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Les soins en temps de guerre

« La résilience ne se limite pas à un kit d’urgence »

Notre pays et notre société sont-ils prêts à faire face à un conflit, armé ou non ? Poser la question, c’est y répondre. Pour la Dre Marijke De Raes, capitaine-commandante au Service médical de l’armée belge, les services de santé militaires et civils devront impérativement travailler en étroite collaboration. Elle l’a souligné, à titre personnel, lors d’un minisymposium au ZAS («Hôpital au bord du fleuve») Medisch Centrum Kaai 142.

Filip Ceulemans - 20 octobre 2026

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Dre Marijke De Raes : « Les drones et la menace permanente qu’ils représentent compliquent l’évacuation des blessés. Les équipes médicales ne peuvent pas toujours rester à l’endroit où elles interviendraient selon le schéma classique. »

L’armée belge recherche d’urgence du personnel. Elle compte aujourd’hui environ 24.500 militaires de carrière. Dans dix ans, ils devront être 35.000. Cela suppose de nombreux recrutements, d’autant plus que de nombreux militaires prendront leur retraite au cours de cette période. Toutes ces nouvelles recrues devront passer un examen d’aptitude auprès du Service médical. Ce dernier recherche donc de toute urgence des urgentistes, des chirurgiens, des psychiatres et des médecins spécialistes en réadaptation. Leur mission ne se limitera pas aux examens médicaux : ils devront également se tenir prêts à intervenir en cas de conflit armé.

La médecine militaire ressemble à la médecine civile, mais elle s’en distingue parfois fondamentalement. « La planification médicale militaire repose toujours sur des délais et des niveaux de soins successifs », explique le Dr De Raes. « Il faut d’abord stabiliser le blessé le plus rapidement possible. La priorité est d’arrêter une hémorragie qui met sa vie en danger. Le blessé lui-même ou un camarade doit pouvoir poser un garrot. Le patient doit ensuite poursuivre sa stabilisation à un premier niveau de soins et, si nécessaire, être évacué vers un établissement chirurgical. » Chaque étape s’inscrit dans un calendrier strict : dix minutes pour la première phase, une heure pour atteindre le premier niveau de soins et quelques heures pour la prise en charge chirurgicale.

La menace des drones

« La guerre en Ukraine montre que les conditions sur le champ de bataille diffèrent fortement de celles des missions antérieures", poursuit la Dre De Raes. "Les drones et la menace permanente qu’ils représentent compliquent l’évacuation des blessés. Les équipes médicales ne peuvent pas toujours rester à l’endroit où elles interviendraient selon le schéma classique. Il faut parfois extraire une personne de la zone de danger le plus rapidement possible et reporter la suite des soins. Cela a des conséquences sur les lésions et leur traitement ultérieur. »

En cas de conflit de grande ampleur, le Service médical de l’armée pourrait devoir mobiliser l’essentiel de ses moyens hors de Belgique. Les soins civils devraient alors continuer à fonctionner dans le pays, tout en accueillant éventuellement des blessés venus de l’étranger. « La résilience ne se limite donc pas à disposer d’une trousse d’urgence chez soi. Les citoyens, les quartiers, les soignants et les institutions doivent savoir ce qu’ils peuvent faire par eux-mêmes durant les premières heures et comment s’entraider. C’est une mission commune aux soins de santé et à la santé publique. Pensons aux premiers secours, au contrôle des hémorragies, à l’hygiène, à la continuité des soins et à une communication fiable. »

« Un déploiement majeur de l’OTAN ne mobilise pas seulement des troupes et du matériel : il accroît également les besoins médicaux. »

L’article 3

La stratégie de l’OTAN et la stratégie de sécurité belge exigent des pays qu’ils renforcent leur propre résilience. Le célèbre article 5 du traité de l’OTAN prévoit une défense collective. Moins connu, l’article 3 stipule que les États membres doivent disposer de leur propre capacité de résistance. Aujourd’hui, la notion de conflit doit s’entendre au sens large, au-delà du simple affrontement armé.

« Les menaces peuvent également prendre la forme de cyberattaques, de campagnes de désinformation ou de perturbations des fonctions vitales. Les hôpitaux sont vulnérables lorsque l’électricité, les systèmes informatiques, la logistique ou les communications cessent de fonctionner. Un plan de crise doit donc aller au-delà d’un simple schéma d’organisation des services d’urgence. Il doit également tenir compte des patients déjà hospitalisés, de la continuité des soins courants, du transport du personnel et de l’approvisionnement en matériel. »

Un déploiement majeur de l’OTAN ne mobilise pas seulement des troupes et du matériel : il accroît également les besoins médicaux. Les blessés doivent passer par différents niveaux de soins. Certains se retrouveront dans des hôpitaux civils. Parmi eux pourraient figurer des personnes souffrant de traumatismes graves, ayant subi une amputation ou nécessitant une longue rééducation.

L’impensable

Dans une telle situation, les ambulances et les moyens de transport médical disponibles ne suffiront pas. D’autres modes de transport, tels que les bus ou les trains, pourraient être intégrés aux plans d’urgence. Cela nécessite des accords entre les partenaires militaires et civils. Le port d’Anvers et d’autres nœuds logistiques peuvent jouer un rôle important lors d’exercices ou de déploiements réels. Le commandement militaire provincial assure le lien avec la planification d’urgence civile.

« J’espère qu’un tel scénario ne se concrétisera jamais", conclut la Dre De Raes. Il n’est pourtant pas inconcevable et nous devons en parler en tant que société. Il n’est pas nécessaire que chacun devienne militaire ou réserviste : on peut aussi apporter sa contribution dans le soutien civil, la formation, la logistique et les soins. »

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