre sont tous membres du Consortium européen sur la maladie d'Alzheimer (EADC). Outre Sebastiaan Engelborghs, les signataires sont le professeur Kristian Steen Frederiksen (Copenhague) et le professeur Frank Jessen (Cologne). La lettre a été publiée dans le Journal of Prevention of Alzheimer's Disease.