Prolactinome : la ménopause, un moment clé pour réévaluer le traitement
Chez les femmes traitées pour un prolactinome, la ménopause peut modifier la stratégie thérapeutique. Une étude belgo-française publiée en 2025 montre une évolution favorable de la prolactinémie et de la taille tumorale après la ménopause et apporte de nouvelles données sur les possibilités d’arrêt des agonistes dopaminergiques.
Les agonistes dopaminergiques constituent le traitement de référence des micro- et macroprolactinomes. Ils permettent généralement de normaliser la prolactinémie, de réduire le volume tumoral et de restaurer la fonction gonadique.
À la ménopause, la stratégie peut toutefois être réévaluée : le consensus de la Pituitary Society recommande un essai d’arrêt chez les femmes présentant un microprolactinome bien contrôlé. Chez une femme ménopausée asymptomatique présentant un microprolactinome, une hyperprolactinémie isolée ne justifie donc pas à elle seule la poursuite du traitement : aucun bénéfice n’est démontré sur les paramètres métaboliques, la densité osseuse ou le risque de cancer du sein. Pour les macroprolactinomes, le contrôle de la croissance tumorale reste en revanche prioritaire.
Une étude rétrospective menée aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles et à l’hôpital Bicêtre à Paris a suivi 99 femmes ayant atteint la ménopause alors qu’elles étaient encore traitées pour un prolactinome. Parmi elles, 67 présentaient initialement un microprolactinome et 32 un macroprolactinome.
Un arrêt possible chez des patientes bien sélectionnées
Chez les femmes poursuivant leur traitement à dose stable, la prolactinémie médiane est passée de 18,0 à 7,9 µg/L deux ans après la ménopause (p < 0,001). La surface tumorale médiane a parallèlement diminué de 16,5 à 8,2 mm² (p < 0,01), confortant l’hypothèse d’une évolution favorable après la ménopause.
L’agoniste dopaminergique a été interrompu chez 56 patientes répondant à des critères stricts : traitement efficace depuis au moins deux ans, prolactinémie normale sous faible dose de cabergoline (≤ 0,5 mg/semaine), réduction tumorale significative et absence d’invasion du sinus caverneux. Après un suivi médian de 29 mois, 73 % étaient en rémission ; la probabilité de rémission à cinq ans était de 66 %, contre environ 55 % pour les microprolactinomes et 43 % pour les macroprolactinomes dans les données rapportées par le consensus de 2023.
Après l’arrêt, quelle surveillance ?
Les récidives étaient asymptomatiques et survenaient majoritairement durant la première année. Une prolactinémie plus élevée trois à six mois après l’arrêt était le seul facteur prédictif indépendant de récidive, soulignant l’intérêt d’un contrôle biologique précoce. Une IRM peut être discutée en cas de récidive de l’hyperprolactinémie ou d’élévation progressive de la prolactine.
Concernant le THM, 23 femmes ont reçu un traitement œstroprogestatif après la ménopause, sans signal défavorable significatif sur l’évolution du prolactinome. Ces données restent limitées par le faible effectif et le caractère rétrospectif de l’étude et ne permettent pas d’exclure formellement un risque, mais ne suggèrent pas d’effet défavorable du THM sur l’évolution du prolactinome.
Remarques et références
1. Dans l’étude de Constantinescu et al., la ménopause était définie par 12 mois d’aménorrhée, un faible taux d’estradiol et une FSH > 25 U/L.
2. Constantinescu SM, Nava CM, Chasseloup F, Alexopoulou O, Chanson P, Maiter D. Menopause has a beneficial influence on the evolution of prolactinomas. A study of 99 patients. J Clin Endocrinol Metab. 2025;110(11):e3701-e3708. doi:10.1210/clinem/dgaf152.
3. Petersenn S, Fleseriu M, Casanueva FF, et al. Diagnosis and management of prolactin-secreting pituitary adenomas: a Pituitary Society international Consensus Statement. Nat Rev Endocrinol. 2023;19(12):722-740. doi:10.1038/s41574-023-00886-5.