Fact-check par Gezondheid & Wetenschap
À quel point l’alcool est-il réellement mauvais pour la santé ?
Les habitants des « zones bleues » (les cinq régions du monde où l’on trouve un nombre particulièrement élevé de centenaires, NdlR) ont l’habitude de boire un à deux verres de vin par jour. Selon Rose-Anne Kenny, médecin et gérontologue irlandaise, cela prouverait qu’il est erroné d’effrayer les gens au sujet d’une consommation d’alcool légère à modérée. Vrai ou faux ?

D'où vient cette information ?
Rose-Anne Kenny est irlandaise, professeure de gérontologie médicale à Dublin. Dans un podcast du chef britannique Jamie Oliver, elle critique le message selon lequel chaque verre d’alcool serait un poison. Un message aussi négatif rebute les gens selon elle, et en outre, il n’est pas correct [1].
La Pre Kenny fait référence aux 'zones bleues', ces régions du monde où l'on trouve un nombre important de personnes centenaires. De nombreuses recherches scientifiques ont été menées sur le mode de vie de leurs habitants et sur les facteurs qui contribuent à leur plus longue espérance de vie. Une étude récente met en évidence plusieurs explications possibles [2] :
- Une activité physique quotidienne, dans le cadre du travail et des activités ;
- Une alimentation essentiellement végétale, riche en légumes, fruits et céréales ;
- Une consommation occasionnelle de poisson ou de viande ;
- Du vin au cours des repas ;
- Un sentiment d’appartenance, une solidarité et un investissement dans les liens familiaux.
La consommation quotidienne de vin va à l’encontre du message récent selon lequel chaque goutte d’alcool est nocive.
Comment faut-il interpréter cette information ?
De plus en plus d’études confirment que l’alcool n’est pas bon pour la santé et qu’il est associé à sept types de cancer. L’impact d’une consommation excessive est nettement plus important que celui d’une consommation légère ou modérée, mais il est difficile de déterminer un seuil inférieur sans risque.
Le Vlaams Instituut Gezond Leven (Institut flamand pour une vie saine) mentionne sur son site internet la consommation modérée d’alcool comme faisant partie du régime méditerranéen, considéré comme le modèle alimentaire le plus sain [3]. Cette contradiction apparente apparaît lorsque la consommation d’alcool est dissociée des autres habitudes de vie. Une récente étude norvégienne a examiné l’impact de la consommation d’alcool chez 25.000 personnes en bonne condition physique (pratiquant au moins 150 minutes d’activité physique par semaine) et chez des personnes qui ne l’étaient pas. Toutes ont été suivies pendant 16 ans.
La nocivité de l’alcool pour un individu dépend de ses autres habitudes alimentaires et de son mode de vie.
Les résultats montrent qu’une consommation légère à modérée d'alcool n’a pas d’impact sur l’espérance de vie chez les personnes en bonne condition physique, mais qu’elle en a un chez les personnes sédentaires. Conclusion: une activité physique suffisante a un impact plus important sur la santé que l’abstinence ou qu’une consommation légère ou modérée [4].
Quels facteurs influencent l’espérance de vie ?
Cinq habitudes de vie influencent l’espérance de vie :
- Le tabagisme ;
- Une alimentation saine et variée ;
- Une activité physique suffisante ;
- La consommation d'alcool ;
- Un poids corporel sain.
Parmi tous ces facteurs, celui de la consommation d’alcool (légère à modérée) a le moins d’impact [5]. Ne pas fumer est la meilleure chose à faire pour sa santé, suivi d’une activité physique suffisante.
Conclusion
Les cinq habitudes alimentaires et de vie ne peuvent pas être considérées indépendamment les unes des autres. C’est leur combinaison qui fait la différence. Commencer chaque journée par une tartine au choco est mauvais pour la santé car la plupart des pâtes à tartiner contiennent des graisses saturées, qui augmentent le taux de cholestérol. Mais si par ailleurs, une personne mange sainement, cette tartine aura peu ou pas d’impact sur son espérance de vie.
L’alcool est mauvais pour la santé, mais boire occasionnellement un verre de vin ou de bière dans le cadre d’une alimentation méditerranéenne ne doit pas être source d’inquiétude. La nocivité de l’alcool pour un individu dépend donc de ses autres habitudes alimentaires et de son mode de vie.
Références
1. Reset Your Health with Jamie Oliver, Episode 6: Ageing Disgracefully. April 2026.
2. Buettner D. Lessons From the Blue Zones: There is No Silver Bullet (or Magic Pill) for a Long, Healthy Life. Am J Lifestyle Med 2025;19(7):1052-1062. DOI: 10.1177/15598276251334310
3. Gezond Leven. Het mediterraan dieet.
4. Nauma J, Ingeström E, Tari A et al. Running from Death: Can Fitness Outpace Alcohol’s Harm? Changes in Alcohol Intake, Fitness and All‑Cause Mortality in the HUNT Study. Sports Medicine 2025;Dec. DOI: 10.1007/s40279-025-02360-w
5. Li Y, Schoufour J, Wang DD et al. Healthy lifestyle and life expectancy free of cancer, cardiovascular disease, and type 2 diabetes: prospective cohort study. BMJ 2020;Jan;368:l6669. DOI: 10.1136/bmj.l6669
À la demande de la Communauté flamande, le Centre pour l’Evidence-Based Medicine (le Cebam) a développé le site indépendant Gezondheid en Wetenschap (« Santé et Science »). Ses initiateurs estiment qu’il existe un besoin d’une source d’information
impartiale, fiable et accessible en matière de santé, fondée sur des recherches scientifiques solides ou sur la médecine fondée sur les preuves (Evidence-Based Medicine, EBM).
Désormais, un fact-checking est publié chaque mois dans Le journal du Médecin. Si vous souhaitez soumettre une question à vérifier par Gezondheid en Wetenschap, vous pouvez l’envoyer à fha@pmg.be. Nous transmet-
trons votre question à Gezondheid en Wetenschap. Vous pourrez ensuite lire le résultat de la vérification dans Le journal du Médecin.