PremiumOncologie

Cancer du sein métastatique hormonodépendant: ctDNA renverse un paradigme

CONGRÈS ASCO Il aura fallu attendre le dernier jour du congrès pour découvrir en session plénière, les résultats [1] actualisés de l’étude SERENA-6, qui valident l’intérêt clinique d’un suivi de l’ADN tumoral circulant dans le cancer du sein métastatique hormonodépendant. Cette approche inédite permet par une simple prise de sang de décider d’un traitement sur base de l’apparition de mutations ESR1 en l’absence de signes cliniques ou radiologiques de progression. C’est un changement de paradigme pour une individualisation du traitement qui réduit de 55% le risque de progression / décès.

Dr Claude Biéva - 30 juin 2026

ADN tumoral circulantLa découverte de l’ADN tumoral circulant (ctDNA) a jeté les bases d’une prise en charge individualisée du cancer. Dans le cancer du sein ER+/HER2- avancé / métastatique, l’identification de mutations [2] dans le gène ESR1 qui code pour les récepteurs aux œstrogènes a mené à l'idée que la déplétion d'œstrogènes par des inhibiteurs de l'aromatase serait inefficace chez les patientes porteuses de ces mutations [3].

D'autres études ont montré que ces mutations pouvaient servir à individualiser davantage le traitement. Il n’en fallait pas plus pour dessiner l’étude SERENA-6 dont les premiers résultats présentés à l’ASCO 2025 montraient qu’une adaptation du traitement sur base des ctDNA dans une 'biopsie liquide' anticipe une résistance avant progression et améliore fortement la survie sans progression (PFS) (HR = 0,44). Aujourd’hui de nouvelles données montrent que cette stratégie est payante sur le long terme.

Le design de SERENA-6

Le Standard-Of-Care (SOC) dans le cancer du sein ER+/HER2- avancé / métastatique est le plus souvent un inhibiteur de l’aromatase associé à un inhibiteur de CDK4/6. Mais près de 40% des patientes vont présenter des mutations ESR1 menant à une résistance aux anti-aromatase et à une progression tumorale. Dans SERENA-6, dès l’apparition des mutations ESR1, l’hormonothérapie per os est substituée par le camizestrant (CAMI), un SERD (Selective Estrogen Receptor Degraders) oral de nouvelle génération, ajouté à un iCDK4/6 (n = 157), comparé à la poursuite du SOC jusqu’à progression radiologique (n = 158). Sur 3.256 patientes testées, 315 avaient des mutations ESR1sans progression.

Etude SERENA-6 cancer du sein

Un bénéfice amplement confirmé

Avec un suivi médian de 23,5 mois, les données montrent:

  • Une PFS médiane allongée de 7,6 mois sous CAMI (16,8 mois vs 9,2 mois), avec un risque de progression / décès réduit de 55% (HR = 0,45, p < 0,00001) ;
  • Une PFS2 médiane allongée de 6,6 mois sous CAMI (25,7 mois vs 19,1 mois), avec un risque de seconde progression / décès réduit de 37% (HR = 0,63, p = 0,00373) ;
  • Une réduction médiane de 99 % des ctDNA à S8 sous CAMI, vs une augmentation de 64 % sous SOC ;
  • Une clairance totale des ctDNA chez 51% des patientes sous CAMI, vs 1,9 % sous SOC ;
  • Une absence de nouveau signal de sécurité.

Moins de chimio, plus de qualité de vie

SERENA démontre qu’il est désormais possible de se baser sur les ctDNA pour adapter le traitement. Qui plus est, le bénéfice persiste ce qui postpose la chimiothérapie et préserve la qualité de vie. La clairance des ctDNA sous CAMI est synonyme de survie allongée. Les données en survie globale sont immatures mais une tendance se dessine (HR = 0,87). En pratique, se pose la question de la faisabilité de la recherche des mutations. SERENA est une avancée majeure sur la route de l’individualisation des traitements dans le cancer du sein ER+/HER2- avancé / métastatique.

Références
1. Bidart F-C, et al. ASCO 2026 ;#LBA1007
2. Robinson DR, et al. Nat Genet 2013;45:1446–1451.doi: 10.1038/ng.2823
3. Chu D, et al. Clin Cancer Res 2016;22:993–999. doi: 10.1158/1078-0432.CCR-15-0943

Écrit par Dr Claude Biéva30 juin 2026
Faites un essai gratuit!Devenez un membre premium gratuit pendant un mois
et découvrez tous les avantages uniques que nous avons à vous offrir.
  • accès numérique aux magazines imprimés
  • accès numérique à le Journal de Médecin, Le Phamacien et AK Hospitals
  • offre d'actualités variée avec actualités, opinions, analyses, actualités médicales et pratiques
  • newsletter quotidienne avec des actualités du secteur médical
Vous êtes déjà abonné? 

Wat heb je nodig

En savoir plus sur

Partagez votre histoire (d'actualité)

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles

Devenez partenaire premium

Choisissez l'adhésion qui vous convient

PRINT + DIGITAL
€ 149 / Année*
DIGITAL ONLY
€ 99 / Année*
Devenez partenaire premium

Articles connexes

Accès précoce au tarlatamab après échec d’une première ligne dans le cancer du poumon à petites cellules

L’INAMI a adopté, le 25 juin 2026, une décision-cadre ouvrant un accès précoce au tarlatamab, commercialisé sous le nom d’Imdylltra, chez certains adultes atteints d’un cancer du poumon à petites cellules de stade étendu. Le traitement s’adresse aux patients dont la maladie a progressé ou rechuté après une première ligne reposant sur une chimiothérapie à base de platine, éventuellement associée à un inhibiteur de PD-(L)1.

Accès précoce à la lurbinectédine en entretien du cancer du poumon à petites cellules

L’INAMI a adopté, le 25 juin 2026, une décision-cadre ouvrant un accès précoce à la lurbinectédine, commercialisée sous le nom de Zepzelca, dans le cancer du poumon à petites cellules de stade étendu. Le médicament pourra bénéficier d’une intervention temporaire lorsqu’il est utilisé en association avec l’atézolizumab comme traitement d’entretien chez des patients adultes dont la maladie n’a pas progressé après une induction de première ligne.

Accès précoce au datopotamab déruxtécan dans le cancer du sein triple négatif

L’INAMI a adopté, le 25 juin 2026, une décision-cadre ouvrant un accès précoce au datopotamab déruxtécan (commercialisé sous le nom Datroway par Daiichi Sankyo et AstraZeneca) dans une indication précise du cancer du sein triple négatif. Le traitement pourra faire l’objet d’une intervention temporaire chez certains patients adultes atteints d’une maladie non résécable ou métastatique et ne pouvant pas recevoir d’inhibiteur de PD-1 ou de PD-L1.

Plus de 78.000 nouveaux diagnostics de cancer en Belgique en 2024

En 2024, 78 697 nouveaux diagnostics de cancer ont été enregistrés dans notre pays, soit une hausse de 1,4 % par rapport à l’année précédente. C’est ce qui ressort des chiffres de la Fondation Registre du Cancer.

Des nouvelles à partager ?

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles
Magazine imprimé

Édition Récente
30 juin 2026

Lire la suite

Découvrez la dernière édition de notre magazine, qui regorge d'articles inspirants, d'analyses approfondies et de visuels époustouflants. Laissez-vous entraîner dans un voyage à travers les sujets les plus brûlants et les histoires que vous ne voudrez pas manquer.

Dans ce magazine