Carence en manganèse : un facteur sous-estimé d’anémie chronique ?
CONGRÈS EHA L’anémie chronique touche près de 10 % des adultes américains. Elle est généralement attribuée à une carence en fer, en acide folique ou en vitamine B12. Lorsque toutes les étiologies courantes ont été éliminées, d’autres voies doivent être explorées comme celles d’une carence en oligo-éléments, qu’on a moins souvent coutume de mesurer mais qui jouent néanmoins un rôle dans l’érythropoïèse.
Parmi eux figure le manganèse (Mn) qui contribue à l’érythropoïèse par la défense antioxydante via la superoxyde dismutase au manganèse (Mn-SOD) et la régulation de la voie du HIF (Hypoxia-Inducible Factor) qui influence la transcription de l’érythropoïétine. Malgré ces évidences, on ignore toujours si une carence en Mn est associée à l’anémie et si elle survient indépendamment d’autres carences en micronutriments et de maladies hématologiques.
Près de 80% des patients anémiques sont carencés
L’analyse rétrospective monocentrique [1] a porté sur 202 patients adultes (âge médian : 67 ans, 20-96 ans) dont le taux de manganèse sérique a été mesuré en ambulatoire entre octobre 2019 et décembre 2024. Une carence en manganèse était définie par un taux ≤ 0,6 µg/L. Les données recueillies comprenaient les caractéristiques démographiques, les diagnostics hématologiques, les antécédents d’insuffisance rénale chronique, l’albuminémie et l’hémoglobinémie. Les carences en fer, en sélénium et en chrome (chrome, µg/dL) ont également été prises en compte.
Une carence en manganèse était présente chez 76,7 % (n = 155) des patients. Parmi les patients carencés, 78,7 % (n = 122) étaient anémiques (p = 0,010). Un faible taux d'hémoglobine était associé de manière indépendante à la carence en manganèse (p = 0,028). La prévalence d’une carence en fer était similaire entre les groupes et indépendante du taux de Mn (43,12 % vs 43,01 %, p = 0,238). Aucune association significative n'a été observée entre la carence en Mn et des carences en autres oligo-éléments, notamment en cuivre (p = 0,843), en zinc (p = 0,624) et en sélénium (p = 0,323).
Un facteur sous-estimé d’anémie chronique
La carence en manganèse est peu fréquente dans nos régions en raison de sa présence dans de nombreux aliments d'origine végétale et animale. Néanmoins, elle ne doit pas être sous-estimée en raison des liens entre le Mn et le fer qui partagent des voies d'absorption intestinale communes.
La carence en manganèse ne doit pas être sous-estimée en raison des liens entre le Mn et le fer qui partagent des voies d'absorption intestinale communes.
Le Mn joue un rôle crucial dans le métabolisme, la formation osseuse et la défense antioxydante. L'apport quotidien recommandé chez l’adulte se situe entre 2 et 3 mg par jour. Le Mn pourrait constituer un facteur sous-estimé d'anémie chronique. Aucune association significative n’a été observée entre la carence en manganèse et les carences en autres oligo-éléments, suggérant que la carence en Mn pourrait contribuer à l'anémie par des mécanismes indépendants. L'âge avancé est un facteur prédictif de carence, en conséquence des modifications liées à l'âge au niveau des apports, de l'absorption ou des besoins physiologiques.
Ces résultats soulignent l'importance de mesurer les taux de Mn chez les patients atteints d'anémie chronique, en particulier chez les personnes âgées ou celles qui présentent des facteurs de risque connus de carences en oligo-éléments. Des études prospectives sont nécessaires pour mieux comprendre le rôle de la carence en Mn dans l'anémie.
Référence
1. Basmajian K, et al. EHA 2026 ;#PF1307