Cancer du sein
Les données à cinq ans de SENOMAC confortent l’omission du curage axillaire
CONGRÈS ASCO L’omission du curage axillaire chez certaines patientes présentant un ganglion sentinelle positif est désormais largement intégrée dans la pratique clinique. Des données complémentaires restaient toutefois attendues chez les patientes traitées par mastectomie, ainsi que chez celles présentant des tumeurs T3, deux populations peu représentées dans les études antérieures.

Présentés à l’ASCO 2026, les résultats actualisés de l’étude de phase III SENOMAC apportent désormais un recul de cinq ans sur la survie globale et les conséquences fonctionnelles de cette stratégie.
Le curage axillaire a longtemps constitué le traitement de référence lorsqu’une atteinte du ganglion sentinelle était mise en évidence. S’il permet une évaluation plus complète de l’atteinte ganglionnaire, il est également associé à des séquelles parfois durables, notamment un lymphœdème, des douleurs, des troubles sensitifs et une limitation fonctionnelle du membre supérieur.
Une étude menée dans une population plus large
L’étude SENOMAC a inclus 2.540 patientes atteintes d’un cancer du sein invasif de stade T1 à T3, sans atteinte ganglionnaire clinique (cN0), chez lesquelles la biopsie du ganglion sentinelle révélait une ou deux macrométastases. Les participantes étaient ensuite randomisées entre un curage axillaire complémentaire (n = 1 205) et l’absence de chirurgie axillaire supplémentaire (n = 1.335).
L’âge médian était de 61 ans, 93,6 % des tumeurs étaient positives pour les récepteurs aux œstrogènes (RE+) et 36,3 % des patientes avaient bénéficié d’une mastectomie. Dans les deux groupes, les traitements adjuvants étaient administrés conformément aux recommandations en vigueur, et comprenaient fréquemment une irradiation des aires ganglionnaires régionales. Par rapport aux études historiques, SENOMAC se distingue notamment par l’inclusion d’un nombre important de patientes traitées par mastectomie, ainsi que de patientes présentant des tumeurs T3 (> 5 cm), deux situations jusqu’ici moins bien représentées dans la littérature.
Une survie globale comparable à cinq ans
Après un suivi médian de 60,1 mois, 203 décès ont été observés, dont 74 liés au cancer du sein. La survie globale à cinq ans était similaire dans les deux groupes : 93,4 % après curage axillaire, contre 94,4 % en l’absence de curage complémentaire. La survie spécifique liée au cancer du sein atteignait respectivement 97,2 % et 97,9 %.
Cette actualisation complète les résultats publiés en 2024 dans le New England Journal of Medicine, qui avaient déjà montré l’absence de différence significative en termes de récidive. Les données à cinq ans de SENOMAC présentées à l’ASCO 2026 ne montrent aucun bénéfice de survie associé à une chirurgie axillaire plus extensive chez les patientes présentant une ou deux macrométastases du ganglion sentinelle.
Les données à cinq ans de SENOMAC ne montrent aucun bénéfice de survie associé à une chirurgie axillaire plus extensive chez les patientes présentant une ou deux macrométastases du ganglion sentinelle.
Jana de Boniface souligne que les données restaient limitées chez les patientes traitées par mastectomie ou présentant des tumeurs de plus grande taille. Pour l’investigatrice principale de l’étude, ces résultats renforcent également l’idée que la chirurgie axillaire joue avant tout un rôle de stadification.
Un bénéfice fonctionnel durable
L’étude a également évalué les résultats rapportés par les patientes à l’aide des questionnaires Lymph-ICF et EORTC QLQ-BR23. À un, trois et cinq ans, les patientes randomisées dans le bras sans curage rapportaient une meilleure fonction du membre supérieur, ainsi qu’une réduction des symptômes et des limitations fonctionnelles du bras.
Aucune différence statistiquement significative n’a en revanche été observée concernant la qualité de vie globale. Pour la Dre Jane Lowe Meisel, oncologue médicale au Winship Cancer Institute et experte ASCO en cancer du sein, ces résultats soulignent l’importance des séquelles fonctionnelles associées au curage axillaire. Elle rappelle que le lymphœdème et les troubles du membre supérieur peuvent affecter durablement la mobilité, l’image corporelle et l’estime de soi après un cancer du sein. Selon elle, SENOMAC montre qu’il est possible de réduire ces complications tout en préservant les résultats oncologiques.
Références
1. de Boniface J, Tvedskov TF, Rydén L, Szulkin R, Appelgren M, Reimer T, et al. Omission of completion axillary dissection in patients with breast cancer and sentinel lymph node macrometastases: Overall survival and patient-reported arm morbidity from the randomized SENOMAC trial. J Clin Oncol. 2026;44(17 Suppl):LBA503.
2. de Boniface J, Filtenborg Tvedskov T, Rydén L, Szulkin R, Reimer T, Kühn T, et al. Omitting Axillary Dissection in Breast Cancer with Sentinel-Node Metastases. N Engl J Med. 2024;390:1163-1175.