Verpleegkunde

Marc Van Uytven : « L’internement n’est pas une peine, c’est une mesure de protection »

Lors de la journée d’étude de l’Association belge des directeurs d’hôpitaux consacrée à la gouvernance en santé mentale, Marc Van Uytven, CEO du Centre psychiatrique St-Jan Baptist (Zelzate), a consacré son intervention à un sujet aussi sensible que mal compris : les soins psychiatriques médico-légaux et l’internement.

Nicolas de Pape - 17 juni 2026

D’emblée, il a rappelé une distinction essentielle : l’internement n’est pas une peine. Les personnes internées ont bien commis un délit, mais elles ont été déclarées « irresponsables pénalement » ou « insuffisamment responsables ». La société ne répond donc pas d’abord par la sanction, mais par une mesure de protection et un trajet de soins. L’objectif n’est pas de punir, mais de soigner, de protéger et, lorsque c’est possible, de réinsérer.

Marc Van Uytven

Ce qui fait que lorsqu’une personne arrive dans une institution comme le CP St-Jan Baptist, elle y entre d’abord comme patient. « Même dans une unité à haut niveau de sécurité, il ne s’agit pas de créer un environnement carcéral, mais un cadre thérapeutique. »

La Belgique compte actuellement environ 4.600 personnes sous statut d’internement. Parmi elles, près de 2.000 se trouvent encore en prison, alors qu’elles relèvent en réalité de soins psychiatriques spécialisés (lire encadré). C’est l’un des grands nœuds du problème. « Les prisons restent encombrées par des personnes qui devraient être prises en charge ailleurs. Et les structures de soins, elles, manquent de capacité ou de solutions de transition. »

Files d’attente

Marc Van Uytven a montré que, malgré la création des centres de psychiatrie légale, notamment à Gand et Anvers, le système reste sous tension. « Les listes d’attente s’allongent. Les places disponibles ne suffisent pas. Certains patients sont prêts à sortir d’un cadre sécurisé vers une structure plus adaptée, mais la place manque en aval. Résultat : le flux se bloque à tous les étages. Les patients restent trop longtemps dans des dispositifs qui ne correspondent plus à leur état clinique, tandis que d’autres attendent en prison.

Le PC St-Jan Baptist tente de répondre à cette difficulté en organisant un véritable circuit de soins médico-légaux. Celui-ci comprend différents niveaux : unités à haut risque, unités à risque moyen, structures fermées ou ouvertes, habitats protégés médico-légaux, maisons de soins médico-légales, équipes mobiles et dispositifs de réintégration. L’idée est d’éviter une logique figée et de permettre aux patients d’avancer progressivement, selon leur état, leur risque et leurs capacités.

La grande priorité est la fluidité du parcours. Le problème n’est pas seulement l’entrée dans le système, mais aussi la sortie et le passage d’un niveau de soins à un autre.

Deux modèles

Dans cette approche, Marc Van Uytven insiste sur la nécessité d’articuler deux modèles. Le premier est le modèle du risque : il faut évaluer la dangerosité, prévenir la récidive, assurer la sécurité, protéger la société et les patients eux-mêmes. Le second est le modèle du rétablissement : il faut travailler avec la personne, reconnaître ses ressources, l’aider à reconstruire un projet de vie et à retrouver une place dans la société.

Cette philosophie se traduit aussi dans l’architecture. Le CP St-Jan Baptist travaille à une transformation de ses infrastructures. « L’ancien modèle, très fermé, très procédural, avec postes infirmiers centraux et chambres collectives, est progressivement remplacé par un environnement plus thérapeutique. L’objectif est de créer des espaces plus humains, plus apaisants, plus proches d’un lieu de vie que d’un lieu d’enfermement. » Marc Van Uytven évoque notamment l’importance de la nature, de la lumière, de la vie quotidienne, de l’intimité et des chambres individuelles.

Dans les nouveaux bâtiments, les soignants ne seront plus retranchés derrière un poste central : ils seront davantage présents au milieu des patients.

Les défis restent toutefois considérables. Le premier est celui de la capacité. Les maisons de soins médico-légales, avec 90 places prévues en Belgique, doivent permettre des admissions plus directes et des trajets de traitement plus courts, centrés sur la resocialisation, avec une durée maximale d’environ un an.

Le deuxième défi concerne les patients présentant une déficience intellectuelle. Ils représentent une part importante de la population médico-légale, environ 28,6 % au sein du public pris en charge par le PC St-Jan Baptist. Cette population se retrouve trop souvent coincée entre plusieurs systèmes : psychiatrie, handicap, justice, sécurité sociale. Personne ne peut vraiment agir seul.

Le circuit de soins du CP Saint-Jean Baptiste de Zelzate

Le troisième défi est celui de la perception sociale. La société voit d’abord l’acte, parfois grave, et oublie la maladie, le trouble, le handicap, le traumatisme, l’addiction ou la vulnérabilité. Ce stigmate pèse lourdement sur les patients, mais aussi sur les institutions qui les prennent en charge.

« L’expertise professionnelle reste indispensable, mais elle doit se combiner avec l’expérience des personnes concernées. Le réseau du patient doit également être mobilisé, même si ce réseau est parfois fragile, absent ou problématique. »

La conclusion rejoint celle des autres intervenants de la journée : la santé mentale ne peut plus être pensée en silos. Les soins médico-légaux ont besoin d’un paysage de soins en réseau, articulant hôpitaux psychiatriques, justice, équipes mobiles, structures d’hébergement, secteur du handicap, logement social, soins ambulatoires et acteurs de terrain. Le parcours doit commencer dans l’institution, mais il doit très tôt se connecter à la société.

En chiffres

4.610
Le nombre de personnes internées en Belgique en 2025.

1.980
Le nombre de personnes internées qui se trouvent encore en prison, alors qu’elles relèvent d’un trajet de soins.

3.627
Le nombre de personnes sous statut d’internement prises en charge hors prison.

147
Le nombre de personnes prêtes à sortir ou à passer à une autre étape du parcours dans les ressorts des cours d’appel néerlandophones.

Environ 300
L’estimation pour l’ensemble du pays des personnes qui pourraient théoriquement poursuivre leur trajet si des places étaient disponibles.

8,7 %
La part du budget belge des soins de santé consacrée à la santé mentale.

1,95 diagnostic par patient
La moyenne de diagnostics par patient, signe d’une population clinique très complexe.

28,6 %
La part de la population prise en charge par le PC St-Jan Baptist présentant une déficience intellectuelle, l’un des grands obstacles à la réorientation.

90 places
Le nombre de places prévues en Belgique dans les nouvelles maisons de soins médico-légales.

Un an maximum
La durée cible du trajet de traitement dans ces maisons de soins médico-légales, avec une priorité donnée à la resocialisation.

 

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