La télé-expertise en dermatologie remboursée
Depuis le 1er septembre, les médecins généralistes peuvent consulter un dermatologue à distance afin d’obtenir un avis spécialisé sur une lésion cutanée chez un patient. Dans certains cas, il est ainsi possible d’obtenir un avis spécialisé sans que le patient ne doive se rendre physiquement chez le dermatologue.
La télé-expertise permet au médecin généraliste de demander l’avis d’un médecin spécialiste en dermatologie et vénéréologie au sujet d’une lésion cutanée chez un patient. Par l’intermédiaire d’un canal de communication sécurisé, le généraliste adresse au dermatologue une question clinique documentée, accompagnée notamment des antécédents médicaux du patient, de la liste de ses médicaments, d’informations pertinentes sur ses conditions de travail et de vie, ainsi que d’images de qualité de la ou des lésions cutanées.
Le dermatologue ainsi consulté doit répondre à la question clinique dans un délai de trois jours ouvrables. Il peut facturer un honoraire de 27,57 euros (via un nouveau code de nomenclature). Le patient, lui, ne paie aucun ticket modérateur. Sur base de l’avis fourni, le généraliste peut établir un plan de traitement ou décider qu’une consultation en présentiel chez le dermatologue est nécessaire.
Un pas en avant, mais...
« C’est une avancée très positive pour les patients qui pourront obtenir plus rapidement un avis dermatologique dans un cadre organisé », commente la Dre Aurore Girard, présidente de la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG). « Jusqu’à présent, des initiatives existaient déjà localement, notamment dans certains hôpitaux, mais l’accès dépendait beaucoup du réseau personnel du médecin généraliste. Pour un jeune médecin qui s’installe, il pouvait être très difficile d’obtenir rapidement l’avis d’un dermatologue, même face à une lésion suspecte. La généralisation du dispositif est donc une très bonne chose, d’autant que les délais pour décrocher une consultation en dermatologie sont particulièrement longs. »
Principale réserve d'Aurore Girard: la charge supplémentaire imposée au généraliste, qui ne fait l’objet d’aucune rémunération spécifique. « Il devra réaliser la dermatoscopie, prendre et charger les photos, transmettre la demande au dermatologue, puis probablement recontacter le patient une fois l’avis reçu. Une charge médicale et administrative qui vient s’ajouter à la consultation habituelle... »
De son côté, le GBO est déjà sorti du bois pour demander que l'évaluation du nouveau dispositif tienne compte de la charge de travail réelle pour les généralistes et pour que la question d'une rémunération appropriée de leur intervention soit mise sur la table. « L'intervention du généraliste ne se limite pas à envoyer une photo - avec du matériel de bonne qualité pour qu'elle soit exploitable - et un dossier explicatif. Il doit, comme dans toute autre problématique, examiner son patient, identifier la situation justifiant le recours à l'expertise, constituer une demande clinique suffisamment documentée, rassembler et transmettre les informations nécessaires », souligne le syndicat médical.
Une fois l'avis reçu, c'est encore le généraliste qui devra l'intégrer dans la prise en charge et assurer la suite du traitement ou organiser l'orientation vers le spécialiste. Cette gestion pourra être assurée soit en consultation au cabinet (rémunérée via l'honoraire d'une consultation), soit via un contact à distance… « alors que les phono-consultations ne sont plus honorées par les tarifs de la convention médico-mutualiste », rappelle le GBO.
La charge supplémentaire imposée au généraliste ne fait pas l’objet d’une rémunération spécifique.
« Pas une solution miracle »
Plus tôt cette année, la Société Royale Belge de Dermatologie et de Vénéréologie (SRBDV) avait déjà averti que les télé-expertises ne constitueraient pas une solution miracle. Elles ne sont notamment pas adaptées à toutes les questions potentielles. « En cas de suspicion de cancer de la peau, une télé-expertise n’est pas indiquée », expliquait la Dre Katrien Vossaert, membre du conseil d’administration de la SRBDV. « Un dermatologue utilise un dermatoscope pour examiner la peau plus en profondeur, or un médecin généraliste n'en dispose généralement pas. Le dermatologue doit donc, dans tous les cas, examiner lui-même un nævus suspect. » La télé-expertise peut en revanche être utilisée pour les affections cutanées inflammatoires pour lesquelles une simple photo suffit.
Jan Gutermuth, président de la SRBDV, soulignait par ailleurs que le budget initialement prévu était limité : 274.000 euros par an. « Cela correspond à 11 télé-expertises par an et par dermatologue. Or le dermatologue doit investir dans une plateforme sécurisée pour l’échange de données avec les médecins généralistes, et les logiciels médicaux ne sont pas bon marché. » Il se pourrait donc bien que le jeu n’en vaille pas la chandelle pour le dermatologue.
Une expérience pilote jugée positive
La télé-expertise en dermatologie a été testée dans le cadre d’un projet pilote qui s’est tenu jusqu’en novembre 2021. Au terme de l'expérience, 2.181 demandes avaient été introduites par des médecins généralistes et 1.635 réponses envoyées par des dermatologues. Le projet pilote a fait l’objet d’une évaluation positive tant de la part des médecins généralistes et des dermatologues que des patients, malgré des problèmes techniques et une procédure jugée complexe, en particulier par les dermatologues. Parmi les patients, 21 % ont encore eu besoin d’une consultation supplémentaire en présentiel après la télé-expertise.