Étude Drees & Insee
Le patient-type de la téléconsultation? Un jeune, urbain et diplômé (et en bonne santé)
La téléconsultation a fait couler beaucoup d'encre depuis la suspension de son remboursement il y a tout juste un an (15 février 2025). Quels patients y ont-ils réellement recours? Une étude française apporte un éclairage intéressant pour les médecins belges, même si tous les résultats ne sont évidemment pas transposables chez nous. Les patients-types qui plébiscitent la 'phonoconsultation' sont: jeunes, diplômés du supérieur, disposant d'un niveau de vie élevé, en milieu urbain et plutôt en bonne santé. Intéressant, les non-télépatients invoquent une déshumanisation de la relation de soin.
EN BREF
• En 2024, 15% des adultes ont recouru au moins une fois à la téléconsultation sur un an. Le recours est plus fréquent chez les < 45 ans (4 fois plus que les 60+ ans) et chez les diplômés du supérieur (2 fois plus que les titulaires d’un CESS).
• Motifs: délais d’attente trop longs en cabinet (43%), urgence (33%), renouvellement d’ordonnance (20%).
• 73% estiment que la téléconsultation aide à lutter contre les déserts médicaux, mais plus de 80% jugent qu’elle déshumanise la relation de soin et plus de 60% qu’elle accroît le risque de fuite de données.
• 42% souhaitent la limiter au médecin traitant, 31% à des médecins déjà consultés.
Nos voisins français viennent de sortir une très intéressante étude sur le recours et les motifs de recours à la téléconsultation. Aux manettes, la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) et l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques). L'étude a notamment puisé ses données dans une enquête sur les TIC (technologies de l’information et de la communication).
Comme chez nous, la téléconsultation a connu en France un essor considérable au printemps 2020 sous la pression des confinements liés à la pandémie de coronavirus, avec un pic en avril. Au coeur de la tempête pandémique, une consultation sur quatre était alors réalisée en vidéo ou par téléphone en France.
Depuis, le nombre de téléconsultations a fortement diminué outre-Quiévrain: en 2023, elles ne représentaient plus que 2,2% de l’ensemble des consultations (soit un peu plus de 5 millions).
Télépatients: les jeunes, les plus diplômés et les habitants des grands centres urbains
"En 2024, 15% des personnes âgées de 18+ ans déclarent avoir recouru au moins une fois à la téléconsultation au cours des 12 derniers mois. Les jeunes, les diplômés du supérieur et les personnes ayant un niveau de vie élevé et celles en bonne santé ont davantage recours à la téléconsultation", note d'emblée l'étude.
Plus de quatre patients sur dix (43%) déclarent téléconsulter en raison des délais d’attente trop longs pour un rendez-vous en cabinet, 33% pour une consultation en urgence et 20% pour renouveler une ordonnance ou un certificat médical.
Les moins de 45 ans y recourent quatre fois plus que les 60 ans ou plus. Les diplômés du supérieur y recourent deux fois plus souvent que les personnes titulaires d’un CAP ou d’un BEP (= CESS en Belgique). "Parmi les autres caractéristiques des télépatients figurent un niveau de vie élevé et une bonne santé. Le lieu de résidence est également un facteur important. Les personnes résidant dans des grands centres urbains y ont beaucoup plus recours", montrent les résultats. Le fait d'être à l'aise avec les TIC ("aisance numérique") explique en partie que les jeunes et les plus éduqués plébiscitent la téléconsultation.
Les femmes (17%) recourent un peu plus à la téléconsultation que les hommes (13%), de même que les couples avec enfants et les familles monoparentales (deux fois plus).
Pourquoi ? D'abord pour ne pas devoir attendre

Et pourquoi pas ?

Plus de sept personnes interrogées sur dix sont d’accord avec l’idée que les téléconsultations sont un moyen de lutter contre les déserts médicaux (pourtant, les ruraux l'utilisent peu), et autant considèrent qu’elles constituent une solution pour désengorger les services d’urgences des hôpitaux.
Résultat interpellant : plus de huit sondés sur dix (une majorité qui n'utilisent pas la téléconsultation et les seniors) considèrent que les téléconsultations déshumanisent la relation entre le patient et le médecin, et plus de six sur dix qu’elles augmentent le risque de fuite de données personnelles de santé.
Beaucoup estiment que la téléconsultation devrait être autorisée uniquement avec son médecin traitant (42%) plutôt qu’avec des médecins que le patient a déjà vus (31%) ou avec n’importe quel médecin (27%). Au contraire, près d'un télépatient sur deux est favorable à la téléconsultation auprès de n’importe quel médecin.