Comment la peur influence la reprise du travail après une chirurgie du dos (INAMI)
En matière de reprise de l’activité professionnelle, les trajectoires de récupération varient fortement entre patients. Selon l’étude WABS (INAMI), les facteurs cognitifs influencent grandement la reprise au travail.
L’INAMI met à disposition aujourd'hui un rapport sur l’incapacité de travail en collaboration avec divers partenaires. On sait que la lombalgie chronique est l’une des principales causes d’incapacité de travail en Belgique. Même soignés et opérés dûment et convenablement, certains patients reprennent une activité professionnelle immédiatement tandis que d’autres restent en incapacité « des mois durant ».
Le Centre de connaissance de l’incapacité de travail de l’INAMI a mené une enquête (WABS - « Work After Back Surgery ») auprès de 8 hôpitaux belges et sur 189 personnes opérées d’une décompression lombaire. L’objectif de l’étude était d’identifier les prédicteurs au niveau psychologique de la reprise du travail après une opération du dos.
Comme attendu, les facteurs cognitifs et comportementaux, nonobstant les facteurs strictement médicaux, influencent les attentes des patients quant à leur douleur et donc les chances de rétablissement. Ces facteurs non purement physiques influencent fortement la probabilité d’une reprise durable au travail.
« Concrètement, les participants ont repris le travail après environ 87 jours (en moyenne), et de manière durable après près de 170 jours."
« Concrètement, les participants ont repris le travail après environ 87 jours (en moyenne), et de manière durable après près de 170 jours. À douze mois, un peu moins de 85 % ont repris une activité professionnelle, avec des différences selon le statut d’emploi. Les indépendants reviennent le plus vite, suivis des fonctionnaires, puis des salariés. »
L’analyse démontre que les « croyances » des patients (vais-je encore avoir mal, pendant combien de temps, quand pourrai-je retravailler, est-il vraiment sûr de reprendre le travail) « constituent les meilleurs prédicteurs, à court et à long terme, de la reprise du travail », pointe le rapport.
En réalité, les patients qui espèrent un retour rapide réintègrent plut tôt leur poste et ceux qui anticipent des douleurs persistantes retournent au travail plus tardivement ce, même si l’évolution chirurgicale est favorable.
Ainsi, « croire rapidement après l’opération que la douleur diminuera s’accompagne - à 6 semaines, 3, 6 et 12 mois après l’intervention - d’une douleur rapportée plus faible. » Inversement, s’attendre à davantage de douleur se traduit par davantage de douleur vécue. Les patients « pessimistes » ont également tendance limiter les activités quotidiennes et éviter certains mouvement de peur de se faire mal au dos.
Post-opératoire précoce
En outre, « les mesures effectuées juste après l’opération prédisent mieux l’évolution – en particulier à long terme – que celles réalisées avant l’intervention ». Les chercheurs estiment donc que le post-opératoire précoce est un point crucial : « Cette période, où les patients redéfinissent leurs repères et projettent leur retour à la vie active, est propice à corriger des attentes inadaptées, à fournir des informations claires et rassurantes et à planifier une reprise progressive fondée sur des objectifs concrets. »
L’étude met aussi en évidence des résultats surprenants, à première vue difficiles à comprendre. Par exemple, certaines croyances négatives sur la maladie semblent associées... à une meilleure reprise du travail à long terme. Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence : ils pourraient s’expliquer par des mécanismes temporaires "protecteurs" avant l’opération, ou par le fait que les patients les plus gravement atteints au départ connaissent ensuite des améliorations plus marquées.
Des recherches complémentaires seront nécessaires pour confirmer ces observations.
Rapport complet : cliquez ici.