HPV à haut risque : quelle place pour les traitements topiques ?
Des gels vaginaux visant à favoriser la « clairance » du HPV à haut risque ou la régression des lésions de bas grade font l’objet d’une promotion croissante. Malgré des résultats encourageants, la FIGO et l’International Gynecologic Cancer Society (IGCS) concluent, dans une prise de position publiée en 2026, qu’aucun traitement topique ne peut actuellement être recommandé en pratique courante.
La plupart des infections à HPV à haut risque sont transitoires : environ 90 % deviennent spontanément indétectables dans les deux ans. En cas d’infection HPV-HR, avec ou sans LSIL, la surveillance constitue le standard de prise en charge. L’attente peut néanmoins générer une anxiété chez certaines patientes, dans un contexte de promotion croissante de traitements visant à accélérer la « clairance » virale.
Plusieurs gels vaginaux, notamment à base de Coriolus versicolor ou de dioxyde de silicium/sélénite, ont été étudiés. Une méta-analyse de 2023 regroupant 44 essais et plus de 10.000 femmes rapportait davantage de non-détection du HPV-HR et de régression cytologique sous traitements topiques. Mais les résultats étaient marqués par une importante hétérogénéité, un biais de publication ne pouvait être exclu et le suivi était inférieur à un an dans la grande majorité des études.
Des résultats positifs, mais sur quels critères ?
C’est le principal point de vigilance soulevé par la FIGO et l’IGCS : aucun essai randomisé n’a été correctement conçu et dimensionné pour évaluer la capacité de ces traitements à prévenir les HSIL/CIN3+ histologiquement confirmées. Les études reposent surtout sur des critères intermédiaires - non-détection du HPV, cytologie, colposcopie ou double marquage p16/Ki-67 - dont l’amélioration ne démontre pas une réduction du risque de lésion de haut grade.
La notion même de « clairance » doit être maniée avec prudence. Un test HPV devenu négatif ne signifie pas nécessairement que le virus a été éradiqué : il peut correspondre à un contrôle immunitaire, une faible charge virale ou une latence avec possibilité de réactivation ultérieure.
En pratique : la surveillance reste le standard
La FIGO et l’IGCS relèvent également plusieurs limites dans les études de certains produits : critères intermédiaires, comparateurs inadéquats ou encore enregistrement rétrospectif de certains essais. Plusieurs travaux présentent par ailleurs des liens avec les fabricants. Certains de ces gels sont commercialisés comme dispositifs médicaux plutôt que comme médicaments ; la prise de position souligne que leur commercialisation ne requiert pas le même niveau de preuves cliniques.
La conclusion est claire : aucun agent topique actuellement disponible n’est recommandé en routine en cas d’infection HPV, quel que soit le génotype, ou de LSIL. Des interventions sans bénéfice clinique démontré peuvent entraîner des effets indésirables évitables, des coûts supplémentaires et créer des attentes irréalistes. Une information claire reste donc essentielle face aux patientes souhaitant « éliminer » leur HPV.
Référence
1. Pareja R, Heredia F, Sánchez-Díaz E, et al. FIGO/IGCS statement on the efficacy of topical treatments for high-risk human papillomavirus in preventing CIN 3+ lesions. Int J Gynaecol Obstet. 2026. doi:10.1002/ijgo.71285.